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CONSCRITS SOLDATS ET DÉSERTEURS Agrandir

CONSCRITS SOLDATS ET DÉSERTEURS

ANTHOLOGIE DE LA CHANSON FRANÇAISE TRADITIONNELLE
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CONSCRITS, SOLDATS & DÉSERTEURS
Chantées par Marc Robine, Jean Loup Baly, Hal Colomb, Francis Lemarque, Tonio Gémène etc..
.

Conscrits égayons nos vingt ans.
Villa de Chambéry.
Soldat par chagrin.
Quand Madelon.
Le conscrit de 1810.
Auprès de ma blonde.
L'homme armé.
À biribi.
Réveillez-vous Picards.
Non non plus de combats.
Adieu Marie. La partance.
Ce sont trois jeunes garçons.
Dans les tranchées de Lagny.
Trois jeunes tambours.
Le soldat mécontent.
La lettre de Pelot de Betton.
Le conseil de guerre
La tempête.
La milice...

Les chansons
 
A BIRIBI
 
(Paroles et musique d'ARISTIDE BRUANT)
 
Y'en a qui font la mauvaise tête
            Au régiment,
Ils tirent au cul, ils font la bête,
            Inutilement ;
Quand ils veulent plus faire l'exercice
            Et tout le fourbi,
On les envoie faire leur service
            A Biribi, à Biribi !
 
A Biribi, c'est en Afrique,
            Où que l'plus fort
Est obligé de poser sa chique
            Et de faire le mort,
Où que l'plus malin désespère
            De faire chibi,
Car on peut jamais s'faire la paire
            A Biribi, à Biribi !
 
A Biribi, c'est là qu'on marche :
            Faut pas flancher.
Quand le chaouch crie : "En avant marche !"
            Il faut marcher,
Et quand on veut faire ses épates,
            C'est peau d'zébi :
On vous met les fers aux quat'pattes
            A Biribi, à Biribi !
 
A Biribi, c'est là qu'on crève
            De soif et d'faim.
C'est là qu'il faut marner sans trêve,
            Jusqu'à la fin.
Le soir on pense à la famille
            Sous le gourbi.
On pleure encore quand on roupille
            A Biribi, à Biribi !
 
A Biribi, c'est là qu'on râle :
            On râle en rut.
La nuit on entend hurler l'mâle
            Qu'aurait pas cru
Qu'un jour il s'rait forcé de connaître
            Mam'zelle Bibi ;
Car tôt ou tard il faut en être
            A Biribi, à Biribi !
 
On est sauvage, lâche et féroce,
            Quand on en r'vient.
Si, par hasard, on fait un gosse,
            On se souvient...
On aimerait mieux, quand on s'rappelle
            C'qu'on a subi,
Voir son enfant à la Nouvelle
            Qu'à Biribi, qu'à Biribi !
Paroles et musique d'Aristide Bruant.
 
Contrairement à ce que pourrait faire croire la chanson, Biribi n'est pas un lieu précis. C'est un terme générique désignant les bataillons disciplinaires et les bagnes militaires d'Afrique du Nord, où l'on parquait, en plein désert, les fortes têtes, les irrécupérables, les soldats assassins ou violeurs : bref, la pègre de l'armée. Mais aussi, pour faire bonne mesure, les insubordonnés, les réfractaires et les déserteurs, dans le dessein ouvertement affiché de les briser. Ainsi le mot "Biribi" pouvait-il désigner des lieux aussi différents que les camps de Téboursouk, en Tunisie, de Darbel-Hamrit, au Maroc, ou de Douéra, Ain Beida, Bougie, Bossuet ou Orléansville, en Algérie.
La vie y ressemblait à l'enfer, et le journaliste Albert Londres, qui connaissait bien les deux, pourra même écrire que Cayenne était "du sirop de grenadine" en comparaison de ce qu'il avait vu sur place.
En 1890, l'écrivain Georges Darien, condamné pour insubordination, raménera de Tunisie un témoignage accablant, publié sous le titre de Biribi, discipline militaire (Editions Albert Savine - Paris, 1890). Son livre fera scandale et suscitera de nombreuses réactions dans les milieux progressistes ; ce qui incitera Bruant à chanter A Biribi, qu'il créée en 1891, dans son cabaret "Le Mirliton".
Emmanuel Quesnel, un ancien compagnon de bagne de Darien, émettra les plus vives réserves quant à la paternité de l'œuvre, assurant que le texte en avait été écrit par ce dernier, auquel Bruant l'aurait tout simplement "emprunté" sans vergogne.
En 1910, Gaston Couté écrira, à son tour, une chanson particulièrement corrosive sur le sujet (Gloire à Rousset), en hommage à un soldat des bataillons disciplinaires ayant entrepris de dénoncer le meurtre d'un de ses camarades, commis sous ses yeux par trois gradés :
 
Aujourd'hui la Patrie a semé trop de crimes
Parmi les sables de là-bas,
Et le peuple est lassé de pleurer les victimes
Qui sont ses frères et ses gas.
Dans le pays de longs murmures
Ont fait place aux muets sanglots :
"Assez d'odieuses tortures !
Il faut combler tous les silos !"
 
