Et toujours...

ROLLINS

xxxx

WEST

NO

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L'HISTOIRE DE FRANCE / ANTHOLOGIE

ANTHOLOGIE DE LA CHANSON TRADITIONNELLE
CHANSONS DE L'HISTOIRE DE FRANCE
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LES CHANSONS DE L'HISTOIRE DE FRANCE
Chantées par Michel Hindenoch, Gilles Elbaz, Marc Ogeret, Chantal Grimm,Marc robine, Jean Blanchard,Catherine PerrierSzerge Hureau, Michèle Bernard, Alain Charrié etc...

VOUS TROUVEREZ LES TEXTES DES CHANSONS EN BAS DE PAGE, VOUS POUVEZ LES COPIER DANS UN DOCUMENT WORD DANS VOTRE ORDINATEUR...

Le carillon de Vendôme
La mort de la Palice
Le prince d'Orange
Le printemps retourné
Vive Henry IV
Mazarinades
Gironfla
Les adieux de la Tulipe
Comprenez-vous
Le grand projet
La complainte des émigrés
La bataille de Waterloo
Les souvenirs du peuple
Quand vienra-t-elle?
Le temps de cerises
La semaine sanglante
Elle n'est par morte
En revenant de la revue
On est en république
Le fils de l'allemand
Gloire au XVIIe
Le clairon
La chanson de Craonne

LES CHANSONS
  éminences
Et des abbés tout votre saoul,
Que vous régentiez les finances,
Après tout le soldat s'en fout,
Comprenez-vous ?
 
Mais quand vous nommez, pour la guerre,
Certain général archifou,
Il est normal que le militaire
Vienne un peu vous chercher des poux,
Comprenez-vous ?
 
Parce qu'un beau soir, à Versailles,
Vous avez joué les touche-à-tout,
Nous avons perdu la bataille
Et moi je n'ai plus qu'un genou,
Comprenez-vous ?
 
Je ne suis pas méchant, Marquise,
Mais vous savez, jamais beaucoup
Tous ces amis qui, sous la bise,
Ce soir ne craignent plus le loup,
Comprenez-vous ?
 
Je l'aimais bien, mon capitaine :
Il est tombé percé de coups ;
C'était un bon gars de Touraine,
Il ne rira plus avec nous,
Comprenez-vous ?
 
Tous ces amis, chère Marquise,
Seraient aujourd'hui parmi nous,
Si vous n'aviez nommé Soubise,
Cet incapable ! ce filou !
Comprenez-vous ?
 
Car ce n'est pas un jeu la guerre,
Madame, il s'en faut de beaucoup !
On peut y perdre, comme mon frère,
Ses entrailles sur les cailloux,
Comprenez-vous ?
 
Mais je ne fais pas de manière,
Et si je pleure devant vous,
C'est que mon père est dans la terre
Et que ma soeur m'a plus d'époux,
Comprenez-vous ?
 
Du sang de mes chers camarades,
Un ruisseau rougit tout à coup ;
Aucun poisson ne fut malade,
Car les poissons avalent tout,
Comprenez-vous ?
 
Mais quand nous n'aurons plus de larmes,
Quand nous serons à bout de tout,
Nous saurons bien à qui, Madame,
Il nous faudra tordre le cou,
Comprenez-vous ?
 
Favorite du roi Louis XV, Madame de Pompadour (née Jeanne Antoinette Poissonfit nommer quelques uns de ses protégés à des postes de toute première importance)  : de Bernis et Choiseul, respectivement ministres des Affaires étrangères et de la Guerre et de la Marine, et le général Charles de Soubise, qui devait essuyer une cinglante et humiliante défaite, devant Rossbach, le 5 novembre 1757.
L'affaire paraissait pourtant entendue, puisque la coalition franco-saxonne, commandée par Soubise et le duc de Saxe-Hildburghausen, était forte de soixante quatre mille hommes, alors qu'en face Frédéric II de Prusse n'en disposait que de vingt-et-un mille. Trois contre un, donc, en faveur de Soubise qui, certain d'un succès facile, prit l'initiative de l'attaque avant même que son avant-garde ne fût en place. En moins d'une heure tout était dit et l'aventure avait tourné au désastre. Taillés en pièces et débandés, les régiments alliés laissèrent des milliers d'hommes sur le terrain ; et des milliers d'estropiés reprirent le chemin de la France en ruminant leur rage, leur amertume, et leur soif de vengeance contre les responsables d'un tel carnage et d'une telle débacle.
La chanson donnée ici exprime sans détour cette noire colère et cette rancœur ; et la menace finale est assez explicite. Aussi la considère-t-on, généralement, comme l'un des premiers signes avant-coureurs de la Révolution, quelque trente ans avant l'explosion de juillet 89.
NOTE : (1) Allusion au nom de jeune fille de Madame de Pompadour.
 
EN REVENANT DE LA REVUE
 
Je suis l'chef d'une joyeuse famille,
D'puis longtemps j'avais fait le projet
D'emmener ma femme, ma soeur, ma fille
Voir la revue du quatorze juillet.
Après avoir cassé la croûte,
En choeur nous nous sommes mis en route ;
 
Les femmes avaient pris l'devant,
Moi, je donnais l'bras à belle-maman.
Chacun d'vait emporter
D'quoi pouvoir boulotter ;
D'abord, moi, j'portais les pruneaux,
Ma femme portait deux jambonneaux,
Ma belle-mère comme fricot
Avait une tête de veau,
Ma fille son chocolat
Et ma soeur deux oeufs sur le plat.
 
Gais et contents,
Nous marchions triomphants,
En allant à Longchamp
Le coeur à l'aise.
Sans hésiter,
Car nous allions fêter,
Voir et complimenter
L'armée française.
 
Bientôt d'Longchamp on foule la p'louse,
Nous commençons à nous installer,
Puis j'débouche les douze litres à douze
Et l'on s'met à saucissonner.
Tout à coup, on crie "Vive la France !"
Crédié ! c'est la r'vue qui commence !
J'grimpe sur un marronnier en fleurs
Et ma femme sur l'dos d'un facteur.
Ma soeur qui aime les pompiers
Acclame ces fiers troupiers,
Ma tendre épouse bat des mains
Quand défile les Saint-Cyriens,
Ma belle-mère pousse des c'ris
En r'luquant les spahis,
Moi, j'faisais qu'admirer
Notre brave général Boulanger !
 
