THE BEATLES / LOVE ME DO

THE BEATLES / LOVE ME DO

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6,90 €
1 CD / LES PREMIERS ENREGISTREMENTS 1061_1962

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1 Love me do
2 P.S. I love you
3 Ain't she sweet
4 Cry for a shadow
5 My Bonnie
6 If you love me baby
7 Sweet Georgia brown
8 The saints
9 Why
10 Nobody's style
11 My Bonnie (german intro)
12 My bonnie English intro)
Stéréo versions
13 Ain't she sweet
Ain't she sweet
14 Cry for a shadow
55 My Bonnie
6 If you love me baby
17 Sweet Georgia brown
18 The saints
19 Why
20 Nobody's style
21 My Bonnie (german intro)
22 My bonnie English intro)
The Beatles est un quatuor musical britannique originaire de Liverpool, en Angleterre. Le noyau du groupe se forme avec les Quarrymen fondés par John Lennon en 1957, il adopte son nouveau nom en 1960 et, à partir de 1962, prend sa configuration définitive, composé de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et, le dernier à se joindre, Ringo Starr. Il est considéré comme le groupe le plus populaire et influent de l’histoire du rock. En dix ans d’existence et seulement sept ans d’enregistrement (de 1962 à 1969), les Beatles ont enregistré douze albums originaux et composé près de 200 chansons majoritairement écrites par le tandem Lennon/McCartney, dont le succès dans l’histoire de l’industrie discographique reste inégalé. Après avoir débuté sous le signe du skiffle des années 1950, les Beatles ont rapidement fait évoluer leur style, se nourrissant de nombreuses sources pour inventer leur propre langage musical. Leurs expérimentations techniques et musicales, leur popularité mondiale et leur conscience politique grandissante au fil de leur carrière, ont étendu l’influence des Beatles au-delà de la musique, jusqu’aux révolutions sociales et culturelles de leur époque. Au tout début des années 1960, Lennon, McCartney et Harrison deviennent populaires dans les clubs de Liverpool et de Hambourg en reprenant des standards du rock'n'roll, mais Lennon et McCartney se sont également associés dès leur rencontre en 1957 pour écrire des chansons originales par dizaines, affinant progressivement leur technique. En 1961, Brian Epstein devient leur manager, et les présente à des maisons de disques, sans succès dans un premier temps. L’année suivante, ils recrutent le batteur Richard Starkey, dit Ringo Starr, après avoir signé un contrat avec le label Parlophone dont le directeur artistique est George Martin, qui produit leur premier succès, Love Me Do, et occupera une place prépondérante à leurs côtés jusqu’à la fin du groupe. Ce titre lance leur carrière au Royaume-Uni à la fin 1962. Après l’essor de la Beatlemania au Royaume-Uni et ensuite en Europe, les Beatles connaissent le succès en Amérique du Nord à partir de 1964, puis rapidement dans le monde entier. À partir de l’album Rubber Soul, en 1965, le groupe expérimente davantage et produit des albums aujourd'hui classiques à commencer par Revolver (1966), puis après avoir définitivement arrêté tournées et concerts pour entrer dans leur période appelée « les années studio », Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (1967), The Beatles (l’« Album blanc ») (1968) et Abbey Road (1969). Après leur séparation en 1970, les quatre membres poursuivent une carrière solo, et tous rencontrent le succès, particulièrement dans les années immédiates suivant la fin du groupe. Paul McCartney et Ringo Starr sont les deux Beatles encore en vie, après l’assassinat de John Lennon en décembre 1980 et la mort de George Harrison en novembre 2001. Les Beatles demeurent les artistes ayant vendu le plus grand nombre de disques au monde. Ce chiffre était estimé par EMI dans les années 1980 à plus d’un milliard de CD et vinyles vendus à travers la planète, et il a continué à augmenter durant les décennies suivantes, atteignant un chiffre supérieur à deux milliardsb,4. Tenant une place de premier plan dans la « bande-son » des années 1960, les chansons des Beatles sont toujours jouées et reprises dans le monde entier, et leurs mélodies ont été adaptées à de nombreux genres musicaux, dont le jazz, la salsa, le reggae ou la musique classique. Biographie Formation et débuts sur scène (1957-1962) John Lennon est un adolescent de Liverpool élevé par sa tante « Mimi » — Mary Elizabeth (en) de son vrai nom6. Son père, Alfred Lennon (en) (dit « Alf »), marin, a rapidement délaissé sa mère Julia Stanley et son enfant. Julia, qui n'a pas les moyens d’élever John seule, le confie à sa sœur Mimi. Il joue de l’harmonica à partir de 1947 et dès qu’il découvre Elvis et le rock 'n' roll, John veut devenir musicien. Il apprend de sa mère les rudiments du banjo desquels il transpose les accords sur une guitare empruntée d’un copain. Il se voit offrir par sa mère sa première guitare en 19579. Aussitôt, en mars 1957, alors âgé de seize ans, il forme un groupe de skiffle avec quelques amis de son lycée, le Quarry Bank High School. Initialement nommé The Blackjacks, le groupe change de nom après la découverte d’un autre groupe local se nommant déjà ainsi, et devient The Quarrymen. C’est le 6 juillet 1957 que John Lennon rencontre Paul McCartney. Lennon et les Quarrymen donnent un concert pour la fête paroissiale de l’église St. Peter. À la fin du concert, Ivan Vaughan, un ami commun, présente McCartney à Lennon. McCartney prend alors une guitare et joue Twenty Flight Rock d’Eddie Cochran devant Lennon, un peu éméché mais néanmoins très impressionné. Quelques jours plus tard, Pete Shotton, autre membre des Quarrymen, propose à Paul de se joindre au groupe. Celui-ci, qui n'a alors que quinze ans, accepte. En février 1958, McCartney invite son ami George Harrison à un concert des Quarrymen. Celui-ci joue de la guitare et est déjà doté d’une solide expérience. Lennon lui fait passer une audition pour rejoindre le groupe et est impressionné par ses talents, mais estime qu’il est trop jeune ; il n'a alors que quatorze ans. Sur l’insistance de McCartney, George Harrison intègre le groupe comme guitariste soliste au mois de mars. En janvier 1959, les amis de lycée de Lennon ont tous quitté le groupe pour se consacrer à leurs études au Liverpool College of Art. À trois –guitaristes et chanteurs – au sein d’une formation à géométrie variable qui s’appelle tour à tour « The Rainbows » et « Johnny and the Moondogs », avec ou sans batteur, ils se produisent dans des clubs de Liverpool. Ils jouent notamment au Jaracanda, un coffee-shop dirigé par Allan Williams (en), qui sert d’agent au groupe débutant. Ils se produisent également au Casbah, dirigé par Mona Best, la mère de leur futur batteur Pete Best. D’autres portes s’ouvrent ensuite, dont le Cavern Jazz Club, alors que le rock 'n' roll et le Merseybeat, les styles des groupes de Liverpool, deviennent populaires dans la ville. La maison du 20 Forthlin Road, où vécut Paul McCartney avec son père et son frère. Autodidactes, influencés par le rock 'n' roll et le blues noir américain, ils jouent les morceaux de rock du moment « à l’oreille », sans partitions. Toutefois, John Lennon et Paul McCartney s’associent déjà pour écrire ensemble des chansons assis face à face avec leurs guitares dans une parfaite symétrie (McCartney étant gaucher), affinant peu à peu leur technique. Quelques-unes d’entre elles, comme One After 909, ressortiront sur les albums des Beatles des années plus tard. Ils partagent également un drame qui les rapproche : Paul McCartney a perdu sa mère Mary, décédée des suites d’un cancer du sein en 1956, tandis que la mère de John, Julia, est tuée en étant happée par une voiture conduite par un policier possiblement ivre en juillet 1958. Un ami peintre de John Lennon, Stuart Sutcliffe, rejoint le groupe en janvier 1960. Alors qu’il a vendu un de ses tableaux, Lennon l’encourage à s’acheter une guitare basse. Sutcliffe suggère d’adopter le nom de « Beatals », en hommage au groupe accompagnant