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PABLO PICASSO BERNARD ASCAL

POÈMES ET PROPOS de Pablo Picasso
Un LIVRE et 2 CD
Livre de 280 pages avec de nombreuses photos, manuscrits et peintures, les textes des 25 poèmes et de la centaine de propos de Picasso sur l'art, sa peinture et la politique. 2 CD avec les poèmes et les propos chantés et dits par Bernard Ascal et Cécile Charbonnel.

Plus de détails

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Artiste
Pablo PICASSO
Type de musique
POÉSIES
CD 1 Les 26 Poèmes
1 - Toutes lignes enlevées du tableau - 29 avril 1936 Bernard ASCAL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Nicolas NOËL Piano, Rémi BIET Saxophone Ténor André CHARLIER Percussions
2 - À la fenêtre  - 8/9 novembre 1944, Bernard ASCAL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Nicolas NOËL Piano, Yves MOREL Trombone
3 - Le radeau de la méduse - 29 février 1936, Bernard ASCAL et Cécile CHARBONNEL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Nicolas NOËL Piano, Olivier LOUVEL Banjo, Rémi BIET Saxophone Soprano, Yves MOREL Trombone
4 - Miette de pain - 22 mars 1936 , Bernard ASCAL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Olivier LOUVEL Guitare, Rémi BIET Harmonica
5 - Ciel ciel ciel ciel - 9 décembre 1938 (II), Bernard ASCAL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Nicolas NOËL Piano, Olivier LOUVEL guitare, Julien ÉCREPONT Trompette , Yves MOREL Trombone
6 - La rose chante de toute sa voix - 9 juin 1938, Cécile CHARBONNEL chant , Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Nicolas NOËL Piano, Gabriel GOSSE Vibraphone
7 - Jeune fille correctement vêtue - 12 novembre 1935, Bernard ASCAL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Arrangements, Contrebasse, Nicolas NOËL Piano, Yves MOREL Trombone, André CHARLIER Percussions, Batterie
8 - Portrait de jeune fille - 4 avril 1936 (I), Bernard ASCAL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Arrangements, Contrebasse, Nicolas NOËL Piano, Gabriel GOSSE Vibraphone, Catherine FLÉAU Violoncelle
9 - Carte à jouer cachée - 20 juillet 1951, Bernard ASCAL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Arrangements, Contrebasse, Nicolas NOËL Piano, Julien ÉCREPONT Trompette, Sébastien GUILLAUME Violon, André CHARLIER Percussions
10 - Sur le dos de l’immense tranche - 14 décembre 1935, Cécile CHARBONNEL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Nicolas NOËL Piano
Yves MOREL Trombone, Catherine FLÉAU Violoncelle
11 - Do 3 ré 1 mi 0 - 3 mai 1936, Bernard ASCAL chant, Bernard ASCAL et Cécile CHARBONNEL chœur, Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Nicolas NOËL Piano, André CHARLIER Batterie
12 - L’Arôme des fleurs - 18 mai 1936, Bernard ASCAL chant, Gabriel GOSSE Guitare, Catherine FLEAU Violoncelle, Jean-Michel CHARBONNEL Arrangement
13 - Mais si la robe - 11 mai 1936, Bernard ASCAL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Nicolas NOËL Piano, Olivier LOUVEL Banjo, Rémi BIET Saxophone Soprano, Yves MOREL Trombone, André CHARLIER Batterie
14 - Rose rose d’ail - 8 février 1938 (II), Cécile CHARBONNEL chant , Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Gabriel GOSSE Guitare, Eric ALLARD-JAQUIN Accordéon, André CHARLIER Batterie
15 - La nuit dans la fontaine  - 30 décembre 1935, Bernard ASCAL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Gabriel GOSSE Guitare,  Vibraphone
16 - Langue de bœuf du métal - 26 juillet 1940, Bernard ASCAL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Arrangements, Contrebasse, Nicolas NOËL Piano, Rémi BIET Saxophones (baryton et alto), Catherine FLÉAU Violoncelle
17 - Miroir dans ton cadre de liège - 4 novembre 1935 (II), Bernard ASCAL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Nicolas NOËL Piano
18 - La lueur de l’huile - 31 mars 1952, Bernard ASCAL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Arrangements, Contrebasse, Nicolas NOËL Piano, Yves MOREL Trombone
 