Gais et contents,
Nous étions triomphants
De nous voir à Longchamp
Le coeur à l'aise.
Sans hésiter,
Nous voulions tous fêter,
Voir et complimenter
L'armée française !
 
En route j'invite quèqu's militaires
A v'nir se rafraîchir un brin,
Mais à force de licher des verres
Ma famille avait son p'tit grain.
Je quitte le bras de ma belle-mère,
Je prends celui d'une cantinière
Et le soir, lorsque nous rentrons,
Nous sommes tous complètement ronds.
Ma soeur qui était entrain
Ramenait un fantassin,
Ma fille qui avait son plumet
Sur un cuirassier s'appuyait,
Ma femme, sans façon
Embrassait un dragon,
Ma belle-mère, au p'tit trot
Galopait au bras d'un Turco !
 
Gais et contents,
Nous allions triomphants,
En revenant de Longchamp
Le coeur à l'aise.
Sans hésiter
Nous venions d'acclamer,
Voir et complimenter
L'armée française !
L'armée française !
 
Paroles de Mac-Nab
Musique de Camille Baron
 
Il suffit parfois d'un vers que l'on change, pour détourner à jamais le sens d'une chanson et la faire entrer dans l'Histoire. C'est le cas de cette franche polissonnerie de Garnier et Delormel, que l'on ne peut plus chanter sans songer immédiatement au général Boulanger qui, vers la fin des années 1880, fut à deux doigts de renverser la République.
Pourtant, à l'origine, la chanson n'a rien de politique ; c'est un air de défilé, écrit par Desormes pour un spectacle des Folies-Bergère.
Séduit par la mélodie, Léon Garnier propose au compositeur d'en faire une chanson.Not',,,
Celle-ci est immédiatement adoptée par le fantaisiste Paulus, qui la créée tout d'abord à la Scala, début 86, ainsi qu'en attestent les petits formats de l'époque. Le soir même du 14 juillet, jour de la revue annuelle des armées, il se produit à l'Alcazar d'été, le café concert en vogue des Champs-Elysées, dont il restera la vedette incontestée pendant plusieurs saisons. Après la litanie des sous-entendusgrivois du premier couplet, il termine le second en en modifiant le dernier vers, sous le coup d'une inspiration subite. Le texte original :
 
Moi, j'faisais qu'admirer
La fière allure du p'tit troupier,
 
devenant, alors :
 
Moi, j'faisais qu'admirer
Not' brave général Boulanger.
 
Dans la salle, c'est le délire et Paulus doit reprendre, et reprendre encore, son hommage improvisé au populaire ministre de la Guerre que la foule avait longuement acclamé, le matin même, à Longchamp. Surnommé "Le général la Revanche", Georges Boulanger, cavalier à la belle prestance, symbolisait le nationalisme relevant le front d'une France humiliée par la défaite de 1870 et la perte de l'Alsace et de la Lorraine. Une France lasse des crises politiques et des différentes "affaires" qui éclaboussaient le monde politique, et prête à s'offrir au premier "homme providentiel" qui se présenterait à elle. Soutenu aussi bien par les milieux antiparlementaires et les royalistes que par les bonapartistes, Boulanger eut bientôt le pouvoir à portée de main (1889); mais, sous l'influence de sa maîtresse - Madame de Bonnemain, dont on sait aujourd'hui qu'elle était payée en sous-main par la police - il renoncera à marcher sur l'Elysée, et finira par se suicider, en 1891, sur la tombe de son aimée.
L'aventure boulangiste tournera donc court, mais la chanson, qu'Anatole France définissait comme "La Marseillaise des mitrons et des calicots", lui survivra longtemps, et restera l'un des plus grands succès de Caf'Conc', jusqu'à la Première Guerre mondiale, date à laquelle La Madelon remplacera le fringuant général dans la ferveur populaire. Il est toute fois assez intéressant de la comparer avec Elle n'est pas morte, pour se faire une idée des courants contradictoires. Il est tout ce que pouvait anime Eugène Pottier, ou Le temps des crises, de Jules Jouy,  la scène politique française et les milieux d'opposition, en ces années 1885-86, sous la présidence de Jules Grévy.
 
ENFIN, CA Y EST ! ON EST EN REPUBLIQUE !
 
Enfin, ça y est ! on est en République !
Tout marche bien, tout le monde est content !
Le Président, ça c'est symbolique !
Ne gagne plus qu'douze cent mille francs par an.
Aussi on a les retraites ouvrières,
Dix sous par jour, ça c'est un vrai bonheur !
La nation française peut être vraiment fière :
Vive les trois couleurs !
 
Enfin, ça y est ! on est en République !
Tout marche bien, tout le monde est content !
Le directeur de l'Assistance Publique
Ne touche plus que quarante-cinq mille francs.
Aussi l'on donne maintenant aux filles mères,
Afin qu'elles soient à l'abri du malheur,
Trois francs par mois : c'est humanitaire !
Vive les trois couleurs !
 
Enfin, ça y est ! on est en République !
Tout marche bien, tout le monde est content !
Les députés, ça c'est magnifique !
Ne gagnent plus que quinze mille francs par an.
Aussi on peut augmenter les salaires
Des cantonniers et des pauvres facteurs :
Cinquante sous par jour, j'crois qu'ça peut leur plaire ;
Vive les trois couleurs !
 
Enfin, ça y est ! on est en République !
Tout marche bien, tout le monde est content !
Monsieur Deibler, avec sa mécanique,
Nous coûte à peine soixante mille francs par an.
Ah ! s'il fallait qu'il coupe toutes les têtes
De tous les gens qui furent les amants d'coeur
De Madame Steiner, faudrait vingt lunettes
De toutes les couleurs !
 
Enfin, ça y est ! on est en République !
Tout marche bien, tout le monde est content !
Nos cuirassés, ça c'est magnifique !
Ne coûtent pas plus de trente millions par an.
Ils sont d'une force extraordinaire,
Même en temps d'paix ils sèment la terreur ;
Les canons éclatent, ainsi qu'les chaudières !
Vive les trois couleurs !
Paroles de Montéhus
Musique de Chantegrelet et Doubis.
 