le rocker Buddy Holly, The Crickets (« les criquets »), ainsi qu’au film l'Équipée sauvage avec Marlon Brando, où il est question d’un gang du nom de « Beetles ». Ils utilisent ce nom jusqu’en mai, où ils adoptent celui de « Silver Beatles »c et, du 20 au 28 mai, accompagnent le chanteur pop de Liverpool Johnny Gentle (en) pour une tournée en Écosse. Les membres du groupe se donnent pour l’occasion des noms de scène ː Paul Ramond, Carl Harrison (en honneur de Carl Perkins), Stuart de Staël (pour Nicolas de Staël) et Johnny Lennon. Tommy Moore est recruté pour jouer la batterie18. En août 1960, ils adoptent définitivement le mot-valise « Beatles », formé à partir de beat (« rythme ») et beetle (« scarabées »), avant d’honorer leur premier contrat dans un club de Hambourg. Le 17 du même mois, cinq jours avant de partir pour l’Allemagne, ils auditionnent et engagent Pete Best comme batteur. Bruno Koschmider, propriétaire de l’Indra Club et du Kaiserkeller, deux clubs du quartier de Sankt Pauli à Hambourg, engage les Beatles sur les indications de leur agent Allan William. Celui-ci conduit le groupe jusqu’à la cité hanséatique avec sa camionnette, pour honorer un contrat de trois mois et demi. Pour satisfaire le public des clubs hambourgeois, les Beatles élargissent leur répertoire, donnent des concerts physiquement éprouvants, et, sauf pour Pete Best, recourent aux amphétamines pour rester éveillés. Les jeunes gens sont par ailleurs logés dans des conditions difficiles, voire quasiment insalubres. En novembre 1960, lorsque Koschmider apprend que les Beatles se sont produits dans un club rival, le Top Ten Club (en), il met fin à leur contrat et dénonce Harrison aux autorités allemandes ; en effet, celui-ci a menti sur son âge, et se fait expulser en Angleterre à la fin novembre. McCartney et Best, qui tentent de récupérer leurs effets dans leur ancienne chambre peu éclairée, enflamment un préservatif accroché à un mur pour y faire de la lumière. Furieux, Koschmider les accuse d’avoir tenté d’incendier le logis, ils passent la nuit en prison et le lendemain se font également expulser . Lennon reste en Allemagne jusqu’en décembre, en compagnie de Sutcliffe. Les Beatles effectuent en tout cinq séjours à Hambourg : d’août à novembre 1960, de mars à juillet 1961, d’avril à mai 1962, puis en novembre et en décembre 196211. Entre leurs différents voyages en Allemagne, ils continuent à se produire à Liverpool et dans ses environs, se constituant un solide noyau de fans, mais restent inconnus au-delà du « Merseyside ». En décembre 1961, ils ne jouent que devant dix-huit personnes à Aldershot, dans la lointaine banlieue de Londres. Stuart Sutcliffe, bassiste du groupe depuis le début de l’année 1960, maîtrise mal son instrument : il se produit généralement dos au public afin que cela ne se remarque pas et « joue » même parfois sans que son instrument soit branché à un ampli. Tombé amoureux de la photographe Astrid Kirchherr, qui prend les premières photos du groupe, il décide de rester à Hambourg lorsque ses camarades regagnent l’Angleterre début juillet 1961. Après le départ de Sutcliffe, Paul McCartney, jusque-là guitariste au même titre que John Lennon et George Harrison, devient le bassiste du groupe, ses deux camarades n'étant pas enthousiastes pour tenir ce rôle. Sutcliffe meurt à 21 ans le 10 avril 1962 d’une congestion cérébrale, trois jours avant que les Beatles ne posent à nouveau le pied sur le sol allemand pour un nouvel engagement de sept semaines au Star-Club. D'autres groupes de Liverpool se produisent à Hambourg, notamment Rory Storm and The Hurricanes, dont le batteur se nomme Ringo Starr. Les Beatles envient sa notoriété et apprécient sa compagnie. Les deux groupes partagent l’affiche de très nombreuses fois à Liverpool, et se retrouvent au Kaiserkeller du côté de la Reeperbahn pendant plus d’un mois en octobre et novembre 1960, où Ringo a l’occasion de jouer avec eux. Selon Paul McCartney, l’intérêt pour le groupe dans sa ville de Liverpool naît au retour de Hambourg le 27 octobre 1960 lors d’un concert au Utherland Town Hall de Liverpool, salle municipale qui servait deux jours par semaine de dancing aux jeunes. C’est à cette époque qu’ils adoptent une coupe de cheveux caractéristique, la moptop, qui se différencie de la banane ou des cheveux des rockers, gominés et peignés en arrière ; Pete Best, avec ses cheveux frisés, est le seul à rester coiffé ainsi. Astrid Kirchherr (sous l’influence des existentialistes ou des étudiants en Beaux-Arts de cette ville) aurait été à l’origine de cette coupe de cheveux en bol lors de leur séjour à Hambourg. Elle aurait coiffé ainsi Sutcliffe, son amoureux, et le jeune Harrison. John Lennon et Paul McCartney l’ont ensuite adoptée, lors d’un court séjour à Paris en septembre 1961 effectuée par Jürgen Vollmer, un ami photographe de Hambourg, devenu l’assistant de William Klein. C’est aussi à Hambourg qu’ils décrochent leur premier contrat d’enregistrement, chez Polydor, en tant qu’accompagnateurs du chanteur et guitariste Tony Sheridane,. Le 45 tours My Bonnie / The Saints crédité à « Tony Sheridan and The Beat Brothers » est publié en Allemagne en octobre 1961 mais publié en Angleterre le 5 janvier 1962 cette fois au nom de « Tony Sheridan and the Beatles ». Cry for a Shadow est la première chanson originale du groupe à être publiée lorsqu’elle apparaît, en janvier 1962, sur le super 45 tours français de Sheridan intitulé Mister Twist. Les huit chansons tirées de ces séances seront compilées en 1964 sur le disque allemand The Beatles' First ! et du même coup éditées en singles un peu partout dans le monde. « J'ai grandi à Hambourg, pas à Liverpool », dira plus tard John Lennon. Évoquant cette période des débuts, il racontera aussi : « Quand les Beatles déprimaient et se disaient : « On n'ira jamais nulle part, on joue pour des cachets merdiques, on est dans des loges merdiques », je disais : « Où va-t-on, les potes ? », et eux : « Au sommet, Johnny ! », et moi : « C’est où ça ? », et eux : « Au plus top du plus pop ! » (to the toppermost of the poppermost), et moi « Exact ! » Et on se sentait mieux5. » Par ailleurs, nostalgique de cette époque « cuir », on entend aussi John Lennon expliquer dans le disque Anthology : « Ce que nous avons fait de meilleur n'a jamais été enregistré. Nous étions des performers, nous jouions du pur rock (straight rock) dans les salles de danse (dance halls), à Liverpool et à Hambourg, et ce que nous produisions était fantastique. Il n'y avait personne pour nous égaler en Grande-Bretagne (There was nobody to touch us in Britain). » Le 28 octobre 1961, moins d’une semaine après que le 45 tours My Bonnie soit sorti en Allemagne, Raymond Jones, un jeune client du North End Music Store (NEMS), visite la boutique de musique de Brian Epstein et demande à celui-ci d’en faire l’importation. Deux jeunes filles font de même les jours suivants. Epstein contacte donc Polydor et place une commande pour deux cents exemplaires À leur retour d’Allemagne, après leurs deux premiers voyages formateurs à Hambourg, les Beatles ont acquis la maturité qui leur manquait, techniquement d’abord, sur scène ensuite. Brian Epstein est intrigué par ce groupe local dont il a le 45 tours en magasin et qui figure souvent dans le Mersey Beat, le journal musical local de Bill Harry, lequel se vend comme des petits pains dans sa boutique. Le 9 novembre 1961, accompagné de son assistant Alistair Taylor, il va voir les Beatles au Cavern Club de Liverpool39, le café souterrain où ils se produiront près de 300 fois jusqu’au 3 août 1963. Disquaire à l’origine, Epstein n'a jamais dirigé de formation musicale auparavant, mais connaît quelques-uns des à-côtés qui mènent à la popularité d’un artiste et rêve d’une carrière dans le monde du spectacle. Il propose au groupe de devenir leur manager et un contrat est signé le 24 janvier 1962, Epstein devient rapidement