Vive Rousset ! Que ce cri vibre,
Hideux chaouchs pour vous flêtrir !
Vive Rousset, et qu'il soit libre :
C'est Biribi qui doit mourir !
 
Tout comme le bagne de Cayenne, en 1936, Biribi sera finalement fermé, à la suite des grands mouvements de sensibilisation de l'opinion publique résultant des reportages d'Albert Londres, publiés en recueils, en 1924, par les éditions Albin Michel.
damné pour insubordination, ramèHideux chaouchs pour vous flémais, par contre, dans son ouvrage Trésor de la poésie populaire (Edition Seghers - Paris, 1954), Claude Roy donne le texte - sans musique - d'une chanson fort voisine, intitulée La triste vie du soldat :
 
            Pour aller servir le roi
            Faut avoir le corps bien droit ;
Il faut savoir le mouvement des armes,
Crainte que les majors nous donnent de la canne.
 
ADIEU, MARIE
 
Adieu, Marie, ma p'tite amie,
Ah ! si je pars, c'est pour la vie.
Si je finis ma campagne,
Dans sept ans je reviendrai.
Accompagné de tes charmes,
Toujours je te regretterai.
 
Adieu, mon père, adieu, ma mère,
Je vous ai pourtant coûté bien cher.
Depuis le jour de ma naissance
Jusqu'à l'âge de vingt ans.
Aujourd'hui, je ne vous laisse
Qu'un peu de peine et de tourment.
 
Pères et mères de tous pays,
Vous n'avez pas le coeur réjoui.
Vous élevez des enfants
Jusqu'à l'âge de vingt ans ;
Quand ils sont pour vous servir,
Ils sont pour le gouvernement.
 
Chanson originaire du Val de Loire (Anjou, Touraine)
 
AUPRES DE MA BLONDE
 
Dans les jardins de mon père, les lilas sont fleuris,
Dans les jardins de mon père, les lilas sont fleuris ;
Tous les oiseaux du monde viennent y faire leurs nids
 
Refrain
Auprès de ma blonde, qu'il fait bon, fait bon, fait bon ;
Auprès de ma blonde, qu'il fait bon dormir.
 
Tous les oiseaux du monde viennent y faire leurs nids :  (bis)
La caille, la tourterelle et la jolie perdrix.
 
La caille, la tourterelle et la jolie perdrix,  (bis)
Et ma jolie colombe qui chante jour et nuit.
 
Elle chante pour les filles qui n'ont pas de mari ;  (bis)
Pour moi ne chante guère, car j'en ai un joli.
 
Pour moi ne chante guère, car j'en ai un joli.
- Dites-moi donc, la belle, où donc est votre mari ?
 
Dites moi donc, la belle, où donc est votre mari ?
- Il est dans la Hollande, les Hollandais l'ont pris.
 
- Que donneriez-vous, belle, pour avoir votre mari ?
- Je donnerais Versailles, Paris et Saint-Denis.
 
Je donnerais Versailles, Paris et Saint-Denis,
Les tours de Notre-Dame et le clocher de mon pays.
 
Les tours de Notre-Dame et le clocher de mon pays,
Et ma jolie colombe qui chante jour et nui
 
Une légende, que rien de très sérieux ne vient vraiment étayer, attribue les paroles de cette si célèbre chanson à un certain André Joubert, originaire de l'île de Noirmoutier, où les Hollandais débarquèrent en 1672, faisant prisonnier tous les hommes valides rencontrés sur leur passage. De retour de captivité, quelques années plus tard, celui-ci aurait donc écrit ce texte sur un air populaire vendéen.
Quoi qu'il en soit, Auprès de ma blonde, telle que nous la connaissons, date incontestablement de cette époque, à quelques années près, puisqu'on en trouve des traces formelles à partir de 1704 (sous le titre Le prisonnier de Hollande), et qu'elle servit de chant de marche aux fantassins de la bataille de Denain, en 1712.Bien que ses paroles évoquent "Versailles, Paris et Saint-Denis", ainsi que "Les tours de Notre-Dame", Auprès de ma blonde est, sans conteste, d'origine vendéenne.
Mais le thème est d'origine bien plus ancienne, comme en atteste, dès 1575, une chanson du Manuscrit de Lucques, de l'italien Balbini, installé à Malines, en Flandres, entre Bruxelles et Anvers :
 
"Nous sommes au moys d'avril,
Quand toutes jeunes dames
Quièrent nouveaux amys.
Je ne le dict point pour moy
Car j'en ai un gentil.
Il n'est point en France,
Ne en ce pays icy,
Il est en Angleterre,
Il sert le roy Henry.
- Que me donnez-vous, belle,
Si j l'iray querir ?
- Je vous donray Bolongne,
Bruges, Gand et Paris
Et la clere fontaine
Quy sort en no jardin."
 