19 - Dodeline miroir - 9 mars 1938, Bernard ASCAL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Gabriel GOSSE Guitare,  Vibraphone, Julien ÉCREPONT Trompette
20 - Binocle cloué - 8 avril 1936, Bernard ASCAL et Cécile CHARBONNEL chant , Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Gabriel GOSSE Guitare, Catherine FLEAU Violoncelle, Éric ALLARD-JAQUIN Accordéon
21 - Rien que la couleur  - 16 décembre 1935, Cécile CHARBONNEL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Nicolas NOËL Piano, Julien ÉCREPONT Trompette
22 - Si je pense dans une langue - 28 octobre 1935, Bernard ASCAL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Nicolas NOËL Piano, Rémi BIET Saxophone Baryton
23 - Quel triste sort - 2 juillet 1937, Cécile CHARBONNEL chant , Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Nicolas NOËL Piano
24 - Sur les arbustes d’encre - 8/9 novembre 1944, Bernard ASCAL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse, Gabriel GOSSE Guitare, Sébastien GUILLAUME Violon
25 - C’est le ton vert amande - 9 avril 1936, Bernard ASCAL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Contrebasse,Nicolas NOËL Piano, Rémi BIET Flûte
26 - Et qu’importe si les roues - 26/28 septembre 1951, Bernard ASCAL chant, Jean-Michel CHARBONNEL Arrangements, Contrebasse, Nicolas NOËL Piano, Gabriel GOSSE Guitare, Julien ÉCREPONT Trompette, Yves MOREL Trombone, Éric ALLARD-JAQUIN Accordéon, Sébastien GUILLAUME Violon, André CHARLIER Percussions, Batterie
 
CD 2
LES PROPOS
Les textes d’une centaine de propos et de réflexions, extraits d’articles rédigés par Picasso lui-même, ou de ses conversations avec quelques proches comme André Malraux, Hélène Parmelin, Francois Gilot, Claude Roy, Brassaï… Peindre, Ressemblance et Abstraction, La Liberté, La Peinture et la Politique, Peindre le nu, Un paysagiste, Graffiti, La Vérité, Compréhension et Solitude, Écrire… Textes dits par Bernard Ascal et Cécile Charbonnel.
 
Picasso poète ?
Ainsi, non content d’être peintre, sculpteur, graveur, céramiste, Picasso s’affirme poète. Une activité tardive : elle advient en 1935 alors qu’il a 54 ans, mais une activité d’importance puisqu’il n’y mettra un terme que 25 ans plus tard après avoir rédigé près de 350 poèmes auxquels s’ajoutent des œuvres théâtrales.  Il s’agit de la face la plus méconnue de cet artiste d’une exceptionnelle fécondité. Force est de constater que Picasso n’a pas facilité l’accès à ses poèmes. Faisant fi des règles conventionnelles, il a supprimé la ponctuation, aboli la structure classique des phrases, usé des chevilles linguistiques —prépositions, conjonctions et autres — de manière à brouiller toute possibilité de sens univoque, accumulé et/ou juxtaposé des mots si étrangers les uns aux autres que l’analyse en est rendue difficile. En dépit des apparences, nous ne nous situons pas dans l’écriture automatique. Les multiples corrections et versions de ses poèmes vont à l’encontre de ce procédé sur lequel Picasso s’est exprimé avec réserve. Comment comprendre que l’invitation des surréalistes au « lâcher prise » ne s’affranchisse pas plus de l’usage académique et policé de la langue ? Néanmoins, cette prise de distance n’entame en rien de réelles connivences avec ce mouvement par « l’emploi déréglé et passionnel du stupéfiant image » nommé par Aragon et par un fort climat de non-sens qu’on retrouve chez Benjamin Péret, E.L.T. Mesens, Philippe Soupault…
 