un mentor et un ami ; il les propulse au rang de musiciens professionnels. Afin de gommer leur image de sauvages, il leur fait abandonner les vêtements en cuir au profit de complets-vestons, comme les professionnels de l’époque. Déjà en 1961, Brian Epstein commence ses tournées des maisons de disques de Londres afin de tenter de leur faire signer un contrat d’enregistrement, multipliant sans succès les tentatives auprès des grandes compagnies discographiques. Il essuie des refus, même de la compagnie EMI, mais réussit tout de même à obtenir pour son groupe une audition chez Decca qui est restée célèbre : le 1er janvier 1962, les Beatles enregistrent 15 titres en une heure pour ce label, mais le directeur artistique Dick Rowe refuse de les prendre en main en déclarant : « Rentrez chez vous à Liverpool, M. Epstein, les groupes à guitares vont bientôt disparaître. » Rowe sera par la suite surnommé dans le milieu the man who turned down The Beatles, « l’homme qui rejeta les Beatles ». Epstein obtient en revanche la permission de garder ces enregistrements de bonne qualité qu’il pourra faire écouter à d’autres producteurs potentiels. Il fait faire des disques vinyles de ces chansons dans une usine de pressage de Londres. L’ingénieur de son Jim Foy est impressionné par ce qu’il y entend et contacte Sid Coleman de l’agence de publication de musique Ardmore and Beechwood, associée à EMI, pour initier une rencontre avec le manager. Quelques jours plus tard, Brian Epstein présente donc ces enregistrements à Coleman en veillant à lui mentionner qu’ils contiennent quelques compositions originales. L'éditeur reconnait le potentiel d’une publication des compositions signées Lennon/McCartney et Epstein promet de lui donner les droits s’il l’aide à dénicher un contrat d’enregistrement. Un rendez-vous est pris avec George Martin le 13 février 1962 pour lui faire écouter Hello Little Girl et Till There Was You et ce malgré le refus préalable de la maison-mère. Mais Martin n’est pas particulièrement impressionné par ce qu’il entend. Entre-temps, Kim Bennett (de son vrai nom Thomas Whippey, ancien chanteur de charme et assistant de Sid Coleman), persiste à dire à son patron que la chanson Like Dreamers Do pourrait être un succès. Ils décident de produire eux-mêmes l’enregistrement dans les studios d’EMI, mais rencontrent le refus de Len Wood, un des directeurs. Cependant, sur l’insistance de Coleman, Wood se ravise et ordonne au producteur George Martin de procéder à l’enregistrement de la chanson pour qu’Ardmore and Beechwood obtienne le copyright. Le 5 mai, un télégramme envoyé par Epstein à Hambourg, annonce au groupe qu’ils auront un contrat d’enregistrement avec EMI. Aussitôt Lennon et McCartney achèvent l’écriture de Love Me Do et créent P.S. I Love You. Le 9 mai exactement six mois après avoir vu les Beatles pour la première fois au Cavern Club, Brian Epstein rencontre George Martin pour valider le contrat. Il y est stipulé que six chansons seront enregistrées par EMI, qui financera le tout. Le label sera le propriétaire des enregistrements, mais ne donnera aucune avance sur les redevances (1 penny par 45 tours vendu sur 85 % des ventes). Le contrat a une durée de 4 ans pour le groupe, mais d’un an pour EMI, renouvelable à chaque anniversaire, et est valable pour le monde entier avec des redevances réduites de moitié par rapport à celles perçues en Angleterre. Dans les faits, si par « miracle » le groupe vendait un million d’exemplaires d’un single, ses royalties seraient de 750 £ au Royaume Uni, et de 375 £ aux États-Unisi, pour chaque membre du groupe et leur manager. Le 18 mai, Brian Epstein signe le contrat liant les « Beattles » à EMI (il fait une rature sur le second « t »). La date inscrite sur le contrat est le 4 juin 1962. De cette époque « avant la gloire », des enregistrements rares et marginaux des Beatles ont été très recherchés, notamment ceux qu’ils ont réalisés à Hambourg, publiés par Polydor avec Tony Sheridan, ainsi que les fameuses « bandes Decca ». My Bonnie et Ain't She Sweet ont même atteint les charts de part et d’autre de l’Atlantique pendant la Beatlemania. Certains de ces morceaux ont été inclus, trois décennies plus tard, sur la compilation Anthology 1. Un enregistrement bootleg réalisé en 1962 sur la scène du Star-Club de Hambourg, avec Ringo Starr à la batterie, a été publié en 1977. Le logo du groupe est utilisé pour la pochette de l’album compilation Past Masters. L’image soignée et professionnelle du groupe passe aussi par la création d’un logo rapidement reconnaissable. Un premier logo des Beatles, en lettres cursives avec des antennes d’insecte sur un « B » stylisé, dessiné par Terry « Tex » O'Haraj,55, suivant les indications de Paul McCartney, est momentanément utilisé sur la grosse caisse de la batterie, puis pour la page d’introduction de The Beatles Book, le journal mensuel du fan club officiel, tout au long de son existence (1962-1972). Ce logo, adapté en « les Beatles », se retrouve sur les pochettes françaises de plusieurs E.P. et de quatre albums (Les Beatles, N° 1, Quatre garçons dans le vent et la compilation Les Beatles dans leurs 14 plus grands succès). En avril 1963, Brian Epstein et Ringo Starr visitent la boutique Drum City de Londres pour remplacer la batterie Premier du batteur. Epstein, qui ne veut pas débourser les 238 £ de la Ludwig Downbeat perlée que Starr désire (une valeur de 5 017 £ en 2020), négocie avec Ivor Arbiter, le propriétaire de la boutique. Ce dernier accepte finalement d'offrir la batterie, à condition que le logo de Ludwig — dont il est le distributeur britannique exclusif — reste visible sur la grosse caisse. Epstein accepte, tout en demandant qu'un logo du groupe soit ajouté. Arbiter esquisse sur le champ le logo le plus connu, en lettres capitales avec un « B » majuscule et un « T » abaissé pour mettre en évidence le mot « Beat » (rythme). Le logo sera finalisé et peint sur la membrane par Eddie Stokes, un peintre en lettres local. Le 12 mai 1963, la nouvelle batterie est directement livrée aux Alpha Television Studios de Birmingham, où les Beatles se produisent dans l’émission Thank Your Lucky Stars. Entre 1963 et 1969, sept membranes avec ce logo sont produites pour la batterie de Ringo Starr, peintes à la main (dont les quatre premières par Stokes56), chacune possédant des différences notables. Le 6 juin 1962, en début d’après-midi, quatre jours après être revenus de Hambourg où ils honoraient un engagement au Star-Club (leur troisième séjour dans la ville allemande), Lennon, McCartney, Harrison et Best arrivent aux studios EMI de Londres, situés au 3, Abbey Road dans le quartier de St. John's Wood pour leur test d’artistes. C’est leur première visite dans ces studios, qu’ils vont rendre mondialement célèbres. Ron Richards sera le producteur lors de la séance et Martin interviendra de temps à autre. Ils enregistrent Bésame mucho, Love Me Do, PS I Love You et Ask Me Why, mais pas Like Dreamers Do qui n’y sera finalement jamais réenregistrée par euxm,. Lorsque le groupe est invité pour la première fois dans la régie pour écouter les bandes, George Harrison raconte : « Les autres membres du groupe ont failli me tuer lorsque George Martin... nous a demandé : « Y a-t-il quelque chose qui ne vous plaît pas ? » Je l’ai regardé et j'ai dit : « Pour commencer, je n'aime pas votre cravate ». » Mais George Martin, qui avait lui aussi le sens de l’humour, est amusé par la réplique. « Ça a brisé la glace ! », note-t-on du côté du personnel technique des studios EMI Les semaines suivant cette première séance, George Martin et son assistant Ron Richards discutent encore du nom du groupe : « John Lennon and the Beatles » ou encore « Paul McCartney and the Beatles » – bien que ce nom « entomologique » ne leur plaise pas. Comme le groupe est composé de trois chanteurs qui jouent leurs propres instruments, Martin réalise qu’avoir simplement