De même que l'image de départ, évoquant le jardin où les oiseaux vont chanter - métaphore évoquant le désir amoureux - est l'une des plus anciennes et des plus constantes de la tradition galante (voir La belle est au jardin d'amour).
Enfin, le thème de l'amant prisonnier des Hollandais, se retrouve dans de nombreuses autres chansons, n'appartenant pas au répertoire militaire ; comme, par exemple, C'est sur le pont de Lyon, citée ici au chapitre de "L'air du temps".(1)
 
NOTE : (1) "Bolongne" est une graphie archaïque pour Boulogne. Littégalement au chapitre de "L'air du temps". Ou encore ce Retour du promis, d'origine provençale, dont Luc Decaunes donne une traduction littérale dans son recueil Les riches heures de la chanson française (Editions Seghers )
"Que donneriez-vous, belle,
Pour r'avoir votre ami ?
 
- Je donnerais Marseille,
Versailles et mon pays.
 
- Marseille n'est point vôtre,
Versailles au roi joli.
 
- Mes brebis qu'on emporte
Et mes agneaux aussi !
 
Mais rendez-moi mon Pierre,
Autrement vais mourir.
 
- Console-toi, bergère,
Ton promis va venir,
 
Avec la croix de guerre,
La croix du Saint-Esprit."
 
CE SONT TROIS JEUNES GARCÇONS
 
Ce sont trois jeunes garçons
S'en allant à la guerre.
Ce sont trois jeunes garçons
S'en allant à la guerre.
S'en allant à la guerre,
Tous trois en regrettant
Leurs si jolies promises
Que leurs coeurs aiment tant.
 
Le plus jeune des trois
Regrette bien la sienne.  (bis)
Regrette bien la sienne
Et il a bien raison,
Car c'est bien la plus belle
De tous les environs.
 
Le beau soldat s'en va
Trouver son capitaine.  (bis)
"Bonjour, mon Capitaine,
Donnez-moi mon congé,
Pour aller voir ma belle
Qui ne fait que pleurer".
 
Le capitaine répond
Comme un homme de guerre :  (bis)
"Prend ta feuille de route
Et ton joli passeport,
Va-t-en voir ton Adèle,
Tu reviendras. D'accord !"
 
Le jeune soldat s'en va
Au château de son père.  (bis)
"Bonjour père et mère,
Frère, soeur et parents ;
Sans oublier Adèle
Que mon coeur aime tant !"
 
Le père lui répond :
Ton Adèle, elle est morte.  (bis)
Ton Adèle elle est morte,
Elle est bien loin d'ici :
Son corps est en terre sainte,
Son âme au Paradis".
 
Le jeune soldat s'en va
Sur la tombe d'Adèle.   (bis)
"Parle-moi donc, Adèle,
Parle-moi encore une fois ;
Je suis au désespoir et
Je vais mourir sans toi.
 
- Comment te parlerais-je,
J'ai la bouche pleine de terre ?
J'ai la bouche pleine de terre
Comme la tienne est d'amour ;
Retire-toi, mon Pierre,
Retire-toi pour toujours !"
 
Une version de la célèbre Visite à Adèle, recueillie auprès de Madame Rio, de Plémet, près de Loudéac, dans les Côtes d'Armor.
La Visite à Adèle  est un grand classique, même si on la retrouve parfois sous un autre prénom (Cécile, par exemple) afin d'éviter le lamentable calembour : "Ton Adèle, elle est morte / Elle est morte Adèle "
Une version répandue dans la région de Redon, fait état de Conscrits de Napoléon :
 
C'étaient trois jeunes conscrits
Partant pour le service.
Partant pour le service,
Servir Napoléon.
Regrettant leurs maîtresses :
N'ont-ils pas bien raison ?
 
A la chute, le garçon désespéré retourne à son régiment :
 
Le jeune conscrit s'en va
Trouver son capitaine :
"Bonjour, mon Capitaine,
Me voilà de retour.
Puisque Céline est morte,
Me voici de retour."
 
Parfois, au lieu d'être soldat, le jeune homme est marin, comme dans cette variante venant de Gévézé, dans la région rennaise :
 
C'était un jeune marin qui revenait de guerre,
Il pleurait sa maîtresse, il avait ben raison
            Car c'était la plus belle
            Qu'il y avait dans l'canton.
 
Le jeune marin s'en fut trouver son capitaine :
"Bonjour, mon Capitaine, donnez-moi z-un congé
            Pour aller voir Adèle
            Qui est en grand danger".
 
Le capitaine répond comme un homme de guerre :
"Saisi ta cape blanche, voilà ton passeport,
            Et va-t-en voir Adèle
            S'il es est temps encor".
 
Le jeune marin s'en fut à la porte de son père :
"Bonjour père z-et mère, frère, soeur et parents,
            Sans oublier Adèle
            Que mon cœur aime tant !"
 
Son père lui répond : "Du courage, mon gars Pierre,
Ne parle plus d'Adèle, car elle n'est plus ici.
            Son corps est dans la terre,
            Son âme en paradis..."
 