De fait, une véritable proximité existe avec tous ceux qui, de ses amis Max Jacob et Guillaume Apollinaire en remontant à Rabelais, ont osé battre en brèche le conformisme de leur époque. Parmi bien d’autres, citons Shakespeare, Samuel Foote ou le physicien Georg Christoph Lichtenberg
(1742-1799) dont 2 aphorismes « Dans la loi 2 fois 2, 4 ou 2.2 = 4 il y a vraiment
déjà quelque chose de la parallaxe du soleil et de la terre en forme d’orange »,
et « Inventer de nouvelles erreurs » pourraient être signés Picasso.  Mais c’est un saut plus important dans le temps que proposent ces poèmes en nous reliant aux fatrasies du XIIIe et XIVe siècle. Leurs auteurs étaient animés d’un semblable désir de faire respirer la langue, d’éviter son étouffement. Le non-sens, l’absurde, les accumulations étourdissantes étaient les outils qui permettaient aux poètes de repousser les limites de l’expression alors que le pouvoir, en marche vers la monarchie absolue, faisait main basse sur la langue en durcissant son corsetage.
Nul doute aussi qu’un mouvement parallèle s’est développé dans la poésie espagnole dont Picasso était un familier.
Cependant, Picasso n’attente pas au vocabulaire, ni à l’alphabet. Éloigné d’une démarche nihiliste, il remet les mots à la disposition du collectif sous forme d’éléments premiers. À nous de nous en saisir pour en faire un meilleur usage.
Il s’agit de redonner la parole à la langue, c’était un enjeu du Moyen Âge et c’est un de ceux de l’entre-deux-guerres mondiales. Qu’enfin s’expriment toutes ces paroles confisquées par des siècles d’esprit régi par trop de logique, toutes ces paroles qu’agresse une langue trop libertaire. Qu’adviennent les voix de l’ouverture d’esprit
Le son d’un cornet
Mangeait au vinaigre
Le cœur d’un tonnerre
Quand un béquet mort
Prit au trébuchet
Le cours d’une étoile
En l’air il y eut un grain de seigle
Quand l’aboiement d’un brochet
Et le tronçon d’une toile
Ont trouvé foutu un pet
Ils lui ont coupé l’oreille.
(XIIIe siècle, auteur anonyme)
Cette urgence à tout remettre à zéro pour aérer la langue, pour lui permettre de respirer, cette parole poétique, alliant esprit ludique et ironie souvent grinçante, se charge d’une forte dose d’angoisse dans la peinture et se change en cris —ceux des femmes de Guernica mêlés aux hennissements de la jument. Un coup d’arrêt brutal est mis au séculaire et imperturbable sourire de La Joconde.  Réalisée à la fin du XVe et au début du XVIe, en des temps fort troublés, l’œuvre de Léonard marquait le formidable bond en avant de l’Homme de la Renaissance — un homme à la confiance illimitée en lui-même, vers lequel tout convergeait et à partir duquel tout rayonnait.
Quatre siècles plus tard, le monde occidental, après s’être embourbé dans les tranchées de Verdun, va se couvrir d’abjection dans les camps de concentration.  Échec de nos valeurs civilisatrices et de notre morale humaniste.  L’Homme de la Renaissance agonise et nul ne sait ce que sera l’Humain de demain. L’œuvre de Picasso signe la perte des certitudes antérieures.  Par-delà les siècles, les œuvres et les attitudes de ces deux artistes d’exception s’interpellent comme autant de miroirs inversés.  Au Léonard qui accroît patiemment l’étendue de ses connaissances répond un Pablo narquois. Qu’importe s’il ne comprend pas le contenu de ce qu’il lit, il comprendra autre chose, affirme t-il.