 
Chanson assez intemporelle du grand "Chansonnier humanitaire" : Montéhus. Bien sûr, la République désignée, ici, est la troisième du nom ; celle qui vit le jour en 1870, au lendemain de la chute du second Empire, pour s'achever en juin 1940, avec la création de l'Etat Français ; mais le "Enfin, ça y est !" ironique, qui marque le début de chaque couplet ne doit pas être pris comme la célébration de son avénement car à cette date Montéhus n'était pas encore né. Par contre, plusieurs éléments du texte, à commencer par l'indication du salaire de "quinze mille francs par an" des députés, évoquent très clairement l'année 1906, qui vit le début de la présidence d'Armand Fallières.
 
 
NOTES : (1) Deibler était le nom du bourreau de Paris, qui était en même temps le bourreau "national" ; car un décret de 1871 avait supprimé les exécuteurs de province, pour n'en garder qu'un seul  L'office se transmettant de père en fils, la famille Deibler avait succédé à la dynastie des Sanson, en 1889. Le nom "Deibler" passa bientôt dans le langage courant, et nombre de chansons de la fin du siècle dernier, ou du début de celui-ci, évoquent "la machine à Deibler", pour parler de la guillotine. Parmi beaucoup d'autres surnoms, comme "la veuve", ou "l'abbaye de Monte-à-regret", on dit également "bascule à Charlot", car la majorité des Sanson se prénommèrent Charles. La chanson date en fait de 1910.
 
GIRONFLA
 
Notre bon Duc de Savoïa
N'est-il pas gentil galant ?
Il a fait faire une armée
De quatre-vingt paysans.
Gironfla, gare à gare !
Gironfla, gare à d'vant !
Gironfla, gare à gare !
Gironfla, gare à d'vant !
 
Ils ont pour leur capitaine
Cristopho de Carignan,
Vingt ânons chargées de raves
Vont derrière le régiment.
Gironfla, gare à gare !
Gironfla, gare à d'vant !    (bis)
 
Chacun porte une hallebarde,
Une épée d'bois à son flanc ;
Le chapeau à la cocarde
Et une floquée de rubans.
Gironfla, gare à gare !
Gironfla, gare à d'vant !    (bis)
 
Ils vont attaquer la France,
Par dehors et par dedans ;
Si quelqu'un se veut défendre,
Nous le mettrons tout en sang.
Gironfla, gare à gare !
Gironfla, gare à d'vant !....(bis)
 
 
Nous voilà sur la frontière,
Mon Dieu ! que le monde est grand !
Nous nous pourrions bien morfondre :
Ne nous avançons pas tant !
Halte-là, gare à gare !
Halte-là, gare à d'vant !    (bis)
 
Allumons la corda rossa
Des deux bouts habilement,
Faisons trois pas en arrière
Et puis trois pas en avant.
Halte-là, gare à gare !
Halte-là, gare à d'vant !    (bis)
 
Tirons tous contre la France
Et tout droit fuyons-nous-en !
"Ca !", dit le duc de Savoïa,
"Vous êtes tous de braves gens !"
Tout est mort, gare à gare !
Tout est mort, gare à d'vant !    (bis)
 
Nous avons tant fait la guerre,
Reposons-nous tant qu'à tant.
Ils entrèrent dans une salle
Tapissée de matafans.
Gironfla, gare à gare !
Gironfla! gare à d'vant !    (bis)
 
En faisant trinquer nos verres,
Ils nous diront bravement :
"Qu'est-ce donc ce roi de France ?
Notre Roi en vaut bien cent !"
Gironfla, gare à gare !
Gironfla, gare à d'vant !       (bis)
Collectée par Hal, auprès de Robert Botté du Valromey
 
Recueillie par Hal Collomb, auprès de Robert Botté, du Valromey, cette chanson fait référence à la guerre franco-savoyarde de 1703, quand le duc Victor-Amédée II choisit de rejoindre la Ligue d'Augsbourg contre Louis XIV, qui lui envoya, en représailles, l'un de ses meilleurs généraux : le duc de Vendôme.
Le capitaine Cristophe de Carignan faisait partie de l'une des branches annexes de la famille de Savoie : les Savoie-Carignan, apparentés aux ducs depuis le début du XVI ème siècle et le règne de Charles-Emmanuel Ier. (1) (2)
 
NOTES : (1) La "corda rossa" est le cordon - de couleur rouge - servant à allumer les petits explosifs.
(2) Le mot "matafan" est une déformation de "mate faim". Il désigne une sorte de crêpe assez épaisse, dont on mangeait de grandes quantités, durant la période du carnaval, en prévision des jeûnes du carême.
 
GLOIRE AU 17ème !
 
Légitime était votre colère,
Le refus était un grand devoir ;
On ne doit pas tuer ses père et mère
Pour les grands qui sont au pouvoir.
Soldats, votre conscience est nette :
On n'se tue pas entre Français ;
Refusant de rougir vos baïonnettes
Petis soldats, oui, vous avez bien fait !
 
Refrain
Salut ! Salut à vous !
Braves soldats du 17ème.
Salut ! braves piou-pious,
Chacun vous admire et vous aime.
Salut ! Salut à vous !
A votre geste magnifique ;
Vous auriez, en tirant sur nous,
Assassiné la République !
 
Comme les autres, vous aimez la France,
J'en suis sûr, même vous l'aimez bien.
Mais sous votre pantalon garance,
Vous êtes restés des citoyens.
La patrie, c'est d'abord sa mère,
Celle qui vous a donné le sein,
Et vaut mieux même aller aux galères
Que d'accepter d'être son assassin.
 
