Et toujours...

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RAY VENTURA / DU JAZZ À LA CHANSON

DU JAZZ À LA CHANSON / 1929-1946
2 CD réédition

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Artiste
Ray VENTURA
Type de musique
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CD1

1 Fantastique
2 Louise`
3 Good fot you, bad for me
4 Mon idéal
5 Plaisir d'amour
6 St. Louise blues
7 St. james infirmary
8 Le vieux château
9 Chez les fous
10 Blues inerlude
11 Éteignons tout et couchons-nous
12 Qua fait-on Margotton ?
13 Just an idea
14 La légende du roi Marc
15 Impréssion de phono...
16 Ici l'on pêche
17 Mais le dimanche`
18 Sur le Yang-tsé-kiang
19 Chanson en couleursd
20 Vivre tout  nu
21 Le bateau ivre
22 La petite gare
23 La boutique du père Isaac

CD2

1 C'est ce qui fait son charme
2 Quand un vicomte
3 Chez moi
4 Lustucru Théâtre...
5 J'entends des voix
6 Aux iles vent-debout
7 Le bateau de pêche
8 Au premier
9 Cétait une cannibale
10 Reckless night...
11 Comme tout le monde
12 Feux de joie
13 La complainte des caleçons
14 J'ai besoin de vous
15 Ah ! que c'était bon
16 Boléro de Ravel en swing
17 Le premier rendez-vous
18 Monsieur de La Palice`
19 Maria de Bahia

La chose est sûre : pour les gens d'aujourd'hui comme pour le public qui fit sa gloire il y a plus de soixante ans, Ray Ventura c'est d'abord et avant tout Tout va très bien, Madame la Marquise. A tel point d'ailleurs que le titre de cet air fameux a fini par passer dans le langage quotidien. Qu'elle qu'ait pu être la quantité, tout de même fort appréciable, d'autres "tubes" créés par les Collégiens de 1930 à 1940, de Ca vaut mieux que d'attraper la Scarlatine, à On ira pendre notre Linge sur le Ligne Siegfried, des Chemises de l'Archiduchesse à Qu'est-ce qu'on attend, en passant par Comme tout le Monde, Le Nez de Cléopâtre ou Tiens, tiens, tiens, rien à faire, c'est toujours la Marquise qui sort pile à cinq heures et l'emporte haut la main!… Il est vrai qu'elle a du répondant, cette Marquise. Une chanson comme en rêvent tous ceux dont le métier est de chanter, composée sur le pouce par Paul Misraki à partir d'une histoire assez classique narrée par Louis Gasté (le guitariste de l'équipe et futur "Loulou" de Dame Line), un arrangement des plus simples, une mise en place parfaite d'une belle efficacité, un humour pas si innocent que cela, un joli prix Candide à la clef, des tas de disques vendus en un clin d'œil jusqu'au Japon, où la maison Columbia n'hésita pas à sortir la galette… Bref, un vrai petit chef-d'œuvre de la chanson française. Et, en plus, il s'agissait de la toute première séance d'enregistrement de l'orchestre pour la puissante firme Pathé, le 22 mai 1935 : un coup d'essai transformé en coup de maître… Dans la foulée, on fit un film portant le titre de l'aria, remarquable navet au scénario sans le moindre rapport avec les situations de la chanson. Un orchestre concurrent tenta même de lancer, sans grand succès, Tout va très mal, Madame la Comtesse… Exploitant le filon eux aussi, Ventura et Misraki imaginèrent ensuite (1937) une Marquise Voyage, adaptant les célèbres couplets successivement à la manière anglaise, américaine, viennoise, allemande, italienne et arabe. Il ne fallut pas moins de deux faces et trente centimètres en 78 tours pour venir à bout de cette cosmopolite Marquise. Ce disque-la se vendit bien moins que l'humble vingt-cinq centimètres (une seule face) PA-624 de 1935, que l'on déniche encore assez souvent de nos jours dans les piles des marchés aux puces… Ce Tout va très bien, on ne le trouvera pourtant pas ici : il a si souvent été réédité qu'il ne nous a point paru indispensable de le reprendre une fois de plus. Si par extraordinaire vous ne le possédiez pas, vous pouvez vous le procurer sans peine sur au moins trois ou quatre disques-laser différents… Signalons que Tout va très bien, on l'entendra tout de même cité ici brièvement en version fanfare au début de la bande du film Feux de Joie (CD2). Quant à La Marquise Voyage, la firme productrice vient en fin de s'aviser de son existence et de procéder à sa réédition. Donc, là encore…
Quand il gravèrent Tout va très bien, les Collégiens n'allaient plus à l'école depuis belle lurette, mais ils avaient gardé le nom, en souvenir de l'époque - une dizaine d'années plus tôt - où il usaient vraiment leurs fonds de culottes sur les bancs du lycée Janson-de-Sailly (Paris, XVIème arrondissement). Ce n'est qu'après la déclaration de guerre, en septembre 1939, que Ray Ventura, estimant que l'ère insouciante du collège et des blagues de potaches était à jamais révolue, se décidera à changer de raison sociale et à se présenter enfin à la tête de "son orchestre"… Le succès incroyable, inespéré de Tout va très bien ne les fit pas pour autant changer d'indicatif : celui qu'ils s'étaient choisi à la fin de 1931 continua à les accompagner jusqu'à la fin, y compris durant les années d'exil. Ce Fantastique, autre composition de Misraki dont la toute première version enregistrée ouvre ce recueil (il y en eut une autre quelques mois plus tard, gravée à Londres chez Decca, et une troisième emburinée par Odéon-Argentine en 1942 - l'une et l'autre ont déjà été plusieurs fois rééditées) fut  écrite pour une opérette puis reconvertie en faire-valoir des fantaisies vocales (une