le nom « The Beatles » est une nouveauté dans la musique populaire et que celui-ci fera parfaitement l’affaire. La chanson Love Me Do plaît à Richards, mais il n’aime pas le jeu de Pete Best qui peine à garder un tempo constant. Martin est d’accord et écrit à Epstein qu’à la prochaine séance, il y aura un batteur studio. Craignant de devoir toujours enregistrer avec des batteurs inconnus, les trois autres membres saisissent l’occasion et se séparent de Best en août 196268, pour le remplacer par Ringo Starr, avec qui les affinités sont plus grandes et qu’ils considèrent être « un métronome ». Cette éviction abrupte, actée par un Brian Epstein très nerveux et déçu, n'est pas sans conséquences. George Harrison explique : « On avait joué au Cavern Club et les gens hurlaient « Pete is Best » (« Pete est meilleur ! », jeu de mots avec « Best » en anglais), « Ringo never, Pete forever ! » (« Ringo jamais, Pete à jamais ! »). C’était devenu lassant, et je me suis mis à les engueuler. Après le concert, nous sommes sortis des loges, nous sommes entrés dans un tunnel tout noir, et quelqu’un m’a balancé un coup de poing au visage. Je me suis retrouvé avec un œil au beurre noir. Qu’est-ce qu’il ne fallait pas faire pour Ringo ! » La seconde séance d’enregistrement s’effectue le 4 septembre. Martin décide de ne pas inviter de batteur studio pour pouvoir entendre le nouveau venu. Starr est très nerveux et ne l’impressionne pas. Le groupe enregistre How Do You Do It? (chanson imposée par le producteur et que le groupe n'aime guère) puis réenregistre Love Me Do. Une semaine plus tard, le 11, le groupe revient en studio mais ce sera Andy White qui officiera à la batterie. Le groupe reprend une troisième fois Love Me Do, enregistre ce qui deviendra la face B de leur premier single, P.S. I Love You, et présente à Martin une nouvelle chanson, Please Please Me. C’est un Ringo Starr dépité qui joue du tambourin sur Love Me Do et des maracas sur PS I Love You ; il n'a jamais oublié cette « humiliation . Malgré les réticences de Martin, c’est l’enregistrement avec Ringo Starr à la batterie qui est publié en face A du 45 tours réunissant ces deux titres, tandis que la version figurant sur l’album est celle enregistrée avec Andy White, qui joue également du « cross-stick » sur PS I Love You, enregistrée après qu’il a été convenu qu’une batterie complète n'était pas nécessaire pour cette chanson. À l’écoute de Please Please Me, qui est effectuée avec un tempo lent dans le style de Roy Orbison, le producteur suggère de l’accélérer, et sera reprise plus tard. Amer de son éviction des Beatles, Best refuse l’aide d’Epstein pour se trouver un nouveau groupe et intègre le Lee Curtis and the All Stars. En 1965, il sort son propre album au titre mensonger en forme de clin d’œil grinçant : Best of The Beatles, avec le Pete Best Combo ; sur la photo de la pochette, prise par Astrid Kirchherr au « Hugo Haase Fun Fair » à Hambourg en 1960, il est entouré de ses ex-camarades. Ce disque n'a pas le succès escompté et Best quitte le monde musical et devient boulanger pour ensuite travailler dans la fonction publique à Liverpool. Le 5 octobre 1962, sort Love Me Do, qui n'atteint que le 17e rang au palmarès britannique. Ce n'est pas encore la « Beatlemania », mais il s’agit là d’une grande satisfaction pour le groupe, particulièrement au moment où le titre passe de plus en plus à la radio. Leur deuxième 45 tours, Please Please Me / Ask Me Why, est mis en boîte le 26 novembre 1962, cette fois avec Starr derrière sa batterie. Le groupe doit quitter l'Angleterre pour un dernier séjour à Hambourg où un enregistrement bootleg sera effectué et publié en 1977 sous le titre Live! at the Star-Club in Hamburg, Germany; 1962. Leur second 45 tours est publié le 11 janvier 1963 et la face A, malgré un titre et des paroles osées pour l’époque (« You don't need me to show the way, love », que l’on peut traduire par « tu n'as pas besoin que je te montre comment faire, chérie »), est propulsé au premier ou au second rang, dépendamment des listes consultéesq. Quoi qu’il en soit, le succès est indéniable, et les Beatles obtiennent ainsi l’occasion d’enregistrer un album complet. Ce disque inclura les quatre chansons publiées en single et dix autres qui seront enregistrées lors d’une seule séance de 585 minutes (9 heures et 45 minutes), le 11 février 1963. Reprenant le titre du dernier single, l’album Please Please Me sort le 22 mars 1963 et atteint la première place du hit-parade, qu’il conserve durant 30 semaines (ou sept mois). Partie de Liverpool — où ils continuent jusqu’en août 1963 à enflammer le Cavern Club —, la popularité des Beatles se répand dans tout le Royaume-Uni, qu’ils sillonnent inlassablement, y effectuant quatre tournées cette année-là. Les succès se suivent : From Me to You en avril, puis She Loves You en août, sont classés no 1 des ventes de singles. She Loves You et son fameux « Yeah Yeah Yeah! » rend les Beatles célèbres dans toute l’Europe. Leur passage, le 13 octobre 1963, dans le très populaire show télévisé londonien Sunday Night at the Palladium marque le début du phénomène que la presse britannique baptise la « Beatlemania ». Disquaires pris d’assaut, presse déchaînée, ferveur généralisée, jeunes filles en transe… Le groupe va aligner douze no 1 successifs dans les charts britanniques de 1963 à 1966, jusqu’à la publication en février 1967 du single « double face A » Strawberry Fields Forever / Penny Lane, qui se classe « seulement » no 2 (mais tout de même premier aux États-Unis). Le 4 novembre 196311, les quatre musiciens de Liverpool se produisent devant la famille royale au Prince of Wales Theatre de Londres, pour le Royal Command Performance, où un John Lennon irrévérencieux, avant de se lancer dans l’interprétation de Twist and Shout, dit au public dans l'hilarité générale : « On the next number, would those in the cheaper seats clap your hands? All the rest of you, if you'll just rattle your jewelry! » (« Pour notre prochain titre, est-ce que les gens installés aux places les moins chères peuvent frapper dans leurs mains ? Et tous les autres, veuillez agiter vos bijoux14 ! »). En 1963, John Lennon et Paul McCartney écrivent tout le temps, en n'importe quel endroit, dans le bus qui les amène d’un lieu de concert à l’autre, dans leurs chambres d’hôtel, dans un coin des coulisses avant de monter sur scène, dans l’urgence avant d’enregistrer, quelquefois en une seule prise, autant de titres qui vont marquer leur histoire et celle de la musique rock. En tête des ventes d’albums, Please Please Me n'est remplacé à la première place que par le deuxième album du groupe, With the Beatles, publié le 22 novembre 1963. Ces deux disques sont exportés aux États-Unis respectivement sous les noms de Introducing... The Beatles, paru chez Vee-Jay Records, et Meet The Beatles, publié par Capitol Records. Dans un premier temps, la maison de disques américaine associée à EMI affiche un mépris pour ce qu’elle pense n'être qu’un phénomène passager : Capitol tarde à publier les disques du groupe, raccourcit la liste des chansons, modifie l’ordre des pistes, invente de nouvelles pochettes, et va jusqu’à modifier le son de certaines chansons (ajout de réverbération, mixages stéréo inédits). Le 45 tours, I Want to Hold Your Hand, est leur premier no 1 sur le marché américain et y reste du 1er février au 14 mars 1964. Il sera détrôné par She Loves You du 21 au 28 mars, suivi de Can't Buy Me Love du 4 avril au 2 mai. Le classement du Billboard Hot 100 du 31 mars 1964 aux États-Unis fait apparaître cinq titres des Beatles aux cinq premières places : la « Beatlemania » qui avait débuté au Royaume-Uni et traversé la Manche se propage de l’autre côté de l’Atlantique, et dans le monde entier. La « Beatlemania » est un phénomène d’ampleur considérable et à plusieurs facettes. La jeunesse prend goût à se coiffer et s’habiller « à la Beatles », comme en