Espérons qu'un jour viendra, en France,
Où la paix, la concorde régnera.
Ayons tous au coeur cette espérance
Que bientôt ce grand jour viendra.
Vous avez jeté la première graine
Dans le sillon de l'humanité ;
La récolte sera prochaine
Et, ce jour-là, vous serez tous fêtés.
Paroles de Montéhus
Musique de Chantegrelet et Doubis Roger Pierre
Agde, 22 juin 1907
 
Après avoir fait grève, en 1904, et parce que leur situation ne cesse de se dégrader sous l'effet d'une mévente catastrophique de leurs vins, les vignerons du Roussillon se mobilisent, en 1907, pour de grandes manifestations qui déplacent des centaines de milliers de participants. Alors que tout se passe sans incidents graves à Béziers, Perpignan, Carcassonne, Nîmes et Montpellier, le drame éclate à Narbonne où la troupe tire sur la foule, faisant cinq morts et des centaines de blessés.
LeQuelques jours plus tard, le 22 juin, les vignerons et leurs familles sont à nouveau dans la rue, pour rendre hommage aux victimes de Narbonne. A Béziers, le XVII ème régiment d'infanterie de ligne Narbonne. A Béziers, le 17ème Régiment d'Infanterie de L est envoyé contre eux ; mais les soldats, originaires à quatre-vingt pour cent de la région et tous plus ou moins fils de viticulteurs, refusent de tirer sur les manifestants et mettent crosse en l'air.
Un geste que l'ensemble du 17ème paiera très cher, par la suite. Dans un premier temps, il rejoindra les bataillons disciplinaires d'Afrique du Nord ; puis, en 1914, alors que ce ne sont évidemment plus les mêmes hommes qui le composent, il sera désigné d'office comme régiment de première ligne.
La chanson qu'écrivit Montéhus, sur ce fait sans précédent, fit, du jour au lendemain, la gloire de son auteur. Et, depuis lors, sa mélodie fut souvent utilisée comme timbre pour d'autres chansons à caractère plus ou moins politique. Et, devenue un grand classique du répertoire militant,comme régiment de première ligne. En 1916, à Montfaucon, dans l'Aisne, il sera ainsi envoyé au feu sans aucune préparation d'artillerie et, sur les trois cents hommes du premier bataillon, il n'en reviendra que sept.
 
L'INTERNATIONALE
 
Debout, les damnés de la terre !
Debout, les forçats de la faim !
La raison tonne en son cratère,
C'est l'éruption de la fin.
Du passé, faisons table rase,
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !
 
Refrain
C'est la lutte finale,
Groupons-nous, et demain
L'Internationale
Sera le genre humain.
 
Il n'est pas de sauveurs suprêmes,
Ni Dieu, ni César, ni tribun,
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l'esprit du cachot,
Soufflons nous-même notre forge,
Battons le fer quand il est chaud !
 
L'Etat comprime et la Loi triche,
L'impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s'impose au riche,
Le droit du pauvre est un mot creux.
C'est assez languir en tutelle,
L'Egalité veut d'autres lois :
"Pas de droits sans devoir - dit-elle -
Egaux, pas de devoirs sans droits !"
 
Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail
Ont-ils jamais fait autre chose
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres-forts de la bande,
Ce qu'il a créé s'est fondu,
En décrétant qu'on le lui rende,
Le peuple ne veut que son dû.
 
Les rois nous saoulaient de fumées,
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons le grève aux armées :
Crosse en l'air et rompons les rangs !
S'ils s'obstinent ces cannibales,
A faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux !
 
Ouvriers, paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n'appartient qu'aux hommes,
L'oisif ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent ?
Mais si les corbeaux, les vautours
Un de ces matins disparaissent,
Le soleil brillera toujours !
Appliquons laen de nos chairs se repaissent !
 
Paroles d'Eugène Pottier
Musique de Pierre De Geyter
Musique de Pierre Deg
 
Comme Jean-Baptise Clément, Vallès et tant d'autres, Eugène Pottier fut de ceux qui durent se cacher, après la Semaine Sanglante, pour échapper à la vindicte des Versaillais. C'est dans la soupente où il se terre qu'il écrit le long poème de L'internationale, en juin 1871. Texte qui fut publié, pour la première fois en 1887, dans le recueil Chants révolutionnaires.
L'année suivante, le poème est proposé par Gustave Delory - futur maire de Lille - à Pierre Degeyter, l'un des animateurs de la chorale socialiste La Lyre des Travailleurs, pour qu'il le mette en musique. Degeyter - qui était, par ailleurs, ouvrier tourneur sur bois - compose la mélodie sur l'harmonium du local de La Lyre, et interprète sa chanson, pour la première fois, le 23 juillet 1888.
Le succès de L'Internationale sera rapide, dans les milieux ouvriers, et en juillet 1896, elle est chantée par l'ensemble des participants du congrès du Parti Ouvrier Français, réunis à Lille. Trois ans plus tard, détrônant La Marseillaise, elle devient l'hymne du mouvement ouvrier français, à l'occasion du congrès unitaire de Paris ; avant d'être adoptée, en septembre 1900, par l'ensemble des délégués du congrés socialiste international. Dès lors, son écho dépasse les frontières ; traduite en russe, en 1902, elle accompagnera bientôt la révolte des marins du Potemkine et les insurgés de la Révolution d'octobre, et restera l'hymne officiel de l'Union Soviétique jusqu'en 1941.
Il faudra pourtant attendre le 8 mars 1926, avant qu'elle ne soit officiellement déposée à la SACEM, après un long procès qui aura opposé Pierre Degeyter à son propre frère Adolphe. Devant le succès de l'œuvre, celui-ci prétendit, en effet, en être le véritable compositeur. Dans un premier temps, en 1914 - soutenu inexplicablement par Gustave Delory - il obtiendra gain de cause auprès du tribunal de Paris ; mais, rongé par le remord, il se pend en 1916, après avoir adressé à son frère une lettre dans laquelle il reconnaît avoir menti. Faisant alors appel, Pierre Degeyter finira par avoir gain de cause et être rétabli dans ses droits, par jugement en date du 23 novembre 1922. syndicaliste et les insurrections, édité par quelques vieux amis du poète, quelques mois après sa mort.Dans un premier temps, l limitera aux du Nord ; jusqu'à ce qu'elle soit quatorzième , en juillet 1896par l'ensemble des délégués du chaud !
 
L'Etat comprime et la Loi triche,
L'impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s'impose au riche,
 
 
LA BATAILE DE WATERLOO
 
Tout le camp sommeille,
Le général veille,
L'aurore vermeille
Ne luit pas encore.
Sur l'enceinte immense,
Dans l'ombre s'élance
Et plane en silence
L'oiseau de la mort.
 
L'âme tranquille,
Le chef habile,
De son asile
Sort dès le matin.
Son oeil embrasse
Le vaste espace
Et sa main trace
L'arrêt du destin.
 