Le jeune marin s'en fut à la tombe d'Adèle :
"Adèle ! Mon Adèle, je t'en prie, réponds-moi !
            Car si tu n'es point morte
            Je vais mourir pour toi !"
 
Adèle lui répondit de sa profonde tombe :
"C'est toi, mon ami Pierre, pour qui j'ai tant langui,
            Si je suis dans la terre,
            L'chagrin m'y a conduit !"
 
Le jeune marin s'en fut trouver son capitaine :
"Bonjour, mon Capitaine, me voici de retour.
            Puisque Adèle est morte,
            Je servirai toujours !"
 
Une autre variante, sur le même thème, recueillie dans la région de Sérignac, dans le Lot, se termine en laissant entrevoir la fin prochaine de l'amant désespéré, cherchant la mort au combat, avec la complicité implicite de son capitaine. Dans cette version, la belle répond au prénom fort peu féminin de Prospère :
 
Le pauvre amant s'en va rejoindre son capitaine :
"Bonjour, mon Capitaine, reprenez mon congé.
Prospère, elle est morte, je reviens m'engager !"
 
Son capitaine lui dit : "Va-t-en au corps de garde !
Va-t-en au corps de garde, donne-lui ton congé.
A la première attaque, je te ferai marcher.
 
CONSCRITS, EGAYONS NOS VINGT ANS !
 
Conscrits, égayons nos vingt ans,
C’est aujourd'hui jour de tirage !
Profitons de tous nos instants
Pour aiguiser notre courage.
Entendez le tambour
Qui ébranle le faubourg :
Ce sont les conscrits d'alentour
Qui viennent au canton pour tirer tour à tour.
 
Voyez les murs sont pavoisés
Des trois couleurs, c'est la liesse.
Amis nous sommes appelés,
Montons l'escalier et sans faiblesse ;
Voyez la roue tourner,
C'est elle qui va juger
Du numéro qu'on va tirer :
Ou bien heureux destin ou triste destinée.
 
C'est d'une fille et d'un garçon
Qui s'étaient mis l'amour en tête.
Quand vient le jour de la conscription,
Pour le tirage au sort s'apprêtent.
Regardez-la trembler :
Son galant a tiré ;
Voilà que la roue a tourné
Et c'est la fleur de guerre qu'on lui a donnée.
 
La belle, il faut nous dire adieu,
A toi ces fleurs et à moi les armes.
Dès mon retour, si tu le veux,
Je viendrai te prendre pour femme.
Ecoutez-la pleurer,
Triste et désespérée :
Sept ans, c'est bien du temps,
Sept ans, c'est trop longtemps,
Sept ans de peines et de tourments,
Je voudrais être morte là, mon cher amant.
 
Encore une chanson de tirage au sort. Celle-ci a été recueillie dans le Doubs vers 1937 - 1938, et publiée par Garneret et Culot, dans leur ouvrage Chansons populaires comtoises (Besa
 
DANS LES TRANCHEES DE LAGNY
 
(Paroles : anonyme,
Musique : VINCENT SCOTTO)
 
En face d'une rivière
Du côté de Lagny,
Près des amas de pierres
Qui restent de Lagny,
Dans la "Tranchée des Peupliers »
Vite on se défile en cachette,
Braquant le fusil sur l'ennemi
Prêt à presser sur la gachette.
 
Aux abords de Lagny,
Lorsque descend la nuit,
Dans les boyaux on s'défile en cachette,
Car la mitraille nous fait baisser la tête.
Si parfois un obus
Fait tomber un poilu,
Près du cimetière on dérobe ses débris
Aux abords de Lagny.
 
Le jour on se repose
Après six jours de turbin ;
Ce qu'on fait, c'est la même chose,
On va se laver un brin.
Aux abords de Metz, c'est ça qui est bath
De regarder tous ces militaires
Se laver, se brosser, se frotter les pattes
Aux effets de la bonne eau claire.
 
Au village de Lagny,
Lorsque descend la nuit,
Après la soupe, devant quelques bouteilles,
Les Poitevins se comportent à merveille.
Allons, mon vieux cabot,
Vite encore un kilo,
Afin d'nous faire oublier les ennuis
Des environs de Lagny.
 
V'là la soupe qui s'achève,
On prépare son fourbi ;
Car ce soir, c'est la relève :
On va quitter Lagny.
Des provisions et son bidon,
Voilà ce que jamais on n'oublie.
Au petit bois, je connais l'endroit
Où l'on surveille sa patrie.
 
Aux environs de Lagny,
Lorsque descend la nuit,
Comme on ne peut se payer une chambrette,
Le brave troupier se prépare une couchette.
Dans un trou ténébreux,
Faisant des rêves affreux,
Il se relève pour veiller l'ennemi,
Aux environs de Lagny.
 
Connaissant bien leurs thèmes,
Marchant d'un pas hardi,
Les poilus de la cinquième
(Au 69 : Bibi)
S'en vont bon train, tous bons copains :
Ensemble ils ne craignent pas les Boches ;
Si l'ennemi tue un ami,
Ils l'emportent loin de ces rosses.
 
