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Poète français

GASTON COUTE : Le gâs qui a mal tourné S’il est un poète maudit, dans la littérature française, c’est bien Gaston Couté. On a certes pu parler de “ poètes maudits ” à propos de Rimbaud, Corbière, Nerval, Mallarmé ou Verlaine (l’expression vient d’ailleurs du titre d’un ouvrage de ce dernier), mais ceux-ci sont depuis longtemps rentrés en grâce, et leurs noms figurent désormais en bonne place dans toutes les anthologies de la poésie française. Or ces doctes recueils semblent ignorer à jamais le nom de Gaston Couté ; sans qu’aucune exception ne vienne battre en brèche ce mur de silence ou d’indifférence. Et si, aujourd’hui, Gaston Couté n’est pas complètement tombé dans l’oubli, il ne le doit qu’à ces chanteurs qui, obstinément, depuis de nombreuses années, s’acharnent à mettre ses poèmes en musique pour mieux les faire connaître ; ainsi qu’à un petit éditeur (Le Vent du Ch’min), qui a publié l’ensemble de son œuvre, vers la fin des années 70. Pourtant, Gaston Couté fut et demeure un poète majeur. Un poète essentiel. Fils de meunier, il naît à Beaugency, dans la Beauce, le 23 septembre 1880. Deux ans plus tard, sa famille s’installe au Moulin de Clan, à quelques kilomètres de Meung-sur-Loire, où il ira à l’école jusqu’à son entrée (en 1895) au lycée d’Orléans. A partir de 1897, il publie ses premiers textes et poèmes dans la Revue Littéraire et Sténographique du Loiret, sous le pseudonyme de Gaston Koutay. La même année, il est renvoyé du lycée et commence à travailler comme commis à la Recette Générale des Impôts d’Orléans, avant d’être engagé comme journaliste au Progrès du Loiret. Fin octobre 1898, il abandonne tout : famille, emploi, amis… pour monter à Paris tenter sa chance dans les cabarets de la butte Montmartre. En dépit de son jeune âge (dix-huit ans) il a déjà écrit une bonne part de son œuvre, et ne tarde pas à trouver un engagement au cabaret Al Tartaine, boulevard Rochechouart, à deux pas de l’ancien Chat Noir. Sa prestation déconcerte ; autant pour son aspect (celui qu’un adolescent un peu gauche, vêtu et chapeauté comme un paysan beauceron), que pour son langage (une langue forte et directe, truffée de patois beauceron), ou la révolte rageuse de ses vers dont les cibles favorites sont les gros propriétaires terriens, l'école, le clergé et l'armée. Rapidement fiché par la police comme agitateur anarchiste, Couté connaît un relatif succès dans les cabarets de Montmartre et du Quartier Latin, à partir de 1902. Il collabore également à divers journaux comme Le Libertaire, La Barricade ou La Guerre Sociale où il publie des poèmes écrit sur des timbres connus de tous et, donc, destinés à être facilement chantés. Malgré ces succès et l’estime affichée de ses pairs, Couté qui n’a que ses maigres cachets pour vivre, sombre dans la misère et l’alcoolisme. Il n’a que trente ans lorsqu’il meurt, le 28 juin 1911, à l’Hôpital Lariboisière, laissant derrière lui une œuvre d’une richesse exceptionnelle : ironique, mordante, lyrique, ardente, sans concession, mais toujours d'un profond humanisme. Marc Robine

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