Au Léonard inventeur de machines, précurseur d’inventions utiles répond un Pablo récupérateur d’objets usagés, périmés qu’il transforme en « bricolages » non fonctionnels. Au Léonard qui applique les règles de la perspective répond l’entreprise cubiste d’un Pablo qui remet en cause cette représentation du monde.  Aux rondeurs, au modelé, au fameux sourire de La Joconde (1503-1507) répondent les aigus graphiques, les stridences colorées et les sanglots de La Femme qui pleure (1937). À l’assemblée de La Cène (1498) répond l’éclatement de Guernica (1937) et, paradoxalement, dans chacune des deux œuvres, une main contredit les certitudes affichées. Chez Vinci, une main, presque centrale, s’apprête à saisir une bourse d’argent. La cupidité, la traîtrise sont autant de vers déjà en action dans le corps en gloire de la Renaissance et dans le message de confiance du Christ. Centrale cette fois chez Picasso, une main tient une minuscule fleur qui s’oppose aux puissances destructrices. Tout autant que la vénalité, le meilleur est irréductiblement planté au cœur de l’humain.  Mais surtout, Picasso met à bas, dans diverses toiles de 1927 et 1928 qu’il intitule Figure, le mythe de l’humain pris pour mesure de toutes choses dans l’univers. L’Homme de Vitruve dessiné par Vinci vers 1492 — Christophe Colomb découvre cette année-là l’Amérique — a perdu sa superbe. Finie l’anatomie rayonnante aux proportions si bien élaborées qu’elles s’inscrivent aussi parfaitement dans un cercle que dans un carré. Picasso désarticule le nombril du Monde et le recompose dans la plus grande fantaisie.  Au sein de cet environnement bouleversé, Picasso demeure malgré tout un homme de confiance en l’espèce humaine et cette confiance dont témoigne son soutien à l’Espagne républicaine ou son adhésion au marxisme, est un ferment analogue à celui d’Aimé Césaire qui, exactement au même moment — le premier poème du peintre date d’avril 1935 et les premières pages du Cahier d’un retour au pays natal sont rédigées durant l’été 1935 —, a lui aussi entrepris de renverser la table de la suffisance occidentale. Le premier nous offre ce ferment tel un magma de mots proches du granit, le second un verbe en fusion telle une coulée volcanique. Est-il possible, avec cette forme si ancestrale, si codifiée, si assimilée par chacun d’entre nous qu’est la chanson, alliant simplicité mélodique et clarté dans l’agencement des couplets et refrains, de transmettre les signes de vitalité, d’énergie, les pirouettes ludiques mais aussi la gravité contenus par ces poèmes tout en respectant leur écriture affranchie de toutes normes ?  Il y a là une manière de grand écart qui met le souhait presque hors de portée.  Picasso jongle avec les mots, avec tous les mots — ceux du peintre, de la cuisine, de la femme, de l’amour, de l’espace. C’est bien souvent in extremis qu’il les rattrape, le sol n’est plus qu’à quelques centimètres mais le poète est là et les mots rebondissent à nouveau entre ses paumes, les mots jaillissent pour un nouvel envol.
Bernard Ascal, 3 février 2013