voix de petite fille à plus de quarante ans!) d'Elise Fournier, dite Andrée Spinelly, dans le film L'Amour à l'Américaine. Les Collégiens y faisaient de la figuration plus qu'intelligente, qui apparaissaient dans plusieurs scènes de boîte de nuit… Spinelly, vedette du théâtre de boulevard et de music-hall (voir "Le Moulin Rouge" EPM/983802), fut réquisitionnée en personne pour l'enregistrement chez Odéon de cette initiale version. On peut évidemment se demander si avant l'adoption de Fantastique comme indicatif, les Collégiens avaient déjà utilisé d'autres morceaux dans un but semblable. Si c'est le cas, il y a gros à parier qu'il devait s'agir de thèmes de jazz probablement originaires d'outre-Atlantique, car il ne faut surtout pas s'y tromper : à leurs débuts, les Collégiens (qui orthographiaient d'ailleurs leur nom à l'anglaise : "Collegians") n'avaient cure de la chanson bien de chez nous et ne se passionnaient que pour la nouvelle musique, la seule véritablement révolutionnaire que ce siècle ait connu, le jazz…
En cette première moitié des années 20, le "jazz" tout comme la 5 chevaux Citroën, est à la mode-tout au moins le mot, à défaut de la chose. A la limite, la chose en question (à savoir la musique) est secondaire - mais est-ce bien différent en Amérique, lieu de naissance du jazz? - ce qui compte, c'est que le jazz s'inscrive harmonieusement dans un ensemble synonyme de "modernité" (comme on ne disait pas encore), au même titre que l'engouement pour l'Art Nègre et le style Art-Déco. On édita même un temps une luxueuse revue appelée Jazz, dans laquelle on trouva des photos de très jolies dames fort dévêtues, mais pas un seul mot sur un genre musical quelconque!… Le "jazz", au fond, c'est alors surtout un signe de ralliement : on est "jazz", "up-to-date", ou on ne l'est pas. Vingt ans plus tard (à peine), on refera le même coup, dans une ambiance fort différente, avec le "swing"… Quant à la musique elle même, il ne faut tout de même rien exagérer : les artistes en général, les musiciens en particulier, de Satie à Ravel, de Roussel à Milhaud, en comprirent l'importance, en appréhendèrent l'esprit, à défaut peut-être d'en avoir réellement saisi l'essence. Si bien que cette musique de Nègres, de Pauvres Blancs, de parias dans son pays d'origine, devint en Europe un objet d'étude des plus sérieux, en même temps que la marque de reconnaissance de ceux qui "étaient dans le coup"…
Une vraie musique ou, pour mieux dire, une musique authentique, avec sa part de mystère et son perpétuel devenir (passablement bloqué, avouons-le, depuis ces dernières décennies). Ceux, Noirs ou Blancs, qui vinrent d'Amérique jouer ici dans les années 20 n'en sont pas encore revenus (il est vrai qu'ils sont aujourd'hui à peu près tous morts!) d'être ainsi reconnus et accueillis dans les plus belles salles, de Paris à Moscou, en passant par Bruxelles, Londres, Berlin et Leningrad… Au fond, les États-Unis d'Amérique doivent une fière chandelle à l'Europe : sans le vieux monde en effet, cette nation serait sans doute passée à côté de la seule chose vraiment originale qu'elle ait inventée (sans trop le savoir ni le vouloir, il est vrai), le jazz…
En ce temps-là, en ces années 20, sans conteste la décennie la plus prodigieusement créatrice d'un siècle somme toute banal, les pensionnaires de lycées et collèges n'étaient pas les derniers à vouloir tout bouffer à belles dents ! Nul besoin alors, en ces beaux jours à jamais enfuis, d'aller débusquer les "créatifs"-bidon à coups de subventions tout aussi vaseuses et de rêve américain faisandé. La création, elle se faisait comme ça, au jour le jour, claire comme de l'eau de roche, dans le plaisir et la saine colère, simplement comme on respire… Quelques potaches du fort sélect lycée Janson-de-Sailly s'étaient quant à eux attaqués au jazz bille en tête. C'était vers 1923-24 et il y avait au moins deux groupes, le "Titcomb's Orchestra" (avec Edouard S. Foy) et une autre formation mouvante comprenant le saxophoniste Jean Gompell, bon copain du jeune Raymond Ventura, né à Paris le 16 avril 1908 dans une famille plutôt aisée. dans son livre Les grands Orchestre de Music-Hall en France (Ed. Filipacchi, 1984), Jacques Hélian (Collégien en 1937) a louablement tenté à partir de tout un tas de témoignages de retracer les incessants va-et-vient de ces jeunes fous, d'un groupe à l'autre, d'un instrument à son voisin (il n'était en effet pas rare qu'ils passassent du jour au lendemain de la flûte à la batterie!). Il n'est pas sûr qu'il soit arrivé, soixante ans plus tard, à capter tous ces mouvements, tans il y en eut… Les participants eux-mêmes finissaient par s'y perdre. On notera que parmi ces musiciens en herbe, quelques uns firent par la suite de jolies carrières dans des domaines totalement étrangers à la musique (droit, politique, industrie, commerce…) et que d'autres sont encore présents dans les premières faces que gravèrent les Collégiens à partir de la fin de 1928, d'abord chez Columbia (1928), puis chez Odéon (1929-1931) et chez Decca (1931-1935), sans oublier de mentionner des incursions en 1930 dans les studios de la maison Polydor et de l'obscure petite firme Virginia, productrice de disques souples réputés incassables… Le premier des deux CDs est consacré aux enregistrements de cette période.