Notre artillerie
Est en batterie,
Notre infanterie
Manoeuvre et s'étend.
Phalanges plus belles,
Nos lanciers fidèles
Dirigent leurs ailes
Où Mars les attend.
 
Les dragons passent,
Les flots s'amassent,
Nos hussards lassent
Leurs fougeux coursiers ;
Troupe éclatante,
Masse imposante,
A l'oeil présente
Nos fiers cuirassiers.
 
La trompette sonne,
Le clairon résonne,
Le coursier frisonne
Prêt à s'échapper.
L'ennemi s'agite
Pour couvrir la fuite
De ses corps d'élite :
La mort va frapper.
 
La charge sonne,
Le bronze tonne,
Le boulet sillonne,
Moissonne les rangs ;
Et la fumée,
Dans l'air semée,
Couvre l'armée
De ses noirs torrents.
 
La garde s'engage,
S'ouvrant un passage
Au sein d'un nuage
D'épaisses vapeurs.
Nos vieilles moustaches
Montrent leurs panaches
Flottant sur les haches
De nos vieux sapeurs.
 
Comme la foudre
Qu'on voit dissoudre
Et mettre en poudre
Des cèdres altiers,
Leurs glaives percent,
Leurs coups dispersent,
Leurs bras renversent
Des carrés entiers.
 
L'ennemi succombe,
Il chancelle, il tombe,
Et bientôt la tombe
Reçoit ses débris.
Les soldats pâlissent,
Les coursiers frémissent,
Les airs retentissent
De funestes cris.
 
Destin étrange !
Soudain, tout change,
Le crime arrange
Un succès vendu.
Les rangs se brisent,
Les feux s'épuisent,
Et d'autres disent
Que tout est perdu.
 
L'ivresse circule,
Puissant véhicule !
Espoir trop crédule !
Tout à coup, grand Dieu !
Erreur passagère,
Faveur mensongère,
C'est l'aigle étrangère
Qui s'offre à nos yeux.
 
Nos invincibles,
Inaccessibles
Aux coups sensibles
Du destin fatal,
Forts de courage,
Bravent l'orage,
Et du carnage
Donnent le signal.
 
Des masses s'écroulent,
Des flots de sang coulent,
D'ardents chevaux foulent
Des corps palpitants.
La faulx de la guerre,
L'éclat du tonnerre
Ont jonché la terre
De membres sanglants.
 
Traits magnanimes !
Efforts sublimes !
Que de victimes
Vont encore s'offrir !
L'heure est funeste,
Tout nous l'atteste :
Il ne nous reste
Qu'à vaincre ou mourir.
 
Belliqueuse garde,
L'Anglais te regarde,
Admire et retarde
Ses feux et ton sort ;
Ses lignes s'entrouvent
Et, vers toi, découvrent
Cent bouches qui s'ouvrent
Pour donner la mort.
 
Paroles d'Eugène de Pradel.
Musique : sur l'air de La Rosière, contredance du XVIII ème siècle.

_
D'un mot, il décide
L'attaque rapide,
Et sur un tambour,
L'art pour lui conspire ;
Son génie inspire
Les soins de l'empire
Et l'ordre du jour.
Quand dans la plaine
Lueur lointaine
Indique à peine
Les feux opposés,
Nos chefs s'assemblent,
Nos rangs s'ébranlent,
Nos bivouacs tremblent
Sous leurs pas pressés.
 
Volent sur leuLa mort va frapper !
Mais il surmonte
L'effroi que dompte
La juste honte
D'un pareil succès.
Son artifice,
D'un bois propice,
Sert la milice
Du brave Ecossais.
 
Nos flanqueurs s'avancent,
Nos chasseurs s'élancent,
Nos lanciers balancent
Leurs terribles dards.
Vivez dans l'Histoire,
Soldats que la Gloire
Mène à la victoire,
Sous nos étendards !
Leurs glaives percent,
Leurs coups dispersent
Et déjàSes coursiers frémissent ;
De funestes cris !
No non Des traîtres
Que tout est perdu !
Mais, crainte frivole !
Le vainqueur d'Arcole
Paraît et revole
Au lieu du danger.
Ses braves l'entourent :
D'ardeur, ils concourent,
Et d'autres accourent
Prompts à nous venger.
L'armée entière,
Dans la carrière,
Voit la poussière
Au loin s'élever ;
Troupe inattendue,
Qu'on croyait perdue,
Tu nous es rendue
Et viens nous sauver.
 
Qui s'offre à nos yeux !
LLes feuxPour donner la mort.
Troupe immortelle,
Sa voix t'appelle :
"Français ! - dit-elle -
Chargés de lauriers,
Tout nous seconde ;
La foudre gronde :
Sauvez du Monde
Les premiers guerriers!"
 
Fortune, tu braves
Vainement nos braves ;
Des Français esclaves ?
Desseins superflus !
Tu peux les entendre :
"Nous savons attendre
La mort sans nous rendre !"
Ils n'existent plus.
 
Ecrite plusieurs années après l'écrasante défaite de 1815, qui vit la destruction définitive de la Grande-Armée, et marqua la fin de l'épopée napoléonienne, cette longue - et parfois fastidieuse - description de La bataille de Waterloo  a été publiée, pour la première fois en 1839, dans un recueil intitulé Le Chansonnier impérial. Mais il est assez probable qu'elle date, en fait, de 1921 : l'année même de la mort de l'Empereur, dont l'annonce suscitera un vif regain de bonapartisme dans un pays ulcéré par l'arrogance et les maladresses des royalistes au lendemain de la Restauration.
L'oubli commençant, alors, à faire son travail, la légende prendra bientôt le pas sur les rancoeurs et les frustrations de la veille ; et - pour ne parler que de chanson - des auteurs comme Pierre-Jean de Béranger (Il n'est pas mort, Les souvenirs du peuple, etc.) ou Emile Debraux (Bertrand au tombeau de Napoléon, Te souviens-tu ?, La colonne, etc.) contribueront fortement à magnifier le souvenir du Petit Caporal dans la mémoire et la ferveur populaires.
 
Le timbre utilisé ici est, bien entendu, le même que celui des différents Tableaux de Paris, de Marc-Antoine Désaugiers.
 