FrancoFans n° 42, août-septembre 201
« Pablo PICASSO – Poèmes & Propos »

Sélection « Les 8 indispensables de la Rédaction »

Article de Jean-Pierre Michy
Nombreux sont les projets qui entourent les quarante ans de la disparition de Picasso. Bernard Ascal et les disques EPM nous proposent un double album de textes choisis. Les voix, chantés sur le premier disque, sont accompagnées d’un ensemble orienté jazz et les prestations de chacun séduisent très vite. On pourra toutefois s’interroger sur la démarche faisant entrer des textes très libres, souvent sans rime ni structure, dans des grilles musicales souvent assez étanches. On aurait peut-être attendu, surtout dans un contexte jazz, un élan surréaliste, une vision moins classique et plus expérimentale. Le résultat est de fait moins élitiste qu’il n’y paraît et séduira les amateurs d’art et/ou de chanson. Le second disque, succulent, propose 119 propos lus et nus de Picasso sur des sujets assez variés, nous faisant découvrir l’artiste de façon plus intime et rendant l’ensemble assez indispensable.

Chanter du Picasso !
L’oeuvre méconnue de Pablo Picasso : la poésie ! (photo DR prélevée à la toile)
« Toutes lignes enlevées du tableau qui représente l’image de cette tête de jeune fille apparaît flottant autour blanc arôme des coups donnés à l’épaule du ciel orgueil blanc fromage coquelicots vin blanc frit tirs aux pigeons du fifre blanc cri jaune des fouets réfléchis par le vol d’une hirondelle sur l’œil du lait mauve ortie cheval ailé… »
Je compte sur les doigts de ma main. Un, il fut peintre ; deux, il fut sculpteur ; trois, graveur et, quatre, céramiste. Reste le cinquième doigt : Pablo Picasso fut aussi poète, le saviez-vous ? En un quart de siècle, il a même écrit pas loin de 350 poèmes et, pour faire bon poids, quelques oeuvres théâtrales.
Si Bernard Ascal (compositeur, chanteur et directeur de collection chez EPM où il succéda à Marc Robine) ne s’était pas mis en tête de l’interpréter, nous ne le saurions pas vraiment, sauf à tout savoir de l’auteur de Guernica et des Demoiselles d’Avignon, à le connaître sur le bout des doigts…
« Il s’agit de la face la plus méconnue de cet artiste d’une exceptionnelle fécondité. Force est de constater que Picasso n’a pas facilité l’accès à ses poèmes. Faisant fi des règles conventionnelles, il a supprimé la ponctuation, aboli la structure classique des phrases, usé des chevilles linguistiques – prépositions, conjonctions et autres – de manière à brouiller tout possibilité de sens univoque, accumulé et/ou juxtaposé des mots si étrangers les uns aux autres que l’analyse en est rendue difficile » nous instruit Bernard dans une nécessaire préface qui nous aide, un peu, à entrer dans l’inconnu. Ascal poursuit : « Picasso jongle avec les mots, avec tous les mots – ceux du peintre, de la cuisine, de la femme, de l’amour, de l’espace. C’est bien souvent in extremis qu’il les rattrape, le sol n’est plus qu’à quelques centimètres mais le poète est là et les mots rebondissent à nouveau entre ses
paumes, les mots jaillissent pour un nouvel envol. »
Pour passer de poème à chanson, il convient que les mots épousent des notes. Bernard Ascal a écrit les partitions, légèrement jazzies. Lui et Cécile Charbonnel assurent l’interprétation.
Loin de n’être qu’une curiosité discographique, le résultat est intéressant, particulier et probant, qu’on écoutera sans doute en feuilletant un livre d’art, sur Pablo Picasso il va de soi. 26 poèmes sont ainsi passés à la rubrique « chanson ». Dans le même boitier, un second cédé recueille « 126 réflexions de Picasso sur l’art, la création, l’engagement politique et la vie ».
Pablo Picasso, poèmes et propos, EMP, 2013

Décharge n° 159, septembre 2013d’Alain Kewes
Bernard Ascal, Pablo Picasso poèmes & propos (EPM)
Ce fut un travail de longue haleine, le genre de projet qui vous accompagne pendant des mois, voire des années. Car interpréter les poèmes de Picasso n’est pas qu’un défi artistique, lequel cependant suffirait bien, déjà : réunir quelques musiciens parmi les meilleurs, composer puis chanter (en alternance heureuse avec Cécile Charbonnel) sans trahir la poésie parlée ou écrite, entrer dans l’intimité des mots, de leur facétie et leur profondeur secrète, pour tout cela, Bernard Ascal, grand familier des surréalistes et peintre lui-même, en avait les armes. Mais en plus, il a fallu déployer des trésors de diplomatie, obtenir les droits, convaincre les uns et les autres, trouver les financements, bref, produire ce double CD, l’un chanté, constitué des poèmes, le second dit, à partir de divers propos sur l’art, la politique, la vie, glanés ici et là dans les interviews, rapportés dans les biographies etc. Pari largement réussi qui devrait figurer en bonne place dans toutes les discothèques des amateurs du maître

Vous pouvez écouter des extraits en cliquant sur le titre désiré au centre du player, vous avez aussi la possibilité de télécharger des titres ou l’album entier en cliquant sur les liens en-dessous de la pochette : par exemple sur iTunes ou amazon.

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