témoignent les photos de l’époque prises dans les rues. Ils deviennent des trend-setters, expression anglophone que l’on peut traduire en français par « faiseurs de mode » ou « meneurs de tendances ». Les disquaires se spécialisent sur la discographie des Beatles, et pour mieux gérer ses stocks, la société EMI / Parlophone propose la pré-souscription des albums et des singles à suivre, même s’ils sont encore à l’état de projet. Les pré-commandes atteignent dès lors des sommets inouïs : par exemple, 2,1 millions pour Can't Buy Me Love en 1964. Des magazines spécialisés fleurissent, comme le célèbre Beatles Monthly (aussi connu sous le nom de Beatles Book, 77 éditions de 1963 à 1969, intégralement republiées de 1977 à 1982) et se vendent comme des petits pains. L’atmosphère hystérique des concerts rend parfois ceux-ci presque inaudibles. Le premier ministre britannique, Harold Wilson, remarque néanmoins que ces artistes constituent pour le pays une excellente exportation, notamment en termes d’image : celle de jeunes gens souriants, polis, bien habillés, et pleins d’un humour très britannique lors des interviews. Ils sont décorés par la reine du Royaume-Uni, le 26 octobre 1965 à Buckingham Palace, de la médaille de membre de l’Empire britannique (Member of the British Empire, ou MBE). Certains MBE — dont plusieurs sont des vétérans et des chefs militaires —, froissés, renvoient par dépit leur propre croix à la Reine. John Lennon réplique qu’il préfère recevoir cette distinction en divertissant. Il s'agit en fait de la plus basse des décorations, les vrais honneurs officiels arriveront beaucoup plus tard, quand James Paul McCartney sera fait chevalier en 1997 et Richard Starkey, alias Ringo Starr, en 2018. Extrêmement liés, par le simple fait qu’ils sont les seuls à « vivre la Beatlemania de l’intérieur », considérant se trouver dans l’œil du cyclone, et voyant tout le monde s’agiter frénétiquement autour d’eux, se soudant autant que possible, très amis, les Beatles se voient affublés, par Mick Jagger, du surnom de « monstre à quatre têtes ». Dans les années 1960, l’industrie musicale est en pleine expansion. Désormais, il est possible de donner des concerts dans des salles de plus en plus grandes. À la télévision, les émissions sont de plus en plus regardées par un public familial. Les Beatles participent dès 1963 à de nombreux shows avec les animateurs les plus populaires de la télévision britannique et bientôt nord-américaine. Ils seront les premiers musiciens à passer dans une émission diffusée en mondovision, le 25 juin 1967, avec la chanson All You Need Is Love. À partir de 1965, les Beatles ne chantent pratiquement plus qu’en playback à la télévision. McCartney s’en explique : « Nous faisons un très important travail de studio, corrigeant inlassablement la moindre imperfection avec une précision maniaque. Pas question d’offrir aux téléspectateurs, alors que ce son existe, un autre son déformé par les mauvais studios des plateaux de télévision ». Toujours en 1965, les Beatles prennent la résolution de ne plus donner d’autographes : « Nous n'avons tout simplement pas assez de bras, et nous devons tout de même pouvoir utiliser nos guitares de temps en temps ! ». Les Beatles mêlent aux standards du rock comme Kansas City des chansons susceptibles de plaire à la génération précédente : Till There Was You, You've Really Got a Hold on Me ou Bésame mucho (qui reste dans les cartons). Ces chansons font d'ailleurs partie du répertoire des Beatles depuis Hambourg. Pour que le groupe ne soit pas catalogué comme « mods » et perde le public des « rockers », Brian Epstein a une idée : retrouvant un moment le cuir de leurs débuts, les Beatles sortent un EP (extended play) de quatre titres de rock pur et dur (Matchbox, I Call Your Name, Long Tall Sally et Slow Down), qui devient le « disque des initiés » et montre « ce que les Beatles savent vraiment faire quand ils le veulent ». Satisfaits par cet « os à ronger », les rockers ne dénigrent plus les Beatles eux-mêmes, mais les fans qui achètent leurs autres disques en ne sachant pas ce qu’est la « vraie » musique des Beatles. Pour se concilier ce public — mais aussi pour se faire plaisir — la présence d’un « standard du rock » devient un « incontournable » des albums suivants. Dans le film A Hard Day's Night, tourné en noir et blanc — pour économiser sur les coûts mais aussi pour masquer le fait qu’ils n'ont pas la même couleur de cheveux — et réalisé par Richard Lester, les Beatles orchestrent habilement leur propre légende, avec un humour très britannique. Cet humour devient délirant avec le film suivant, Help!, sorti à l’été 1965, en couleurs, où les Beatles se moquent d’eux-mêmes. On va jusqu’à les comparer aux Marx Brothers, ce que John estime excessif. Plus tard, George Harrison, quant à lui, noue une solide amitié avec Eric Idle et l'ensemble des Monty Python, allant jusqu’à financer leur film La Vie de Brian. L’humour britannique est par ailleurs une composante majeure des Beatles. Ceux-ci, notamment dans le film A Hard Day's Night, n'hésitent pas à rivaliser de bons mots. À la question : « Comment avez-vous trouvé l’Amérique ? », les membres du groupe répondent : « Tournez à gauche au Groenland ! ». John Lennon avait soigné son personnage avant-gardiste en écrivant en 1964 et 1965 deux livres de courtes nouvelles dans un style imagé et surréaliste, In His Own Write, puis A Spaniard in the Works. La critique de l’époque ne leur fait pas bon accueil, mais le premier a été traduit en français par Christiane Rochefort sous le titre « En flagrant délire », publié en 1965. Entre-temps, le fan club des Beatles travaille à fidéliser un réseau de fans auxquels on concède dans le Beatles Book des bonus, notamment des photos inédites, et des disques hors commerce offerts à Noël. Un disque de Noël sortira ainsi chaque année durant les fêtes, de 1963 jusqu’en 1969.. À l’avènement de leur gloire internationale, c’est à l’Olympia de Paris et durant trois semaines du 16 janvier au 4 février 1964, à raison d’un, deux ou trois shows quotidiens, soit 41 apparitions en tout, que les Beatles ont joué le plus longtemps au même endroit (en excluant leurs prestations au Star-Club de Hambourg et au Cavern Club de Liverpool). Après un « tour de chauffe » au cinéma Cyrano à Versailles le 15 janvier, ils donnent leur premier spectacle à l’Olympia le lendemain. L’affiche est imposante et donne tout son sens au mot « Music-hall ». Daniel Janin et son orchestre, les Hoganas, Pierre Vassiliu, Larry Griswold, Roger Comte, Gilles Miller et Arnold Archer, acrobates, jongleurs, humoristes, chanteurs se succèdent sur la scène avant la deuxième partie du spectacle avec les trois têtes d’affiche au fronton du Boulevard des Capucines : Trini Lopez, Sylvie Vartan et les Beatles, passant à chaque fois en dernier. Les passages des Beatles sont assez courts puisqu’ils ne jouent à chaque fois que huit titres : From Me to You, Roll Over Beethoven, She Loves You, This Boy, Boys, I Want to Hold Your Hand, Twist and Shout, Long Tall Sally. La surprise pour eux, c’est que la salle est composée en majorité de garçons, et qu’ils n'entendent pas, pour une fois, les cris féminins stridents qui les accompagnent d’habitude. Au fur et à mesure, et malgré quelques incidents techniques au début, les Beatles conquièrent leur public. Durant leur séjour à Paris, les jours de relâche leur permettent d’aller faire un tour aux studios Pathé-Marconi de Boulogne-Billancourt. Le 29 janvier, ils y enregistrent leurs deux titres en langue allemande : Komm, gib mir deine Hand / Sie liebt dich (adaptés de I Want to Hold Your Hand et She Loves You). Le premier est entièrement réenregistré, voix et instruments (en 14 prises) ; le second n'est qu’un ajout vocal sur leurs propres pistes instrumentales. Le même jour, ils mettent également en boîte un nouveau tube composé par Paul : Can't Buy Me Love. C’est aussi à Paris