LA CHANSON DE CRAONNE
 
Quand au bout d'huit jours, le repos terminé,
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c'est bien fini, on en a assez,
Personne ne veut plus marcher,
Et le coeur bien gros, comme dans un sanglot,
On dit adieu aux civ'lots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s'en va là-haut en baissant la tête.
 
Refrain
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes.
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme.
C'est à Craonne, sur le plateau,
Qu'on doit laisser sa peau ;
Car nous sommes tous condamnés,
Nous sommes les sacrifiés.
 
Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu'un qui s'avance :
C'est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement, dans l'ombre, sous la pluie qui tombe,
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.
 
Refrain
 
C'est malheureux d'voir, sur les grands boulevards,
Tous ces gros qui font la foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous, c'est pas la même chose.
Au lieu d'se cacher, tous ces embusqués
F'raient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendre leurs biens, car nous n'avons rien
Nous autres, les pauvres purotins.
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendre les biens de ces messieurs-là.
 
Dernier refrain
Ceux qui ont l'pognon, ceux-là r'viendront,
Car c'est pour eux qu'on crève ;
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s'ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l'plateau ;
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau !                                       
Paroles anonymes, recueillies par Paul Vaillant-Couturier.
Musique : air de Bonsoir m'amour, par Adelmar Sablon.
                                              
La guerre de 14-18, que certains ne craignent pas de nommer "La Grande Guerre", fut certainement l'une des plus effroyables aventures de l'histoire humaine. Pendant quatre longues années, les soldats de tous bords vécurent l'enfer, dans la boue, le froid, les charognes, les immondices, les parasites, le manque de sommeil et la misère, tant morale que physique, sous un incessant déluge de fer, de feu et de gaz.
Pas toujours, d'ailleurs, le feu de l'ennemi. Car il arriva, en effet, que certains officiers, jugeant les troupes des premières lignes trop peu combatives, les fassent bombarder par leur propre artillerie, ou fassent fusiller quelques soldats, à titre d'exemple. Il arriva aussi que les ennemis fraternisent : les tranchées étant par endroits si proches que l'on pouvait se parler d'un camp à l'autre, et se découvrir un détresse commune. Il arriva encore que toute la troupe décide, comme un seul homme, de retourner chez elle, pour y demander des comptes au pouvoir en place ; ce que firent les soldats russes en 1917.
Cette même année, à la suite de l'échec sanglant de la "tactique Nivelle" ("Je les grignote !"), dont le résultat le plus probant sera le carnage du Chemin des Dames (cent quarante sept mille tués et près de cent mille blessés, en moins de deux semaines), des mutineries éclatèrent dans l'armée française et les soldats refusèrent de monter en ligne. La révolte gagnera bientôt une soixantaine de divisions ; c'est à dire près des deux tiers des forces françaises, qui en comptaient alors une centaine. Pour rétablir la situation, Poincaré remplace Nivelle par Pétain, lequel fait passer les mutins devant la cour martiale, qui prononcera cinq cent cinquante quatre condamnations à mort.
La plus célèbres des chansons nées de ces mutineries est certainement La chanson de Craonne, chantée sur l'air de Bonsoir, m'amour, une mélodie sentimentale composée par Charles Sablon (le père de Jean, le premier cronner français, et de Germaine, la créatrice, un quart de siècle plus tard, du Chant des partisans). Interdite - évidemment - pourchassée comme portant atteinte au moral des troupes, elle est restée anonyme. Une récompense fabuleuse fut même offerte à qui en dénoncerait le ou les auteurs : un million de francs or et la démobilisation immédiate. Le fait que personne n'ait cédé à une telle tentation, montre à quel point la détresse de ces hommes avait pu les rendre solidaires, et donne la mesure du sentiment de révolte qui les animait.
Cette Chanson de Craonne a été recueillie, au front, par l'écrivain Paul Vaillant-Couturier.Parfois appelée Les sacrifiés, écrivain Paul Vaillant-Couturier
 
ELLE N'EST PAS MORTE
 
On l'a tué à coups d'chassepot,
A coup de mitrailleuse,
Et roulée avec son drapeau
Dans la terre argileuse ;
Et la tourbe des bourreaux gras
Se croyait la plus forte.
 
Refrain
Tout ça n'empêche pas, Nicolas
Qu'la Commune n'est pas morte !
Tout ça n'empêche pas, Nicolas,
Qu'la Commune n'est pas morte !
 
Comme faucheurs rasant un pré,
Comme on abat des pommes,
Les Versaillais ont massacré
Pour le moins cent mille hommes ;
Et les cent mille assassinats,
Voyez c'que ça rapporte !
 
On a bien fusillé Varlin,
Flourens, Duval, Millière,
Ferré, Rigault, Tony Moilin,
Gavé le cimetière.
On croyait lui couper les bras
Et lui vider l'aorte !
 
Ils ont fait acte de bandits,
Comptant sur le silence !
Achevé les blessés dans leurs lits,
Dans leurs lits d'ambulance ;
Et le sang inondant les draps
Ruisselait sous la porte.
 
Les journalistes policiers,
Marchands de calomnies,
Ont répandu sur nos charniers
Leurs flots d'ignominies.
Les Maxime Ducamp, les Dumas
Ont vomis leurs eaux-fortes.
 
C'est la hache de Damoclès
Qui plane sur leurs têtes.
A l'enterrement de Vallès,
Ils en étaient tout bêtes ;
L'fait est qu'on était un fier tas
A lui servir d'escorte !
 