Ventura lui-même, plutôt bon pianiste, remplaça en 1924 un certain Jean Lévy dans le "Titcomb's", lequel devint l'année suivante les "Collégiate Five", puis "Les Collegiate Five augmented", du fait de la fusion avec l'autre groupe. Ainsi, au fil des ans, la formation grossit et s'enrichit de bons éléments, comme les trompettistes Philippe Montégut et Ray Binder, le pianiste Robert (Bob) Vaz, le tromboniste Robert Degaille et surtout, en 1928, les frères Arslanian, John, le saxophoniste et Kirkor (alias "Coco") le batteur. Enfants du voyage d'origine arménienne, ils compteront parmi les plus fidèles de l'orchestre : John ne l'abandonnera qu'à la fin de 1939 pour passer en Angleterre; quant à Coco, il restera  jusqu'en 1944, date à laquelle, devenu "Grégoire Aslan", il entreprendra une prolifique carrière internationale de comédien. Au départ, il ne se sentait pas le moins du monde l'âme d'un fantaisiste, mais son dynamisme, son allant, ses mimiques comiques plurent si fort au public qu'il fut rapidement bombardé boute-en-train de l'équipe (ce qui ne l'empêcha nullement de chanter à l'occasion des choses dramatiques, comme St Louis Blues, St. James Infirmary, Blue Prelude ou Le Bateau Ivre). Il finit même petit à petit par délaisser ses tambours pour ne plus se consacrer qu'au chant et aux sketches.
A partir de 1925, les garçons commencèrent à se produire fréquemment en public, soit dans le gymnase mis à leur disposition au 55, rue de la Pompe, soit lors de festivités tant parisiennes que provinciales. A ce moment-là et jusqu'à la fin de 1930, le répertoire sera exclusivement constitué d'airs américains, "classiques" du jazz ou succès du moment susceptibles d'être interprètés suivant les canons du swing.
Et même au cours des années suivantes, la place accordée aux compositions d'outre-Atlantique restera importante… De cette première période, Louise (1929), grand succès de Maurice Chevalier, et Good For You, Bad For Me (1930) offrent une bonne illustration. Il y eut également I'm Afraid Of You, Sweet Ella May,Let's Do It, You're The Cream In My Coffee, Makin' Whoopee, If I Had you, I Want To Be Bad, Lover come Back To Me, Some Sweet Day, Can't We Be Friends… Ventura, contrairement à nombre de ses copains considérant la musique comme un simple passe-temps, comptait bien poursuivre dans cette voie et n'avait pas manqué de se faire connaître des dirigeants de firmes phonographiques. La maison Columbia ne le retint que pour un seul disque, mais Odéon le garda près de trois ans. D'autre part, le nouveau chef était très vite parvenu à faire venir d'Amérique des partitions et des disques ici introuvables. Il est probable qu'en 1929-30, les Collégiens connaissaient déjà Louis Armstrong, Duke Ellington, Fletcher Henderson ou Luis Russell. Toutefois, à ce moment-là, leurs principales influences demeurent encore les jazzmen blanc de Chicago, auxquels s'ajoutent quelques autres grands de l'époque comme le trompettiste Red Nichols, le tromboniste Miff Mole, le saxophoniste Frank Trumbauer et surtout le cornettiste lunaire Bix Beiderbecke. Les deux derniers cités étaient alors employés dans l'orchestre géant de Paul Whiteman, surnommé le "Roi du Jazz". Ventura et quelques Collégiens auront l'occasion de les entendre en chair et en os lors d'un séjour new yorkais au début de 1930. De toute évidence, leur jazz est alors fortement marqué par ce qu'il y a de plus "hot" chez Whiteman à sa meilleure époque (1927-1930). Un autre grand orchestre de scène qui compta également beaucoup pour les apprentis français fut celui du "Paul Whiteman britannique", Jack Hylton, qui avait justement engagé deux des meilleurs solistes hexagonaux bien connus des Collégiens, le tromboniste/poly-instrumentiste/arrangeur Léo Vauchant-Arnaud et le trompettiste bixien Philippe Brun… Ces grosses machines, porte-parole du très (trop) sérieux "jazz symphonique", ne dédaignaient pas parfois la rigolade et interprétaient aussi des sketches musicaux. Une idée qui fera son chemin chez Ventura…
Ray Ventura connaissait tout ce que Paris pouvait compter de musiciens de jazz, américains ou français, blancs ou noirs. Aussi, lors des séances de 29-30, il s'arrangea pour que quelques uns vinssent prêter mains forte à son équipe d'amateurs. C'est ainsi que l'on note la présence de Philippe Brun en soliste sur Louise, tandis que pour Good For You, Bad For Me, c'est le trompettiste afro-américain Arthur Briggs, vieux Parisien d'adoption, qui s'est retrouvé au studio. Au fil des sessions, Alex Renard, Pierre Allier, Léo Vauchant, Eddie Ritten, Charlie Barnes, Dany Polo, Serge Glykson, Babe Russin, Marcel Dumont, Spencer Clark, Stéphane Mougin, Gaston Lapeyronie, tous "pros", firent également acte de présence auprès des valeureux petits nouveaux…