Aux environs de Lagny,
Lorsque descend la nuit,
Le brave troupier est couché sur la terre :
Dans son sommeil il oublie la misère.
Si la paix venait sous peu,
Comme nous serions heureux :
Plus de massacres, nous reverrions nos pays
Qui sont loin de Lagny.
 
Ecrite sur l'air de Sous les ponts de Paris (paroles de Jean Rodor et musique de Vincent Scotto), cette chanson est très représentative d'une pratique aussi courante qu'ancienne : l'écriture d'un texte d'actualité sur une mélodie supposée connue de tous. Nombreuses sont, en effet, dans l'histoire de la chanson populaire, celles qui sont simplement notées : "sur l'air de..." ; ce qui permettait à un vaste public de chanter immédiatement, et sans trop de difficultés, les dernières compositions des chansonniers. C'est le principe du "timbre" ; et certains auteurs, parmi les plus grands, comme Pierre-Jean de Béranger par exemple, ont largement usé du procédé.
Dans les tranchées de Lagny décrit ainsi la vie quotidienne des poilus de 14-18, de manière toute simple et très pragmatique : au delà du danger qui les guette, les préoccupations des soldats tournent autour de quelques problèmes pratiques qui, pour eux, revêtent un caractère essentiel : se laver, trouver à boire et à manger, dormir, fourbir son barda pour le lendemain...
Communiquée par Jean-François Robillard, cette chanson a été retrouvée dans le cahier de chants de Monsieur de Sérigny, dans la Vienne. En bas du texte, une annotation de sa main précise : "Cette chanson a été composée comme on était dans les tranchées de Lagny, par un soldat du 69ème. Je ne sais pas son nom, ni de quelle compagnie".           
 
L'HOMME ARMÉ
 
L’homme, l'homme, l'homme armé,
L'homme armé,
L'homme armé doit en douter,
Doit en douter.
On a fait partout crier
Que chacun se vienne armé
D'un haubergeon de fer.
 
L'homme, l'homme, l'homme armé,
L'homme armé,
L'homme armé doit en doubter,
Doit en doubter.
 
Selon l'Anglais Lewis Lockwood, L'homme armé serait une référence - voire un appel - à une croisade contre les Turcs ; ce qui éclairerait le sens un peu mystérieux des paroles. "Doubter" serait alors pris dans le sens de "se défier", "se méfier", et le texte signifierait, grosso modo : "Méfiez-vous de l'homme armé ; on a fait dire à chacun de se revêtir d'un haubergeon de fer". Le mot "haubergeon" désignant une cotte de mailles sans manches.
Mais de quelle croisade pourrait-il s'agir ? En effet, la première version de cette chanson, est attribuée au compositeur Antoine de Busnes, dit Busnois, dont la date de naissance n'est pas connue, mais qui est mort en 1492 ; alors que la dernière croisade, menée par Louis IX, s'est achevée en 1271.
La source plus ancienne que l'on en connaisse est un manuscrit napolitain de la fin du XV ème siècle, comportant six messes anonymes basées sur cette chanson. Le même air inspirera deux messes à Josquin des Prés, deux autres à Guillaume Dufay ainsi qu'à Johannes Ockeghem, et d'autres encore à l'Espagnol Cristobal Moralès, l'Italien Giovanni Pierluigi da Palestrina, le Français Jean Mouton, ou les Flamands Johannes Regis, Johannes Tinctoris, Jacob Obrecht et Antoine Brumel. Et, pour finir, au XVII ème siècle, une messe à douze voix à l'Italien Carissimi. Au total, trente et une messes seront répertorier, à partir de L'homme armé ; ce qui peut paraître étonnant, pour ne pas dire excessif, mais correspond bien au goût des compositeurs de la fin du XV ème siècle et du début du XVI ème, de travailler sur des motifs connues de tous, pour mieux montrer leur habileté technique à harmoniser les voix.
Selon les musicologues anglais
 
LA LETTRE DE PELOT DE BETTON
 
Papa, maman, je vous écris,
Papa, maman, je vous écris
Que je suis arrivé dans Paris,
Que je suis arrivé dans Paris ;
Que déjà je suis caporal,
Que bientôt je serai général.
 
Dans la campagne je combattions  (bis)
Les ennemis de la Nation :  (bis)
Tout ce qui devant moi se présentions,
Avec mon sabre je le z'émondions !
 
Passait par-là mon général  (bis)
Qui dit : "V'là un brave caporal !"  (bis)
Comme il voulait savoir mon nom,
Je lui dit : "Je m'appelle Pelot de Betton."
 
Il tire de sa poche un beau ruban  (bis)
Ou je ne sais quoi au bout d'argent,  (bis)
Et dit : "Boute-ça à ton habit
Et combats toujours l'ennemi !"
 
Faut que ça soit un signe bien glorieux,  (bis)
Car tous les autres m'appellent : "Monsieur",  (bis)
Et mettent la main à leurs chapeaux
Pour saluer le gars Pelot.
 