Bref, tout ça prouve aux combattants
Que Marianne a la peau brune,
Du chien au ventre, et qu'il est temps
De crier : Vive la Commune !
Et ça prouve à tous les judas
Qu'si ça marche de la sorte,
Ils sentiront dans peu, nom de Dieu !
Qu'la Commune n'est pas morte !
Ils sentiront dans peu, nom de Dieu !
Qu'la Commune n'est pas morte !
On l'a tué à coups de Et ça prouve à tous les J                                                  Paroles d'Eugène Pottier.
Musique de Parizot. : sur l'air de T'en fais pas, Nicolas,Qu'si ça marche de la sorte
 
Après l'armistice de 1880, de nombreux communards qui s'étaient exilés rentrèrent en France. Ce fut notamment le cas de l'écrivain Jules Vallès, l'auteur de L'insurgé, condamné à mort par contumace, au lendemain de la Semaine sanglante, et réfugié à Londres pendant près de dix ans. La popularité de Vallès était alors énorme, et lorsqu'il mourut, en 1885, plus de soixante mille personnes assistèrent à ses funérailles.
Devant une telle foule, Eugène Pottier ne put que se réjouir, en constatant que l'esprit de la Commune n'était pas mort sous les balles des Versaillais qui avaient assassiné Eugène Varlin, le professeur Gustave Flourens, Emile Duval, Jean-Baptiste Millière, Théophile Ferré, Raoul Rigault, Tony Moilin et tant d'autres...
Elle n'est pas morte fut donc écrite dans l'enthousiasme des jours qui suivirent l'enterrement de Vallès :
 
L'fait est qu'on était un fier tas
A lui servir d'escorte !
 
Mais le bonheur de se conter encore si nombreux, fidèles au souvenir de la Commune, dix ans après les faits, n'empêche pas Pottier de rappeler aux souvenirs de tous les ignominies commises par certains de ceux qui jouissent, pourtant, d'une honorable réputation  Ainsi Maxime Du Camp, l'ancien garibaldiste, devenu académicien (et qui, comme tel, sera chargé de prononcer l'éloge funèbre de Victor Hugo !), qui, dans Les convulsions de Paris, avait décrit les communards comme "des brutes obtuses, envieuses, grossières et alcooliques." Et Dumas, le fils bâtard du grand romancier, donné par les manuels de littérature et les dictionnaires comme anticonformiste, "défenseur des droits de la femme et de l'enfant, particulièrement attentif aux problèmes sociaux" (1) Dumas fils, qui écrivait, à propos des femmes de la Commune, telles que Louise Michel, Nathalie Lemel, Marguerite Tinayre ou Paule Minck, pour ne citer qu'elles : "Nous ne dirons rien de (ces) femelles, par respect pour les femmes à qui elles ressemblent - quand elles sont mortes !"
 
LA COMPLAINTE DES EMIGRES
 
Ah ! quand nous partîmes de France
            Tout allait bien,
Tous brillants et dans l'opulence,
            Aujourd'hui rien ;
Nous n'avons ni bas ni souliers
            Montrant nature :
Nous sommes tous des chevaliers
A la triste figure.
 
Jadis, nous avions droit de chassedis, nous avions droit de chasse
            Sur tous les champs,
On nous distinguait de la masse
            Des paysans ;
Mais, à présent, plus gueux sans pain
            Que rats d'église,
Nous ne chassons plus le lapin
            Que dans notre chemise.
 
On met nos terres au pillage,
            Et nos chateaux
On nous les vend, on les partage
            En cent morceaux.
Hélas ! il ne nous reste plus
            Que la misère,
Et gentilshommes devenus
            Cousins de Jean-sans-Terre.
 
Adieu toute noblesse antique !
            Adieu blason !
Quand un peuple est en république,
            Plus d'écusson.
Nous sommes chevaliers errants
            Et sans ressources,
Nous ne voyons plus d'écus blancs
            Dans notre pauvre bourse.
 
Nous, cadéis de la Gascogne,
            Qu'avons-nous fait ?
Voilà donc de notre besogne
            Le bel effet !
Oh ! bannissement trop cruel !
            De nous, personne
N'ira donc plus, de son castel
            Pisser dans la Garonne !
 
Pour notre intrépide arrogance,
            Ah ! nous souffrons !
Quand nous approchons de la France,
            Nous reculons ;
Car si nous osons y rentrer,
            Nos pauvres têtes
La guillotine fait tomber...
            Voilà donc nos conquêtes !Tout     Ded
Paroles : anonyme.
Musique : sur l'air de
Musique : air Les Pélerins de Saint-Jacques. 
 
Dans les semaines et les mois qui suivirent la prise de la Bastille, les grandes familles de la noblesse prirent le chemin de l'exil. Certains, dans leur hâte de fuir ne songèrent même pas à emporter plus que le stricte nécessaire leur permettant d'effectuer le voyage. Ce qui fait qu'au fil des confiscations ils perdirent à peu près tous leurs biens ; ne les retrouvant que plus d'un quart de siècle plus tard, au moment de la Restauration.
Le 17 septembre 1793, un décret de la Convention rangea même au rang des suspects les membres de leurs familles qui avaient choisi de rester en France. Pour ces derniers, des filières d'émigration clandestine tentèrent de se mettre en place ; mais le risque était gros, et le tribunal révolutionnaire ne conaîssait guère qu'une seule peine : la machine du docteur Guillotin.
Nous donnons, ici, l'exemple de cette Complainte des émigrés car, dans le flot des chansons nées de la Révolution, si le domaine des airs révolutionnaires est relativement bien connu, on oublie trop souvent qu'il existe également un abondant répertoire de chansons royalistes, qui se chantaient dans les salons de Coblence, où avaient fini par se retrouver la plupart des proscrits qui n'étaient pas passés en Angleterre ou en Amérique, mais également en Bretagne et en Vendée, dans les milieux chouans, et même, avec infiniment de prudence, dans le reste de la France au cours de réunions clandestines où des "personnes sûres" complotaient contre la jeune République.
Cette complainte a été retrouvée par Ginette et Georges Marty, dans un Almanach chantant, datant de 1794, conservé à la Bibliothèque Nationale ; et elle figure dans leur Dictionnaire des chansons de la Révolution (Editions Taillandier - Paris, 1988).
Dans le même ouvrage, provenant du même Almanach, et se chantant sur le même timbre, se trouve également une chanson intitulée Couplets pour les prêtres réfractaires, dont le ton semble parfois si critique - entre les lignes - que l'on peut se demander si elle a vraiment été écrite par des religieux émigrés, ou par un chansonnier ayant habillement moqué son monde :
 
Nous, autrefois si contents d'être
            Riches prélats,
Il faut donc de notre bon maître
            Suivre les pas ?
Des philosophes séculiers,
            A la tribune,
D'évêques nous ont fait meuniers ;
            Ainsi va la fortune.
 
Autrefois nous étions en France
            Comme des Dieux,
Mais le peuple dans l'ignorance
            Ouvre les yeux ;
Nos saintes bénédictions
            Pour eux sont nulls :
Des excommunications,
            Ils déchirent les bulles.
 