Comme il se doit, durant cette période la formation bouge et s'enrichit. En 1929, le bassiste Louis Pecqueux l'intègre et amène un jeune violoniste qui passera plus tard à la trompette puis au saxophone ténor : Noël Chiboust. 1930 voit l'arrivée de nouveaux éléments de première grandeur : le tromboniste/trompettiste/arrangeur André Cauzard, le banjoïste/guitariste/compositeur, Louis F. GAsté, remplaçoant d'Henri Guesde (lui-même petit neuveu du vieux Jules), Jean Marcland (dit "marc lenjean", pour éviter la honte à une famille bourgeoise!), pianiste/bassiste/batteur/arrangeur/compositeur, Erik Kroll le trompettiste danois et puis, naturellement, Paul Misraki. Ray Ventura et ses Collégiens doivent beaucoup à "Monsieur Paul" : de beaux arrangements, leur indicatif, leurs plus grands succès. Par la suite, après la guerre, il écrira des centaines de musiques de films qui lui vaudront la consécration internationale. Mais pour l'heure, en 1930, il joue du piano en alternance avec Vaz et Marcland et concocte des arrangements sur un pot-pourri de vieilles chansons françaises. Il lui arrive aussi de chanter avec cette drôle de petite voix qui deviendra bientôt, tout autant que le "style Coco Aslan", l'une des marques déposées de l'orchestre. Sa première prestation vocale enregistrée : My Future Juste Passed  (en anglais), le 25 octobre 1930, au verso de Good For You… En 1931, le tromboniste suisse René Weiss remplace Degaille, le saxophoniste Russel Goudey -arrivé d'Amérique avec un orchestre universitaire (encore un collégien!) - occupe également un poste d'arrangeur, et Georges Effrosse, l'un des trois grands violonistes "hot" français du temps (les deux autres étaient Grappelli et Warlop), s'en vient renforcer la section des cordes. Dénoncé comme juif sous l'Occupation, il se verra offrir un aller-simple pour un de ces camps de vacances qui fleurissaient alors un peu partout en Europe centrale. Comme de juste, il n'en reviendra pas. On peut l'entendre ici, dans les faces de 1932-35, interpréter tous les passages de violon-jazz, en particulier sue sa jolie composition Just An Idea
Avec de tels chamboulements en si peu de temps, on se dira sûrement que, des Collégiens d'origine, il ne doit plus en rester lourd! La chose est assez exacte. Il se trouve en effet qu'au retour du service militaire, Ray Ventura, toujours décidé à faire de la musique son métier, se laissa persuader par Foy et Binder, prêts eux aussi à jouer la carte du professionnalisme et à monter un spectacle aussi complet que ceux présentés par Jack Hylton. Ceux que ce programme ne tentait guère ne purent que s'en aller, d'où les nombreux remplacements. Ceux qui restèrent, Ventura, Foy, les frères Arslanian en tête, eurent de leur côté bien du mal à convaincre leurs familles du bien fondé de leur projet. Toutefois, le papa de Raymond accepta d'assumer les premiers frais, à la condition que son rejeton fût enfin élu chef de la bande. En fait, il l'était déjà, mais cette fois cela devint officiel. On engagea encore le chanteur/imitateur de Maurice Chevalier/danseur/comédien Pierre Mingand, afin de renforcer l'équipe des fantaisistes. Celui-ci ne resta pas longtemps, mais sut donner une impulsion durable à tout cela. Par la suite, il connut un succès certains au cinéma, notamment auprès de Danielle Darrieux (à ce sujet, se reporter au coffret de 4 CDs "Le Cinéma à cent ans" EPM 983412)… Il fut également décidé que les "pro" toucheraient des cachets réguliers, tandis que les amateurs seraient rémunérés comme par le passé suivant les bénéfices (à supposer qu'il y en ait, évidemment!). Un système judicieux, mais bien propre à susciter les jalousies…
Bien entendu, de telles modifications impliquaient un complet changement de politique quant au répertoire : plus question de jazz-band pur et dur n'intéressant qu'une infime partie de la population! On commença donc à élargir le domaine en y introduisant (horreur!) des chansons… Cela se fit doucement au début, d'abord en choisissant les versions françaises de thèmes américains, de préférence aux versions originales. C'est par exemple ce qui arriva avec Mon Idéal (My Ideal), nouveau succès holywoodien de Maurice Chevalier, chanté ici par Mingand. On mit également à contribution le répertoire historique avec le pot-pourri miraskien sur les Chansons de France, et l'on adapta au goût du jour des airs déjà anciens connus de tous (Je sais de vous êtes jolie, Roses de Picardie, Bonsoir Madame la Lune, Reviens…). De cette manière, le public non averti pouvait s'y retrouver, tout en écoutant des arrangements "modernes" de ces valeurs sûres. Car, comme il se doit, Ventura, Misraki, Goudeys, Cauzard, puis Raymond Legrand (arrivé en 1933), ne perdirent jamais le jazz de vue et s'ingénièrent à donner à l'ensemble une coloration sans équivoque - à savoir "hot"! Il suffit, pour s'en rendre compte, de jeter un coup d'oreille à des choses comme Le vieux Château, Eteignons tout et couchons-Nous, Que fait-on, Margoton, La Légende du Roi Marc, Ici l'on pêche, Chansons en Couleurs, Vivre tout nu, La petite Gare, voire à cette "java chinoise" intitulée Sur le Yang-Tsé-Kiang, ou