Maman, si je meurs en combattant,  (bis)
Je t'enverrai ce bout de ruban ;  (bis)
Tu le bouteras à ton fuseau
En souvenir du gars Pelot.
 
Dites à mes frères, à mes cousins,  (bis)
A mes amis que je vais bien,  (bis)
Que je suis votre humble serviteur :
Votre fils qui vous embrasse de coeur...
 
Betton est une petite commune qui se situe à une dizaine de kilomètres au nord-est de Rennes ; quant à Pelot, c'est un diminutif affectueux pour Pierre.
Le texte de cette émouvante lettre date fort probablement de l'époque révolutionnaire ou des guerres napoléoniennes, quand l'ascension d'un simple soldat pouvait être fulgurante, et que rien ne l'empêchait d'être rapidement promu général, si son ardeur au combat semblait le justifier. Le mot "Nation", au second couplet, inciterait à pencher pour l'ère révolutionnaire ; tandis que la décoration (le "Je n'sais quoi au bout d'argent") et l'usage de "Monsieur", plutôt de "Citoyen", feraient plutôt penser à l'empire.
Cette belle chanson, faillit rester à jamais muette, car elle fut recueillie sans musique, par Madame Simone Morand, vers la fin des années 20. Désespérant d'en retrouver la mélodie, Madame Morand en composa une de son cru, en 1930. Puis, la chance - et sans doute l'obstination - firent que cette infatigable collecteuse en découvrit, coup sur coup, deux nouvelles versions complètes, qu'elle publia dans son ouvrage Anthologie de la chanson en Haute-Bretagne, (Editions G-P Maisonneuve et Larose - Paris, 1976).
La mélodie notée ici est certainement la plus belle et la plus connue des trois ; et c'est justement, à d'infimes variantes près, celle composée par Simone Morand. Pourtant elle fut recueillie à Audierne et me fut donnée comme un air traditionnel ; ce qui toucha beaucoup Madame Morand, à qui je la montrai, alors que nous étions presque voisins, à Quimper, vers le milieu des années 70. Ainsi, en quelques décennies, sa chanson était-elle devenue partie intégrante de la mémoire collective et, bien qu'elle fût souvent chantée, à travers toute la Bretagne, la plupart de ses interprètes ignoraient qu'il s'agissait d'une création somme toute récente. Cela illustre assez bien le procéssus d'assimilation des chansons traditionnelles et, comme tel, cet exemple - qui est loin d'être un cas unique - méritait amplement de figurer ici.
 
LA MILICE
 
Voici la milice arrivée
Les conscrits se rassemblent ;
Au sort il nous faut tous tirer,
Brave jeunesse ensemble.
 
Au sort il nous faut tous tirer,
Brave jeunesse ensemble ;
Mettons la main dans le chapeau,
Buvons la tasse pleine.
 
Mettons la main dans le chapeau,
Buvons la tasse pleine.
Si j'apporte un bon numéro,
Pour moi, quelle allégresse !
 
Si j'apporte un bon numéro,
Pour moi, quelle allégresse !
Numéro cinq qui m'a tombé,
Pour moi, quelle tristesse !
 
Numéro cinq qui m'a tombé,
Pour moi, quelle tristesse !
Ma mignonne sèche tes pleurs,
Apaise tes alarmes.
 
Ma mignonne sèche tes pleurs,
Apaise tes alarmes ;
Dedans sept ans je reviendrai
Pour essuyer tes larmes.
 
Pour essuyer tes larmes.
 
Dans un pays essentiellement rural, comme l'était la France jusqu'au début de ce siècle, les enfants représentaient un capital-travail non négligeable, qui allait en s'accroissant au fil des ans. Les plus jeunes commençaient très tôt à rendre quelques menus services ; puis, au fur et à mesure qu'ils grandissaient, les garçons participaient aux travaux des champs et soignaient les bêtes, tandis que les filles aidaient aux tâches de la maison et s'occupaient de la basse-cour. Cette main-d'œuvre supplémentaire était d'autant plus intéressante qu'elle était gratuite. Or, c'est au moment où les garçons, en pleine force de l'âge, devenaient indispensables au bon fonctionnement de l'exploitation familiale qu'ils devaient partir, pour sept ans, faire leur service militaire.
Indépendamment des problèmes humains que cela posait, c'était souvent catastrophique d'un strict point de vue économique. Aussi, pour éviter que la conscription ne vide complètement villages et campagnes de leurs forces vives, instaura-t-on le tirage au sort.
Le principe en était simple : on mettait dans un chapeau un certain nombre de petits cartons, ou de boules, marqués d'un numéro, et tous les garçons, en âge d'être soldat, devaient tirer un de ces cartons ou une de ces boules. Les "bons numéros" les dispensaient de service militaire, tandis que les autres signifiaient qu'il fallait partir presque sur le champ.
Cependant, certains fils de familles fortunées, lorsqu'ils avaient tiré un "mauvais numéro", s'arrangeaient pour se payer un remplaçant. Ainsi, moyennant quelque argent, de pauvres bougres, qui avaient été exemptés, partaient à la place des fils de notables. Ce système fut toléré jusqu'en 1872, époque à laquelle le tirage au sort et le système de remplacement furent supprimés, et le service - ramené à cinq ans - rendu obligatoire pour tous.
De nombreuses chansons de soldats font ainsi allusion à cette terrible loterie qu'était le tirage au sort. Celle-ci vient d'Anjou.
 