que les Beatles apprennent qu’ils viennent de décrocher leur premier no 1 aux États-Unis : I Want To Hold Your Hand. Cette nouvelle provoque une grande scène de joie collective dans leur chambre du George-V ; Mal Evans raconte : « Quand je suis rentré dans la pièce je suis resté stupéfait. Debout sur un fauteuil, John prononçait une sorte de discours dont je n'arrivais pas à saisir un mot. George donnait des bourrades à Ringo et je me demandais encore ce qui se passait quand Paul me sauta sur le dos ! Ils étaient heureux comme des collégiens en vacances et, à la réflexion, je reconnais qu’il y avait de quoi5. » Pendant ce séjour, John Lennon et Paul McCartney poursuivent par ailleurs le travail de composition pour leur futur album, A Hard Day's Night ; un piano a spécialement été installé à cet effet dans leur chambre de l’Hôtel George-V. Le groupe pose également pour le sculpteur David Wynne (en) qui créera deux œuvres : leurs têtes, qu’il place une par-dessus l’autre, et des figurines du quatuor en spectacle avec leurs instruments. C’est la seule occasion où ils seront modèles pour un sculpteur88 et celui-ci, qui deviendra rapidement un ami, présentera plus tard George Harrison au Maharishi Mahesh Yogi Trois jours après leur dernière prestation à l’Olympia, une foule immense est à leurs côtés à l’aéroport londonien de Heathrow, au moment où ils s’embarquent pour le Nouveau Monde. De l’autre côté de l’Atlantique, c’est encore la foule — plus de 10 000 fans — qui les attend lorsqu’ils se posent sur le tarmac de l’aéroport international John-F.-Kennedy de New York, le 7 février 1964. Un événement majeur va secouer l’Amérique moins de 48 heures plus tard : plus de 73 millions de personnes (soit 45 % de la population) assistent en direct à leur première prestation télévisée, lors du Ed Sullivan Show diffusé sur CBS le 9 février. Une audience record pour l’époque, qui reste encore de nos jours une des plus élevées de l’histoire, hors retransmissions sportives. Certains médias iront jusqu’à affirmer que cet événement télévisuel a redonné le moral au pays, encore profondément traumatisé, 77 jours après l’assassinat du Président Kennedy. Après un premier concert au Coliseum dans des conditions difficiles — la scène est au milieu de la salle, comme un ring, Starr doit pivoter lui-même sa batterie et les musiciens, se retourner pour faire face à une partie ou à l’autre du public, le matériel fonctionne mal, etc. —, un autre le lendemain au Carnegie Hall de New York, et un nouveau passage au Ed Sullivan Show cette fois en direct de Miami le 16 février, les « Fab Four » (en français les « quatre fabuleux ») rentrent au pays. L’Amérique du Nord est emportée par la Beatlemania : on organise une première tournée de 26 dates à travers le pays, qui se déroulera à guichets fermés, du 19 août au 20 septembre 1964. C’est pendant cette tournée estivale des États-Unis que les Beatles rencontrent Bob Dylan, et que ce dernier leur fait essayer la marijuana pour la première fois. Une découverte qui a une importance incontestable dans l’évolution de leur musique. La légende veut que Dylan ait pris le « I can't hide » (« je ne peux le cacher ») de I Want to Hold Your Hand pour « I get high » (« je plane ») et qu’il ne se soit ainsi pas gêné pour proposer un « reefer » aux Beatles. L’histoire d’amour entre les Beatles et les États-Unis, où ils enchaînent les no 1 en 1964 et 1965, trouve un point d’orgue le 15 août 1965 en ouverture de leur seconde tournée de ce côté de l’Atlantique. Ce jour-là, ils sont le premier groupe de rock à se produire dans un stade, le Shea Stadium de New York, devant 56 000 fans déchaînés et dans des conditions singulières pour ce genre de spectacle, dans une telle arène, sous les hurlements de la foule. Les Beatles se produisent munis seulement de leurs amplis Vox, et sont repris par la sono du stade, c’est-à-dire les haut-parleurs utilisés par les « speakers » des matches de baseball. Il en résulte que ni eux ni le public n'entendent clairement une note de cette prestation historique. Les documents filmés ce jour-là montrent cependant que les Beatles arrivent à jouer, et que c’est John Lennon qui empêche ses partenaires de se retrouver paralysés par l’événement, en multipliant les pitreries, comme parler façon charabia en agitant ses bras pour annoncer un titre en se rendant compte que personne ne peut l’entendre, ou maltraiter un clavier avec ses coudes lors de l’interprétation de I'm Down. Les contrats signés en 1965 par les Beatles pour qu’ils se produisent dans les arènes nord-américaines stipulent qu’ils refusent de jouer devant un public ségrégationniste. Déjà, le 11 septembre 1964, le groupe avait publiquement déclaré son refus de se produire à Jacksonville, en Floride tant que le public noir ne serait pas en mesure de s’asseoir n'importe où sans restriction. Pionniers de la British Invasion, terme utilisé aux États-Unis pour y décrire la prédominance des groupes de pop rock anglais — parmi lesquels les Rolling Stones, les Who ou encore les Kinks — au milieu des années 1960, les Beatles seront abonnés aux premières places des charts américains jusqu’à la fin de leur carrière. Ils détiennent d’ailleurs toujours, aujourd'hui, un record absolu avec 209 millions d’albums vendus sur ce seul territoire99. « La musique n'a plus jamais été la même depuis lors » affirme la RIAA (Recording Industry Association of America). Le film A Hard Day's Night (dont le titre français est Quatre garçons dans le vent) permet d’aborder et comprendre ce qu’était la Beatlemania en 1964. Ce film humoristique est réalisé en noir et blanc par Richard Lester et connaît un succès international. Le troisième disque des Beatles, qui porte le même nom, est sorti en Angleterre le 10 juillet 1964 chez Parlophone avec quatorze chansons mais le 26 juin 1964 sur United Artists Records en Amérique du Nord, possédant onze titres dont quatre orchestrations tirées du film. Son titre a été accidentellement créé par Ringo Starr : sortant à une heure avancée des studios, il a dit « It's been a hard day » (« cela a été une dure journée »), puis s’apercevant que c’était la nuit, a ajouté « …'s night » (« …de nuit11 »). Il représente un tour de force de John Lennon, auteur et chanteur principal de 10 des 13 chansons. Il est à cette époque au sommet de sa prédominance dans le groupe11. C’est le premier album des Beatles à ne comporter aucune reprise, tous les titres étant signés Lennon/McCartney. Il inclut notamment la première ballade portant réellement « la patte » de Paul McCartney, And I Love Her, ainsi que de nombreux futurs no 1. Les trois reprises enregistrées lors de ces séances sortiront sur le E.P. Long Tall Sally. Pressés de toutes parts, littéralement poussés vers les studios au milieu d’incessantes tournées, les Beatles sortent dans la foulée, le 4 décembre 1964, Beatles for Sale (titre évocateur : « les Beatles à vendre »), où ils se contentent de reprendre en studio leur répertoire scénique du moment en y incluant quelques nouvelles chansons, comme Eight Days a Week, I'm a Loser, Baby's in Black et No Reply ou une très ancienne comme I'll Follow the Sun. Le disque comprend donc six reprises de rock 'n' roll et sera livré avec une pochette qui comme celle de With the Beatles (et d’autres à venir) sera parmi les plus pastichées au cours des décennies suivantes. Au même moment, le titre I Feel Fine de John Lennon, publié en single le 27 novembre, est no 1 durant cinq semaines. Il démarre par un « feedback » de guitare ou effet Larsen, le premier du genre dans le rock, que l’on pourrait croire accidentel, alors que cet étonnant effet est délibéré. « Je défie quiconque de trouver la présence d’un feedback sur un disque avant I Feel Fine, à moins que ce soit un vieux disque de blues de 1922 » assure John Lennon. La « Beatlemania » bat toujours son plein en 1965, lorsque sortent le film Help!, dont Ringo Starr est la