bien à cette très ancienne mélodie, Plaisir d'Amour (version Decca-Londres de janvier 32, nettement supérieure à celle d'Odéon quelques mois plus tôt)… A la suite de ces premières réussites bien accueillies par le public de l'"Empire" et par celui du "Palladium" de Londres, on piocha davantage dans le répertoire contemporain des opérettes en vogue ou des airs de films à la mode. Et la chanson nouvelle, celle des jeunes, vint à son tour à la rescousse. Bien sûr, les vrais thèmes jazzeux (St. Louis Blues, St. James Infirmary, Crazy People, Blue Prelude…) continuèrent parallèlement d'être célébrés. Malheureusement, les maisons de disques prirent la vilaine habitude de ne pas tous les enregistrer. Il est vrai qu'elles avaient souvent les mêmes morceaux (notamment les compositions d'Ellington) à leurs catalogues respectifs, interprètés par des orchestres américains. Il leur semblait donc plus logique de réclamer aux Collégiens leurs "spécialités" bien de chez nous… André Cauzard affirmait jadis que vers 1936-37, l'orchestre interprètait encore dans ses spectacles environ cinquante pour cent de thèmes de jazz dans des arrangements originaux. Heureux sont ceux qui purent alors les entendre… Et voilà comment petit à petit "The Collegians" devinrent "Les Collégiens", comment du jazz ils en vinrent à servir la chanson en conservant intact dans leur cœur leur amour du balancement syncopé, comment ils finirent par devenir l'une des valeurs les plus sûres de la dite chanson, elle-même en pleine mutation. A leur suite, d'autre groupes non dénués de talent - on se contentera de citer Fred Adison, Jo Bouillon, Roland Dorsay - s'engouffrèrent dans la brêche et y firent leur nid. Même sous l'Occupation, le tradition des Collégiens se trouva perpétuée par Raymond Legrand (un connaisseur!), puis après la guerre par Jacque Hélian (autre connaisseur et ex-beau frère du précité!)…
Heureusement, en ce temps-là, la chanson avait des fourmis dans les idées; elle aussi avait entendu parler du jazz et les petits nouveaux se faisaient un malin plaisir en balançant dans le museau des vieilles barbes des tas d'airs frais, de paroles malicieuses, de coquineries agrestes, d'onomatopées irrévérencieuses aux allures de "scat" voyou genre Cab Calloway. Du coup, les Collégiens n'eurent pas trop à se forcer et donnèrent des versions encore plus "hot" de toutes ces choses qui allaient dans le même sens qu'eux. Après les films et opérettes, les premiers choisis furent Mireille, toquée de jazz, amie de Gershwin et de Cole Porter, et son parolier préféré, Jean Nohain. Leur Couchés dans le Foin, écrit au départ pour une opérette jamais jouée, fit un tabac en 1932 grâce à un autre tandem appelé Pills et Tabet. Georges Tabet avait été auparavant musicien de jazz (encore un!) et, par la suite, "les Venturas" lui prendront quelques chansons aux senteurs "swing". Déjà, depuis les années 20, Maurice Chevalier avait tenté dans les revues qu'il interprétait et dans ses tours de chant de faire sa place au jazz. Pas étonnant que Ventura et sa clique l'aient plutôt bien aimé. Mais avec Couchés dans le Foin, ce fut un véritable coup de tonnerre dans un ciel chargé de chansonnettes ayant depuis longtemps dépassé la date limite de fraîcheur. Enfin l'horizon s'éclaircit et l'appel d'air libérateur prit possession du terrain. Ventura ne s'attaqua point à Couchés dans le Foin, mais fit un sort aux succès suivants : Le vieux Château, Ce petit Chemin, La petite Ile, Quand un Vicomte, Puisque Vous partez en Voyage ou C'est gentil quand on y passe. La version ici reproduite de cette dernière chanson, sorte de démarquage du Vieux Château, provient d'une émission radiophonique proposée par les pâtes "Lustucru", qui s'étaient assurées l'exclusivité des Collégiens. Chaque semaine, ceux-ci exécutaient dans des versions différentes de celles des disques (en général plus longues, comme ici) quelques unes de leurs créations et recevaient des invités de marque. Car, évidemment, La T.S.F. n'avait pas tardé à mettre la main sur eux, non plus que les grandes salles où se donnaient les fastueuses revues, comme le Casino de Paris qui les invita à plusieurs reprises à partir de 1933. Ray Ventura fonda aussi une maison d'éditions musicales pour publier les "tubes" de la bande et ceux des compositeurs amis. Raymond Legrand et son épouse furent bombardés gérants de l'affaire qui tourna rondement et édita même de grandes scies américaines (comme, par exemple, le célébrissime In The Mood)… Pour en revenir aux chansons de Mireille, celle-ci écrivit encore peu avant la guerre, la musique de La Complainte des Caleçons, que Ventura semble être le seul à avoir enregistrée. Le texte, que narre avec talent un Coco Aslan désenchanté, est l'œuvre du poète Robert Desnos, ancien du groupe surréaliste, Grand Maître de l'écriture automatique avant de se fâcher avec André Breton, qui ne dédaignait pas parfois ces choses plus légères et tout de même fort sarcastiques. Déporté par les nazis en 1944 pour faits de résistance, il mourut comme Georges Effrosse dans un de ces camps faits pour ça l'années suivante…