LA PARTANCE
 
La journée que j'épouse,
Je reçois commandement :
Commandement de guerre,
Pour servir le roi Louis ;
Au sortir de l'église,
L'a bien fallu partir.
 
La partance a été longue,
L'a bien duré sept ans.
Au bout de la septième,
Congé ils m'ont donné ;
Dans les bras de ma chère
J'irai me reposer.
 
La journée que j'arrive,
Ma femme elle se remarie.
J'arrive devant sa porte,
Les trois petits coups frappa.
J'ai posé ma valise,
Mon or et mon argent.
 
 
Les gens de la noce
M'ont convié à souper,
Et moi qui étais bien aise
Je n'ai pas refusé :
J'ai déplacé ma chaise
Auprès de la mariée.
 
Mais les gens de la noce
Se sont trouvés insultés :
"Retirez-vous, gendarme !
Retirez-vous d'ici !
La mariée de ce soir,
Elle vous appartient pas.
 
- T'en souviens-tu, la belle,
Les rires et les serments ?
T'en souviens-tu, la belle,
Voilà ce soir sept ans ?
T'en souviens-tu, la belle,
Que ton mari est absent ?"
 
La belle elle me devine,
Elle s'écrie tous les Saints ;
Elle s'écrie en larmes :
"Par la mort de Jésus-Christ !
A c'matin j'étais veuve,
A c'soir j'ai deux maris !
 
Cette chanson évoque les séparations dramatiques qui résultaient de la conscription, à l'époque où le service militaire durait sept longues années.
Elle date très probablement du XVII ème siècle, ou du début du XVIII ème car, entre les règnes de Louis XIV et de Louis XV, la France connu près d'un siècle et demi de conflits quasi-permanents : guerre de Trente Ans, guerre franco-anglo-espagnole, guerre de Dévolution, guerre de Hollande, guerre de la Ligue d'Augsbourg, guerre de succession d'Espagne, guerre de la Quadruple Alliance, guerre de succession de Pologne, puis de succession d'Autriche, et enfin guerre de Sept ans. Sans parler des conflits coloniaux, qui amèneront la perte du Canada, du Mississipi et des Indes, lors du traité de Paris, signé le 10 février 1763.
 
La mauvaise circulation du courrier et des nouvelles, ajoutée à l'absence de permissions, faisaient que le départ aux armées plongeait le conscrit dans une sorte de mort sociale de plusieurs années. Durant tout ce temps, on n'entendait plus parler de lui que par vagues ouï-dire ou par rumeurs plus ou moins diffuses ; mais on ne le voyait jamais revenir.
 
Les chansons illustrant le thème du retour du soldat que personne ne reconnaît plus sont nombreuses et se retrouvent dans toutes les régions de France ; mais celle-ci a été recueillie au Québec XVII ème siècle en effet,, La famille ne savait donc pas si l'absent se portait bien ou s'il était blessé, s'il était encore en vie ou bien mort et enterré. Ainsi vit-on parfois revenir des hommes que personne ne reconnaissait plus. Des sortes d'étrangers, mutilés quelquefois, dont on avait gardé un souvenir plein d'enthousiasme et de jeunesse et que l'on retrouvait vieillis, usés, marqués par la souffrance, les privations, les marches forcées et les intempéries, et ressassant des souvenirs amers.
Souvent, sur la foi de fausses rumeurs, on avait depuis longtemps cessé d'attendre et d'espérer le retour du fils ou du mari, et ce retour prenait alors des allures de catastrophe. Du jour au lendemain, des femmes qui, en toute bonne foi, s'étaient crues veuves, se découvraient bigames. Des héritages avaient été partagés, des enfants été nés, et la vie avait continué son cours en tablant sur la mort de l'absent.
De très nombreuses chansons illustrent ce thème du retour du soldat, et l'on en trouve dans pratiquement toutes les régions de France ; mais celle-ci a été recueillie au Québec, où elle serait donc passée avant le traité de Paris.
 
LA TEMPETE
 
Je m'en vais de par la ville,
Pour y faire mes adieux ;
Mes adieux à toutes les filles
Qui ont pour moi les larmes aux yeux,
Ainsi qu'à ma bonne amie
Qui pleure pour son amoureux.
 
Nous sommes cinq frères sous les armes,
Tous les cinq bien distingués :
Brise Barrière  et Tranche Montagne ,
Traverse Murs  et Sans Quartier !
Et moi qui me nomme La Tempête ,
Je suis partout renommé.
 