vedette, — tourné par les Beatles dans les volutes de fumée de cigarettes très spéciales5 — et le disque du même nom. Seule la moitié des titres de l’album fait partie de la bande-son du film et trois chansons vont marquer l’histoire du groupe, autant de no 1 dans les charts. Help! d’abord, où John Lennon — comme il l’avouera plus tard — se met à nu en appelant au secours. Le succès, la célébrité, ne lui apportent aucune réponse, il est — dira-t-il — dépressif et boulimique, dans sa période « Elvis gras ». Ticket to Ride ensuite, considéré par Lennon comme le titre précurseur du hard rock5 avec ses effets de guitare, ses roulements de toms et sa basse insistante. Yesterday enfin, la chanson mythique de Paul McCartney qu’il joue à tout son entourage, une fois composée sous le titre de travail Scrambled Eggs (« œufs brouillés »), se demandant sincèrement et interrogeant à la ronde pour savoir s’il a bien inventé cette mélodie — qui lui serait venue tout entière lors d’un rêve — ou si elle ne vient pas de quelque part, tant elle paraît évidente. Elle deviendra la chanson la plus diffusée et la plus reprise du xxe siècle (près de 3 000 reprises). Yesterday et son fameux arrangement pour quatuor à cordes, suggéré et composé par George Martin en compagnie de l’auteur de la chanson qui, pour la première fois, l’enregistre seul à la guitare acoustique, sans les autres membres du groupe. Plus de 40 ans après, Paul mesure encore sa chance d’avoir rêvé cette chanson, de s’en être souvenu au réveil, qu’elle fût bien de lui, et qu’elle ait connu cet incroyable succès. Un soir d’avril 1965, un ami dentiste de George Harrison et John Lennon charge leur café, ainsi que ceux de Pattie Boyd et Cynthia Lennon (respectivement compagne et épouse des deux musiciens), avec une substance pas encore illicite : le LSD. George et John découvrent donc cette drogue à leur insu, mais John va en devenir un gros consommateur pour au moins les deux années suivantes. Les quatre membres vont l’essayer (McCartney, très réticent, est le dernier à en prendre, en 1966, mais sera le premier à en parler à la presse), et d’une façon générale, la musique et les paroles des Beatles vont encore évoluer sous l’influence de cette substance hallucinogène. À l’automne 1965, ils enregistrent un album charnière dans leur carrière : Rubber Soul. Le titre est un jeu de mots à partir de rubber sole — semelle en caoutchouc, soul music — la musique de l’âme, et plastic soul — âme influençable. Les textes sont plus philosophiques, plus fouillés (la poésie de Lennon, l’influence de Bob Dylan déjà présente dans You've Got to Hide Your Love Away de l’album Help!), abordant des thèmes plus sérieux. Devant sortir pour Noël, le disque est enregistré dans l’urgence, en quatre semaines, du 12 octobre au 11 novembre 1965. George Harrison, après avoir découvert la musique de Ravi Shankar, fait l’acquisition d’un sitar et en joue dans plusieurs chansons du groupe. Leur musique est devenue plus élaborée ; les techniques d’enregistrement en studio sont en progression, le temps qui y est passé également. Leur immense succès est la garantie pour eux d’une liberté de plus en plus grande dans la création et la possibilité de bousculer les codes en vigueur (par exemple les horaires, ou le simple fait de pouvoir se déplacer de la salle d’enregistrement à la cabine, devant la table de mixage) dans les austères studios d’EMI. « C’est à cette époque que nous avons pris le pouvoir dans les studios » note John Lennon. Les locaux de ce qui s’appelle encore « studios EMI » (ils deviendront « Abbey Road » plus tard) fourmillent d’instruments en tous genres, jusqu’aux placards, et les jeunes musiciens, désormais intéressés par toutes les formes de musique, commencent à tester et à intégrer les sons les plus divers dans leurs chansons. « On aurait pu emmener un éléphant dans le studio pour peu qu’il produise un son intéressant » raconte Ringo Starr. Rubber Soul se caractérise par deux ruptures : Nowhere Man est la première chanson des Beatles ne parlant pas de filles et d’amour ; il n'y a pas une seule reprise d’un quelconque standard du rock 'n' roll ou autre sur ce sixième disque des Beatles, et il n'y en aura plus jamais. George Harrison, qui vient de s’acheter un sitar car il est tombé amoureux de la musique indienne en écoutant les disques de Ravi Shankar, est amené à l’utiliser spontanément sur la chanson Norwegian Wood (This Bird Has Flown) de John Lennon. Grande première dans le rock, l’initiative de Harrison inspire Brian Jones dans la composition du riff du Paint It, Black des Rolling Stones, sorti quelques mois plus tard. Les Beatles étaient au départ un groupe basé sur sa maîtrise de l’harmonie vocale — leur maîtrise de la polyphonie n'a pas été étrangère à leur succès et a presque fait oublier les précédents représentants américains du genre, les Four Seasonss —, œuvrant dans la plus grande économie de moyens ; en 1965, la recherche instrumentale devient prépondérante. Les harmonies vocales restent toutefois très présentes (Drive My Car, Nowhere Man, If I Needed Someone, The Word, Wait), tout comme diverses facéties, comme sur le pont de la chanson Girl de John Lennon, que McCartney et Harrison ponctuent par des « Tit tit tit tit » (« nichon » en anglais). La compétition et l’émulation battent leur plein entre les deux auteurs principaux du groupe : le jour de la publication de Rubber Soul (le 3 décembre 1965), sort également le 45 tours Day Tripper / We Can Work It Out. Le premier titre est de John (avec l’aide de Paul), le second de Paul (avec l’aide de John), et les deux compères se bagarrent pour figurer sur la face A du single, qui est le tube assuré. Il est alors décidé que ce seront deux faces A, lesquelles atteignent la première place des charts, et ce pour cinq semaines consécutives. À l’époque, hors de leur « compétition interne », la plus sérieuse émulation pour les Beatles vient d’outre-Atlantique. En effet, si les Rolling Stones commencent tout juste à émerger en adoptant volontairement une attitude antagoniste de mauvais garçons, et un son plus brut, en dépit des apports éclectiques de Brian Jones (qui s’amenuiseront à mesure que son état de santé se dégradera), ce sont les Beach Boys qui leur opposent les qualités les plus grandes en termes d’harmonies vocales, de recherches mélodiques et de techniques d’enregistrement, sous l’influence grandissante de Brian Wilson — jeune homme au génie éclatant mais fragile psychologiquement, jouant tout à la fois les rôles de compositeur, producteur, chef d’orchestre, bassiste et chanteur principal. L’album Pet Sounds (16 mai 1966), conçu par Wilson comme une réponse aux innovations de Rubber Soul (3 décembre 1965), est d’ailleurs une source d’inspiration majeure pour Revolver (5 août 1966), et les techniques de production révolutionnaires employées pour le titre Good Vibrations (10 octobre 1966 — préfigurant ce qu’aurait dû être l’album Smile abandonné lorsqu’il eu connaissance de la chanson Strawberry Fields Forever en 1967106) ont un impact décisif sur l’évolution ultérieure des Beatles. Les musicologues s’accordent généralement à dater la naissance de la « pop » de cette émulation entre les deux groupes en 1965-1966. . À l’été 1966, leur album suivant, Revolver, sorti le 5 août 1966 en Angleterre, est de la même veine, repoussant encore les limites de l’expérimentation. John Lennon est au meilleur de sa forme, inspiré, innovant avec Doctor Robert, Tomorrow Never Knows, She Said She Said et dans I'm Only Sleeping, où le solo de guitare est passé à l’envers. Paul McCartney s’affirme en mélodiste talentueux avec Eleanor Rigby, For No One et Here, There and Everywhere. Il a aussi l’idée de la chanson Yellow Submarine pour Ringo Starr. And Your Bird Can Sing reprend et développe des effets de guitare qui n'apparaissaient que discrètement à la fin de Ticket to Ride. Le sitar indien, déjà entendu dans Norvegian Wood, a