Pour avoir écouté le Pape,
            Nous voilà pris,
Il est pour nous, Monsieur, j'attrape !
            Notre pays
Hélas ! nous ne reverrons plus !
            Quelle absence !
Il nous faut donc, comme Jésus,
            Vivre dans l'indigence.
 
 
LA MARSEILLAISE
 
Allons enfants de la patrie,
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie
L'étendard sanglant est levé,
L'étendard sanglant est levé ;
Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats,
Ils viennent jusque dans nos bras
Egorger vos fils, vos compagnes.
 
Refrain
Aux armes, citoyens !
Formez vos bataillons !
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !
 
Que veut cette horde d'esclaves,
De traîtres, de rois conjurés ?
Pour qui ces ignobles entraves,
Ces fers dès longtemps préparés ?  (bis)
Français, pour nous, ah ! quel outrage,
Quels transports il doit exciter ?
C'est nous, qu'on ose méditer
De rendre à l'antique esclavage !
 
Quoi, des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers ?
Quoi, des phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers ?  (bis)
Grand Dieu ! Par des mains enchaînées
Nos fronts sous le joug ploieraient,
De vils despotes deviendraient
Les maîtres de nos destinées ?
 
Tremblez, tyrans ! et vous perfides,
L'opprobre de tous les partis,
Tremblez ! Vos projets parricides
Vont enfin recevoir leur prix.  (bis)
Tout est soldat pour vous combattre.
S'ils tombent, nos jeunes héros,
La terre en produit de nouveaux,
Contre vous tous prêts à se battre.
 
Français ! en guerriers magnanimes
Portez ou retenez vos coups,
Epargnez ces tristes victimes
A regret s'armant contre nous.  (bis)
Mais le despote sanguinaire,
Mais les complices de Bouillé,
Tous ces tigres qui, sans pitié,
Déchirent le sein de leur mère.
 
Amour sacré de la Patrie,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs !
Liberté, liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs !  (bis)
Sous nos drapeaux, que la victoire
Assure à tes mâles accents,
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire !
 
Strophe des enfants :
Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n'y seront plus ;
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus.  (bis)
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre !
(CHANT DE GUERRE POUR L'ARMEE DU RHIN)
Paroles et Musique de Claude Rouget de Lisle
 
L'histoire de La Marseillaise est assez connue, pour qu'il n'y ait guère besoin de s'y étendre : elle fut composée à Strasbourg, dans la nuit du 24 au 25 avril 1792, par Claude Joseph Rouget de Lisle (1760-1786), un officier du génie alors en garnison dans la capitale alsacienne. Violoniste et compositeur de plusieurs opéras et de près de quatre cents pièces vocales ou instrumentales, Rouget de Lisle écrivit sa chanson d'une traite, à la demande du citoyen Dietrich, maire de Strasbourg, pour soutenir l'ardeur patriotique de l'armée du Rhin, qui devait marcher à l'ennemi dans les jours suivants. Des affiches appelant les patriotes à défendre la Patrie en danger avaient d'ailleurs été placardées dans toute la ville : "Aux armes, citoyens !"
Le 25 avril, à dix heures du matin, chez Dietrich, 4 cours de Broglie, à Strasbourg, Rouget de Lisle chante donc pour la première fois, devant dix personnes, ce qu'il a intitulé :
 
Hymne de guerre dédié au Maréchal de Luckner.  Ce Chant de guerre pour l'armée du Rhin plut tellement, qu'il fut lui-même imprimé et placardé dans les rues de Strasbourg, et que des colporteurs en emmenèrent des exemplaires jusqu'à Montpellier et Marseille. Bientôt adopté comme air de marche, par les troupes marseillaises, qui montaient sur Paris, il y fit son entrée avec elles, le 4 août suivant - jour anniversaire de l'abolition des privilèges - et, dans l'euphorie générale, devint aux yeux de tous L'hymne des Marseillais.
Un septième couplet, dit "strophe des enfants", sera rajouté par la suite :
Couplet dont la paternité incertaine fut parfois attribué au poète Lebrun, au journaliste Louis Dubois, ou à Marie-Joseph Chénier (l'auteur du Chant du départ), et qui, au final, semblerait avoir été écrit par l'abbé Antoine Peyssonneaux, à l'occasion d'une fête donnée en l'honneur des soldats marseillais.
A la chute de l'empire napoléonien, en 1815, La Marseillaise fera partie des chansons prohibées et devra attendre la III ème République pour être proclamé "hymne national", en 1879. est mais trop d'imprécisions circulent à son sujet e soit pas tout à fait inutile d'y revenir
Le ton de la chanson plut tellement,ils la rebaptisèrent Chant de guerre pour l'armée du Rhin, l'hymne fit dans la capitale le 30 juillet suivant, et devint aux yeux des Parisiens L'hymne des Marseillais ou, plus familièrement, au bout de quelques jours : La Marseillaise.
S est généralement donnée comme le septième couplet de la chanson ; ce qui n'est que partiellement vrai, car Rouget de Lisle avait lui-même écrit sept couplets, mais l'un d'entre eux avait été supprimé d'office par le ministre de la Guerre, Servan :
 
Dieu de clémence et de justice,
Vois nos tyrans, juge nos coeurs.
Que ta bonté nous soit propice,
Défends-nous de ces oppresseurs !
Tu règnes au ciel et sur terre,
Et devant Toi, tout doit fléchir ;
De ton bras, viens nous soutenir,
Toi, grand Dieu, maître du tonnerre !
proclamée "hymne national", le 24 février .
 
Voilà pour l'histoire ; mais celle-ci ne serait pas complète, si nous n'évoquions, parallèlement, toutes les versions détournées de ce qui fut longtemps le principal chant de ralliement des révolutionnaires du monde entier (n'oublions pas que c'est aux accents de La Marseillaise que fut enlevé le Palais d'hiver de Saint-Pétersbourg, en 1917), avant d'être progressivement remplacé, dans leur faveur, par L'Internationale. Ainsi l'hymne de Rouget de Lisle fut-il mis au service de toutes les causes, avec, à chaque fois, des paroles de circonstance. L'inventaire complet de toutes ces appropriations serait probable

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