Outre Mireille, "Les Venturas" avouent aussi une faiblesse certaine pour Jean Tranchant, dont ils inscrivirent nombre de compositions (musique et paroles) à leur répertoire. L'inspiration de Tranchant - grand fou de jazz lui aussi - rejoignait assez, en plus âpre parfois, celle de Mireille et Nohain dans leur amour de la campagne et de l'écologie. Sa chanson la plus célèbre, Ici, l'on pêche, figure évidemment en bonne place dans la discographie venturienne, mais on garda aussi pour la bonne bouche la méchante Ballade du Cordonnier, l'ironique Légende du Roi Marc, l'agreste Que fait-on, Margoton?, l'adorable Chanson en Couleurs ou le délirant C'était une Cannibale… Les Collégiens eurent l'occasion de l'accompagner dans plusieurs de ses propres séances chez Pathé, Ray cédant alors la baguette à Paul (Misraki) (voir "Jean Tranchant" EPM/983102). Que l'on ne s'y trompe pas : Tranchant se réservait en priorité les bluettes, mais pour les autres (dont son épouse Nane Chollet, Marlène Dietrich, Marianne Oswald ou Lucienne Boyer) il concoctait souvent des trucs très vaches, noirs, sans espoir. Une chose comme Le Bateau ivre pourrait passer pour une de ses chansons. Ce n'est néanmoins pas le cas. Marianne Oswal enregistra également ce Bateau (Voir EPM/982272), dont la présence chez Ventura se révèle tout de même assez inhabituelle. Plus fréquentes en revanche sont les chansons dites "pour les enfants", telles que Aux Iles Vent-Debout, Le Bateau de Pêche (version rose du Bateau ivre!) ou encore La Boutique du Père Isaac. Dans un genre diamètralement opposé, on trouve également une tendance certaine à la grivoiserie fort goûtée des Français et légèrement modernisée. La Légende du Roi Marc est certes trop subtile et parvient à échapper à cette catégorie, où viennent immanquablement tomber Allez donc faire ça plus loin, J'peux point vous l'dire (non reproduit ici), Au premier et surtout J'entends des Voix, grand moment dû à l'inspiration de Gasté et d'André Hornez (un des paroliers préférés de la bande), où Aslan confine au génie dans son imitation de Mahomet… Aslan, Misraki, Ventura et le trio vocal sont d'ailleurs passés maîtres dans l'art de la "chanson-sketch", genre proche du précédent particulièrement aimé en ce temps-là. Tout vas très bien, Les Chemises de l'Archiduchesse, Ca vaut mieux que d'attraper la Scarlatine, Toc-Toc partout, La Grêve de l'Orchestre, le Chef n'aime pas la Musique, Vive les Bananes, La Marquise Voyage et pas mal d'autres comptent parmi les plus beaux fleurons de la chose, mais C'est ce qui fait son Charme, Chez les Fous, la Petite Gare, C'était une Cannibale sont eux aussi de bonne facture. Sans parler des Impressions de Phono, de T.S.F. et d'Opéra, dont les deux premiers moments au moins offrent des instants de franche rigolade et d'humour très sombre. La parodie d'opéra a sans doute davantage vieilli, mais il est amusant de noter que le rôle de la soprano est vaillamment tenu par le violoniste Lucien Sansvoisin (Misraki aurait sûrement pu le faire aussi!). Ceci amène d'ailleurs à se demander pourquoi Ventura n'eut jamais de chanteuse à demeure dans son groupe. De temps en temps, un prénom féminin surgit dans la discographie : Spinelly, Grace Edward, Betty Allen, Florence Starr, Colette Vivia, Micheline Day (la jeune sœur de Mireille, qui vécut le temps de l'exil et finit par se fixer en Amérique du Sud)… Mais en général, ces dames ne furent convoquées que pour une ou deux séances spécifiques et ne firent que passer… Ce fut aussi le cas de Cécile Sorel et de la grande chanteuse américaine Alberta Hunter, que l'orchestre accompagna au "Casino", mais qui n'enregistrèrent même pas avec lui… Vers la fin de sa vie, survenue le 30 mars 1979 à Palma de Majorque (Espagne) où il s'était retiré, Ray finit par lâcher le morceau: "la seule chanteuse que j'aurais aimé avoir dans l'orchestre, c'est Billie Holiday". Rien que ça! Pas gonflé, Ventura! Il est vrai qu'en 37/38, quand il la demanda, Billie n'était pas encore une célébrité. Il ne la connaissait que par les disques avec Teddy Wilson. Pourtant il en rêvait, il l'aimait, douce-amère, sulfureuse, drôle, émouvante… Elle ne dit pas non, mais différa le voyage à cause de contrats. Puis vinrent les jours d'angoisse, les menaces de guerre et la guerre. Tous les Américains présents en Europe rentrèrent dare-dare au pays. Plus question pour elle de faire le trajet en sens inverse!… Et voilà comment, de fils en aiguille, Ray Ventura ne connut jamais la joie d'écouter Billie Holiday accompagnée par les Collégiens… Il l'entendit quand même "en vrai" à New York en 1945, puis à Paris lorsqu'elle y vint enfin - mais lui n'avait plus d'orchestre… Lady Day aurait-elle pu chanter Tout vas très bien ? Mais parfaitement ! Elle aurait fait une bien divine Marquise…
La Marquise