séduit George Harrison ; son admiration pour l’Inde — dont il ne se départira plus — devient évidente avec Love You To. Une autre chanson de George Harrison ouvre le disque, Taxman. La galerie de thèmes et de personnages s’élargit : un percepteur, une bigote solitaire, le sommeil et la paresse, le capitaine d’un sous-marin jaune, un docteur douteux, le Livre des morts tibétain, les psychotropes sous forme détournée... La pochette du disque est dessinée par leur ami Klaus Voormann. Tomorrow Never Knows (« Demain ne sait jamais », encore un accident de langage signé Ringo Starr), dernier titre de Revolver, est un cas particulier : joué sur un seul accord (le do), incluant des boucles sonores préparées par Paul, des bandes mises à l’envers, accélérées, mixées en direct avec plusieurs magnétophones en série actionnés par autant d’ingénieurs du son — une dizaine — envoyant les boucles à la demande vers la table de mixage, il ouvre l’ère du rock psychédélique (et peut aussi être considéré comme le titre précurseur de la techno). Les prouesses de George Martin et des ingénieurs du son des studios EMI — à commencer par Geoff Emerick — permettent de répondre aux demandes les plus extravagantes de John Lennon : celui-ci désirant que sa voix évoque celle « du Dalaï-lama chantant du haut d’une montagne », ils élaborent cet effet en faisant passer sa voix dans le haut-parleur tournant d’un orgue Hammond, le « Leslie speaker » ; celui-ci tourne sur lui-même pour donner au son de l’orgue un effet tournoyant, et le résultat donne l’impression que la voix de John « surgit de l’au-delà ». « De tous les morceaux des Beatles, c’est celui qui ne pourrait pas être reproduit : il serait impossible de remixer aujourd'hui la bande exactement comme on l’a fait à l’époque ; le « happening » des bandes en boucle, quand elles apparaissent puis disparaissent très vite dans les fluctuations du niveau sonore sur la table de mixage, tout cela était improvisé. » Chaque membre du groupe se prête au jeu d’une série d’interviews intitulées How Does a Beatle Live? (« Comment vit un Beatle ? ») réalisée par la journaliste Maureen Cleave, une proche du groupe, qui seront publiées dans le London Evening Standard. Les Beatles sont alors au sommet de leur popularité mondiale. Dans l’article avec Lennon, qui paraît le 4 mars 1966, celui-ci déclare : « Le christianisme disparaîtra. Il s’évaporera, décroîtra. Je n'ai pas à discuter là-dessus. J'ai raison, il sera prouvé que j'ai raison. Nous sommes plus populaires que Jésus, désormais. Je ne sais pas ce qui disparaîtra en premier, le rock 'n' roll ou le christianisme […] ». Ce qui passe complètement inaperçu au Royaume-Uni — et même ailleurs, dans un premier temps — finit par devenir un véritable scandale, quelques mois plus tard, aux États-Unis, lorsque que l’article est repris dans le magazine pour adolescentes Datebook, ces propos sont amplifiés et déformés sur une station de radio de l’Alabama ; il y est suggéré que les disques des Beatles soient brûlés, en représailles de ces paroles jugées blasphématoires. La « Bible Belt » américaine ne tarde pas à mettre ces propos en application1 Paul McCartney tente bien de tourner l’affaire en dérision, en déclarant : « Il faut bien qu’ils les achètent avant de les brûler! », mais le mal est fait, et le malaise profond. Ainsi, à l’aube de leur ultime tournée, le 11 août 1966 à Chicago, John Lennon est obligé de se justifier devant les médias américains : « Si j'avais dit que la télévision était plus populaire que Jésus, j'aurais pu m’en tirer sans dommage […]. Je suis désolé de l’avoir ouverte. Je ne suis pas anti-Dieu, anti-Christ ou anti-religion. Je n'étais pas en train de taper dessus ou de la déprécier. J'exposais juste un fait, et c’est plus vrai pour l’Angleterre qu’ici [aux États-Unis]. Je ne dis pas que nous sommes meilleurs, ou plus grands, je ne nous compare pas à Jésus-Christ en tant que personne, ou à Dieu en tant qu’entité ou quoi qu’il soit. J'ai juste dit ce que j'ai dit et j'ai eu tort. Ou cela a été pris à tort. Et maintenant, il y a tout ça… » Jusqu’en 1966, les Beatles enchaînent, à un rythme très soutenu, les tournées, les apparitions médiatiques, l’écriture, les séances d’enregistrement de leurs singles et albums. Mais plus leur succès grandit, plus leurs prestations publiques se déroulent dans des conditions impossibles. Ne voulant ou ne pouvant pas contrôler des foules à l’extérieur pendant que le groupe joue dans une salle trop petite, les autorités, particulièrement américaines, insistent qu’ils se produisent dans des salles ou des espaces en plein air de plus en plus grands, réunissant des dizaines de milliers de spectateurs. Mais les moyens de sonorisation sont encore balbutiants, et surtout, les quatre musiciens se produisent sous les cris stridents de la gent féminine, qui couvrent complètement leur musique. Au point qu’ils ne s’entendent pas jouer et se rendent compte finalement que le public ne les entend pas non plus. De plus, la différence entre leur production en studio, de plus en plus complexe, faisant appel à de plus en plus d’instruments divers et de nombreux overdubs, et ce qu’ils arrivent à délivrer sur scène dans leur configuration du départ (batterie, deux guitares, basse), devient flagrante. Leur répertoire scénique reste quasiment le même au fil des années — des standards du rock 'n' roll comme Rock 'n' Roll Music ou Long Tall Sally seront notamment joués jusqu’au bout —, et ils constatent les dégâts dès qu’ils s’attaquent à des titres plus récents, par exemple Nowhere Man ou Paperback Writer : au Budokan de Tokyo, fin juin, on voit George Harrison agiter la main en saluant le public pour le faire hurler, afin de couvrir le chœur a cappella de Paperback Writer qui sonne nettement faux… Ces concerts à Tokyo ayant déclenché une demande de 209 000 billets se passent d’ailleurs dans une ambiance étouffante, les Beatles restant cloîtrés dans leur hôtel et bénéficiant de la plus grande protection policière jamais vue au xxe siècle pour un groupe ou un artiste, avec un dispositif (35 000 fonctionnaires mobilisés) de même ampleur que celui mis en place deux ans plus tôt pour les Jeux olympiques. Après cette série de concerts dans la capitale japonaise, les événements vont précipiter leur décision de mettre un terme définitif à ce que John Lennon considère comme « de foutus rites tribaux ». À Manille, aux Philippines, ils passent tout près d’un lynchage, pour avoir malencontreusement snobé, à leur arrivée, une réception donnée en leur honneur par Imelda Marcos, épouse du dictateur Ferdinand Marcos, la veille de leurs concerts du 4 juillet. Le groupe répondra qu’il n'avait reçu aucune invitation, ce qui n'empêchera pas la presse locale de se déchaîner ni les Philippins d’envoyer des menaces d’attentat et de mort. Toute protection policière leur est retirée lorsqu’ils repartent, une foule hostile les attend à l’aéroport, ils sont agressés, parviennent difficilement jusqu’à leur avion qui va rester bloqué sur la piste, le temps que leur manager Brian Epstein en soit débarqué pour aller se faire délester de la recette des quelque 100 000 billets vendus pour leurs deux concerts. Cette énorme frayeur les décide déjà à tout arrêter, mais il leur reste des dates estivales à honorer aux États-Unis. Là-bas, ils subissent les conséquences de la tempête provoquée par les paroles de John Lennon à propos du christianisme. Ils reçoivent des menaces, notamment du Ku Klux Klan, et craignent réellement pour leur sécurité, alors qu’ils se produisent dans des stades dans des conditions qui restent détestables. Ils n'en peuvent plus. La dernière date de cette tournée, le lundi 29 août 1966, au Candlestick Park de San Francisco, onze titres interprétés en un peu moins de 35 minutes, sur une scène entourée de grillages, au milieu d’une pelouse où la chasse policière aux

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