Mon grand-père était gendarme,
Mon père était lieutenant.
J'ai deux frères dans l'avant-garde,
Les deux autres sont au Piémont ;
Et moi qui me nomme La Tempête ,
Je suis chasseur de renom.
 
Nous aurons pour récompense
Quelque boulet de canon
Qui nous brisera les membres
Et nous mettra sans façon
Par derrière nos tranchées :
Nous servirons de gazon.
 
Nous aurons pour récompense
Quelque boulet de canon
Qui nous brisera la tête :
Morts de mauvaise façon !
 
A d'infimes variantes près, il s'agit d'une chanson de conscrits, recueillie et publiée par François Simon, dans son livre : Chansons populaires de l'Anjou  (Editions André Bruel - Angers, 1926).
Son ton est un peu inhabituel, dans la mesure où elle mélange des sentiments assez contradictoires. La chute est, en effet, tout à fait conforme à une certaine tradition antimilitariste de la chanson de soldats, alors que les trois premières strophes illustrent bien la fierté bruyante de ces conscrits, couverts de cocardes, qui paradaient en ville pour éblouir les filles et se faire offrir à boire par les anciens.
Cette opposition entre l'euphorie du départ en fanfare et la réalité de la mort qui guette le soldat, s'exprime habituellement sous forme d'un dialogue entre le conscrit et la belle qu'il abandonne "les larmes aux yeux". Comme par exemple dans cette chanson d'inspiration fort voisine :
 
Nous étions trois camarades,
Tous les trois que nous partions.
L'un s'en va vers la Hollande
Et l'autre dans le Piémont ;
Et moi, qui suis le plus jeune,
Je m'en vais dans les dragons.
 
Mais avant que de partir
Il faut faire nos adieux,
Nos adieux à toutes les filles
Qui en ont les larmes aux yeux,
Surtout ma belle Joséphine
Qui s'arrache les cheveux.
 
"Ne pleure pas tant la belle,
Dans sept ans je reviendrai,
Et quand finira la guerre
En ces pays étrangers,
Ma fortune sera faite,
Alors je t'épouserai.
 
- Ta fortune sera faite
Par un boulet de canon,
Qui t'emportera la tête
Et les jambes sans façon ;
Le bout de ta baïonnette
Te servira de bâton."
 
Notons que la reprise du dernier couplet ne comporte que quatre vers au lieu de six. Il ne s'agit là que d'une variante d'interprétation, pour laquelle il faut, exceptionnellement, supprimer les cinq premières mesures de la mélodie, et ne recommencer à chanter que sur le début de la seconde mesure à 3/4.rance ; mais celle-ci a été recueillie au Québec, où elle serait donc passée avant le traité de Paris.
 
LE CONSCRIT DE 1810
 
Je suis un pauvre conscrit
De l'an mil et huit cent dix,
Je suis un pauvre conscrit
De l'an mil et huit cent dix,
Faut quitter le Languedo,
Le Languedo, le Languedo,
Faut quitter le Languedo
Avec son sac sur le dos.
 
Le maire et aussi l'préfet
N'en sont deux jolis cadets !  (bis)
Ils nous font tirer au sort,
Tirer au sort, tirer au sort,
Ils nous font tirer au sort
Pour nous conduire à la mort.
 
Adieu donc, père, au revoir,
Et ma mère aussi, bonsoir.  (bis)
'Crivez-moi de temps en temps,
De temps en temps, de temps en temps,
'Crivez-moi de temps en temps
Pour m'envoyer de l'argent.
 
Adieu donc, mon pauvre coeur,
Vous consolerez ma soeur.  (bis)
Vous y direz que Fanfan,
Oui que Fanfan, oui que Fanfan,
Vous y direz que Fanfan
Il est mort en combattant.
 
Qui qu'a fait cette chanson ?
N'en sont trois jolis garçons.  (bis)
Qui z'étions faiseux de bas,
Faiseux de bas, faiseux de bas,
Qui z'étions faiseux de bas,
Et à c't'heure ils sont soldats.
 
De l'an mille De l'an milleEt ma mère adieut à c't'heure ils sont soldats.Faut quitter le LanguedôLe Languedô, le LanguedôFaut quitter le Languedô
 
Encore une chanson de conscrits évoquant le tirage au sort.
L'année 1810 correspond à peu près à l'apogée de l'empire napoléonien, et il faut toujours plus d'hommes pour soutenir la guerre à outrance que la France mène sur tous les fronts, et tout particulièrement en Espagne.
Certains auteurs ont cru pouvoir associer l'histoire de ce Conscrit de 1810 au recrutement des "Marie-Louise", ces adolescents que l'on enverra bientôt au combat, sans avoir même pris le temps de leur donner la moindre formation militaire. C'est une interprétation abusive, car les "Marie-Louise" - ainsi nommés en l'honneur de la seconde épouse de l'empereur, qui était leur marraine de guerre - ne seront créés qu'à partir de 1814, quand le gros de la Grande-Armée aura été décimé par la campagne de Russie.
Bien que d'origine languedocienne, cette chanson a été écrite en langue française et s'est répandue sous cette forme dans tout le pays. