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SARCLO / JE N'AI JAMAIS ETE AUSSI VIEUX

1 CD / SARCLO / NOUVEL ALBUM 2021 / 14 NOUVEAUX TITRES

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SARCLO
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SARCLO NOUVEL ALBUM 2021 / JE N'AI JAMAIS ÉTÉ AUSSI VIEUX

Les titres

1 Au bord du Canal St Martin
2 Félicie
3 50 nuances de gauche
4 Qu'est-ce qu'on peut faire avec les cons ?
5 Quatre heures
6 Requiescat in Pace
7 Les vieilles dames de mon âge
8 Fucking crabe
9 Ce que j'aime dans l'amour
10 Champions
11 La Gibson (2)
12 Chanson pour Nicole
13 Bernard `
14 Les quatre saisons (Charles Cros)

Depuis 2012 Sarclo n’avait plus publié d’album personnel. À septante piges (fêtées brillamment à Montreuil avec le premier concert de l’album), il ne pouvait continuer à se cacher derrière Dylan, toujours inclus dans son programme, quand son public réclamait de nouvelles chansons. Quelques titres déjà écrits – comme Fucking crabe tout autant réaliste que délicate, véritable exorcisme revisitée en doux arpèges de guitare – souffraient esseulés dans un tiroir et eux, réclamaient un public !

Craintes vaines, c’est une cuvée entièrement nouvelle quoique fidèle aux anciennes que vous allez déguster. Le couple fusionnel qu’il forme avec son fils avant-dernier né – qui a adopté temporairement la (non) couleur des cheveux de son père – même éloignés (Albert Chinet habite à Lausanne), donne un résultat musical exceptionnel. Albert lui prête parfois sa voix en écho, ou en chœur, mais a surtout concocté mieux que des arrangements, des ambiances. Chaque chanson a son atmosphère musicale particulière, actuelle, originale, évidente, qui met en valeur le texte et l’interprétation de Sarclo, qui fait tantôt sa grosse voix la plus éraillée, tantôt sa voix de papa qui berce son bébé, la plus douce. Une vie, toute une vie, avec ses grandes joies et ses gros chagrins, ses regrets, ses lassitudes et son ennui, et la lumière qu’on entretient.

Morceaux choisis : « C’est une chanson légère / Écrite avant les maladies », chantée avec le sourire (ça s’entend) sur fond de guitare discrète qui miaule par moment, et d’une batterie légère, qui frôle et qui rythme. Cette promenade au Canal Saint-Martin où la Gibson léguée par un ami a malheureusement disparu (euphémisme). Ses mots, écrits avant, résonnent encore plus étrangement : « La guitare que j’ai là sous les doigts / Faut pas penser qu’elle est à moi / Comment savoir qui la jouera / Quand bientôt, je serai plus là »

Plus bruitiste, avec ses sons métalliques, à la dérive, pour la petite dernière, Félicie (« aussi ! ») entre tigresse et chatte : « Oh ben si c’est un peu étrange / Recevoir des baisers de mésange ». Ou se citant, à son habitude, en se renouvelant : « Je vais me faire des asperges au jambon / Avec une petite sauce au roquefort » sur ce Requiescat satirique pour un cousin peu apprécié, chanté comme un requiem quand il ne tourne pas au punk « Quand est-ce qu’on enterre les connards / Chuis pas d’accord avec le principe / Qu’on tire pas sur les corbillards ».

Sarclo est bien le seul à pouvoir chanter la politique comme une chanson d’amour, jugez-en avec Cinquante nuances de gauche (« … et direct une droite dans ta gueule »), un réjouissant et percutant inventaire des différents mouvements de la machine à perdre déclinant au passage Léo Ferré (Y en a pas un sur cent et pourtant ils insistent…, Les communistes…), à moins qu’il ne fasse la grosse voix, pour déclarer sans ambages : « La marine, elle a plein d’amis / Les amis c’est ça qui tient chaud / Ils sont dans la gendarmerie (…) Moi, je propose pour les raclures / Les vacances ou l’euthanasie ».

Depuis longtemps à côté, ou même au sein (mot qui s’impose) de sa verve satirique, Sarclo chante l’amour, le temps qui passe, la mort inéluctable qu’il craint surtout comme une absence de vie : « Tu te souviens comme on s’aimait / Sur ce quai, gare de Besançon ». Le mâle alpha n’assume pas de se voir vieillir en miroir des Vieilles dames de [son] âge : « Elles renvoient de moi une image / J’en suis pas tout à fait d’accord ». Il ne la chante pas sans tendresse, se moque de lui-même : « Elles m’imaginent à l’allumage / Pétouillant, faisant des efforts », réitère l’échec dans la paillarde Ce que j’aime dans l’amour c’est l’amour – comme un écho au Crétin de 2013 – s’excuse, se traite de butor, abandonne : « Et ben, les gonzesses de mon âge (…) J’ai plus l’âge, je sais que j’ai tort ».

Et puis il y a les chansons les plus douces, pour les malheurs dont on est soi-même la cause, Quatre heures comme une litanie, juste guitares-batterie pulsant doucement : « elle m’avait offert son cœur / tout son cœur / et moi je le lui ai rendu / je lui ai rendu tout son cœur / quelle horreur », ou les gros deuils d’amitié, qui s’accumulent dans une vie, Bernard, (1983) ou Chanson pour Nicole, deux reprises en bonus. Et la pure poésie parnassienne de Charles Cros, avec ces Quatre saisons qu’il a mise en musique, et qu’on ne peut imaginer chantée par un cœur sec. La tendresse sous la déconnade.
Catherine Auguier ( Nos Enchanteurs)

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