, sédentaire ou baladeuse, l'Archiduchesse, La Scarlatine et les autres, on l'a dit, c'est Paul Misraki qui, de 1930 à 1948, fut la véritable cheville ouvrière de l'orchestre, non seulement pianiste, chanteur, compositeur numéro 1 des principaux "tubes" créés par la bande, mais aussi parolier occasionnel (La Marquise, Chez Moi, le charmant et méconnu Mais le Dimanche) l'amusant Ah! Que cétait bon!…) et arrangeur subtil d'une bonne part du répertoire emprunté aux autres (Mireille, Tranchant, Johnny Hess, Emil Stern, voire le vieux Martini, l'un peu moins ancien Maurice Ravel, le presque récent Franz Lehar ou le franchement jeune George Gershwin). Quand en 1936 il décida d'abandonner les très fatigantes tournées pour se consacrer davantage à la composition et à l'orchestration et quand, à peu près en même temps, il s'associa plus étroitement à André Hornez (ce qui se fit à l'occasion de la création de l'opérette Normandie, imaginée par le prolifique Henry Decoin), il devint encore plus efficace. Inaugurée avec La Scarlatine (le seul aria de Normandie vraiment passé à postérité), cette collaboration Misraki-Hornez se poursuivit avec Le Bateau de Pêche, Au Premier, ainsi qu'avec les chansons des films de 1938-39 : Feux de Joie et Tourbillon de Paris (voir CD2). Il y eut aussi d'autres airs de cinéma, comme par exemple Une Charade, Au Vent Léger ou le très tzigane Dans mon Cœur, créés par Danielle Darrieux dans Battements de Cœur et Retour à l'Aube, deux films réalisés par son mari - Henry Decoin, justement… Rompue par la guerre, l'Occupation, l'exil, elle refit surface, cette collaboration  Hornez-Misraki, dès la Libération et les deux complices s'occupèrent activement des nouveaux film de Ray Ventura : Mademoiselle s'amuse (Maria de Bahia, Armstrong, Duke Ellington, Cab Calloway…), Nous irons à Paris, Nous irons à Monte-Carlo… Fou de jazz, Ventura l'était peut-être encore plus de cinoche et, avec l'arrivée du parlant, il comprit très vite l'intérêt que pouvait présenter pour un orchestre comme le sien ce nouveau moyen de diffusion. La profusion de films américains musicaux ne put que lui donner raison. Cependant, il dut être assez déçu par la demande assez faible au cours des années 30 : L'Amour à l'Américaine fin 31, quelques courts-métrages (aujourd'hui disparus) en 1932 et 1935, une "panouille" dans Tout va très bien, quelques demandes de réalisateurs en renon (notamment  Sacha Guitry pour Quadrille) d'illustration musicale, sans apparition de l'orchestre à l'écran… Ray finit par en conclure que, pour avoir enfin la vedette, il devrait fonder sa propre société de films comme il avait monté sa maison d'édition. Sans doute y serait-il parvenu sans la guerre. Il lui fallut attendre la Libération pour créer enfin sa firme, qui entreprit nombre de films dont tous ne furent pas musicaux. Déjà il avait investi dans les deux productions d'avant-guerre, considérées comme les meilleures. Feux de Joie, surtout, fut une bonne surprise pour ceux des amateurs qui estimaient que seule l'Amérique pouvait convenablement traiter le genre en question. Sur un scénario convenu mais bien troussé, plein de rebondissements amusants, le réalisateur Jacques Houssin sut fort habilement amener les sketches et les séquences musicales, utilisant souvent plusieurs caméras et mettant en œuvre un montage dynamique et efficace. Aux côtés des Collégiens promus vedettes (Coco, Jimmy Gaillard et Philippe Brun s'en tirèrent mieux que bien), on fit appel à quelques comédiens professionnels : Micheline Cheirel, Mona Goya, Alice Tissot, Lucas Gridoux, Raymond Cordy et René Lefèvre. Quand ce dernier chante, c'est en réalité Misraki que l'on entend! L'un des acteurs les plus sympathiques de son époque, René Lefèvre ne savait apparemment pas chanter - ni tenir correctement un saxophone… Tous les arias de ce films - Y'a des jours où toutes les femmes sont jolies, Qu'est-ce qu'on attends? Le Nez de Cléôpatre, Comme tout le Monde…- sont signés Misraki-Hornez, de même que ceux, l'année suivante, de Tourbillon de Paris. J'ai besoin de Vous semble bien être la seule chanson extraite de ce film moins réussi que Feux de Joie, à n'avoir point connu les honneurs de la réédition. L'oubli est réparé. Quant à la première pellicule, il nous a paru intéressant d'inclure ici des fragments de la bande-son au lieu des versions éditées dans le commerce et reprises elles aussi fréquemment en microsillons et en CD. Nous avons toutefois fait une exception en reproduisant le première "prise" de Comme tout le Monde, enregistrée bien avant le tournage et elle non plus jamais rééditée : l'arrangement et les couplets se révèlent passablement différents…
Bien sûr, au cours de cette dizaine d'ans, les choses n'allèrent pas toujours de soi. L'orchestre vécut plusieurs crises entraînant des changements importants de personnel. Malheureusement, Georges Effrosse s'en alla à l'automne de 1935, soit deux ans après le départ de ces piliers du groupe que furent Eddie Foy et Ray Binder. Il semble que, curieusement, ceux-ci aient reproché à Ventura d'être devenu par trop commercial et de négliger le jazz, eux qui, pourtant, avaient été les premiers à insister pour qu'il évolue en ce sens. Les nombreux disques que gravèrent en 1934 les deux compères avec leur nouveau groupe ("Eddie-Binder et son orchestre") ne sont cependant pas des modèles de jazz sans concession, malgré la présence de bons éléments! Ils font, dans le meilleur des cas, songer à un Ray Ventura du pauvre!… En réalité, il semble bien qu'à partir de 1933, ces deux valeureux amateurs durent se sentir incapables de suivre l'évolution des Collégiens sur la voie du professionnalisme et prirent comme prétexte l'incompatibilité. Ventura ne les retint pas : lui aussi savait qu'à présent, il lui fallait de vrais "pros". Et peu à peu il parvint à les réunir. On peut citer les trompettistes André Cornille et Albert Piguilhem, les saxophonistes Raymond Legrand, Adrien Marès et André Lluis, le batteur André Taylor remplacé par la suite par Maurice Chaillou. Il engagea également deux des meilleurs solistes du jazz begle, le trompettiste Gus Deloof et le tromboniste Josse Breyère, également arrangeurs l'un et l'autre. Surtout, il put mettre la main sur Philippe Brun de retour d'Angleterre après une absence de plus de six ans. Celui-ci resta jusqu'à la drôle de guerre, interprètant la plupart des solos "hot" et jouant au titi parisien dans les deux films. A la fin de la décennie, Ray Ventura comptait également parmi les membres de l'orchestre le tromboniste Guy Paquinet, le saxophoniste Alix Combelle, le clarinettiste américain Dany Polo, le joueur d'harmonica hollandais Max Geldray, l'ex-bassiste du Quintette du Hot Club de France Louis Vola…
Tout allait pour le mieux quand un taré décida d'envahir la Pologne. Les Collégiens en furent tout marri et la mobilisation générale leur fut fatale. L'ultime séance Pathé (2 avril 1940) en présente bien les séquelles : L'orchestre ne compte presque plus aucun de ses membres réguliers. Peut-être même s'agit-il en fait de celui de Fred Adison!…
Après la débacle et l'armistice, Ray Ventura et plusieurs de ses anciens jugèrent plus prudents de rester en zone sud. Puis, fin 1940, ils gagnèrent la Suisse, où il gravèrent quelques faces chez Elite-Special (dont Ah! Que cétait bon!) et passèrent assez souvent à la radio. En 1941 cependant, Ventura jugeant le voisinage peu sûr - un plan d'envahissement de la Suisse était en effet à l'étude - préféra mettre un océan entre lui et les grands penseurs de l'ordre nouveau. Il accepta un engagement au Brésil et avec une équipe de nouveau remanié prit le large, via l'Espagne, fin 1941. Coco, Misraki, Vola, le trompettiste Pierre Allier, le tromboniste Eugène d'Hellemmes, le pianiste Alain Romans, Micheline Day ainsi que le jeune Henri Salvador, guitariste et fantaisiste, furent du voyage. Après des débuts difficiles, l'orchestre fut bien accepté et vint se produire (1942-44) à Montevideo puis à Buenos-Aires. Une bonne quarantaine de faces fut gravée dans la capitale argentine et probablement aussi à Rio : des choses destinées à la clientèle locale (Tico Tico no Fuba, Os Quindins de yaya, Apanheite Cavaquinho, Ai, Ai, Maria Elena…), quelques thèmes américains (As Time Goes By, You'd Be So Nice To Come Home To, I'm Gonna Get Up…), d'anciens succès de l'orchestre (Fantastique, Chez Moi, Tiens, tiens, tiens, Je ne sais pas si je l'aime…), des "tubes" de la chanson française (Ménilmontant, Un p'tit Air, Dans mon Cœur, Le premier Rendez-Vous… ) et des nouveautés misrakiennes (Insensiblement, Elle est laide, C'est la première Fois, Le Portrait de Tante Caroline…) Jamais diffusées en Europe et jamais rééditées (à deux, trois exceptions près), ces gravures mal connues sont d'une extrême rareté. On en découvrira deux ici : Le premier Rendez-Vous, joli succès de Danielle Darrieux dans le film de 1941 portant le même titre, repris cette fois par Henri Salvador (son premier enregistrement en qualité de chanteur, semble-t-il), et une version "swing" du fameux Bolèro de Maurice Ravel. Dèjà en mars 1938 les Collégiens en avaient enregistré, sur deux faces de trente centimètres en 78 tours, une mouture passablement abrégée; celle-ci l'est encore bien davantage qui ne dure pas même trois minutes, mais l'arrangement concocté par Misraki se révèle plein de cet humour que Ravel, pince-sans-rire, n'eût point manqué d'apprécier - lui qui, au départ, voulait intituler cette œuvre Enfoncez-vous bien ceci dans la Tête!…Trois musiciens, le trompettiste Adrien Terme, le tromboniste Jean Mellet et le pianiste Alain Romans, s'en vont bientôt rejoindre les Forces Française Libres et les maquis. Si le premier est encore là pour nous raconter tout cela, Mellet fut tué au combat et Romans fut fusillé en 1944. Il en réchappa, se retrouva sur les chars l'année suivante

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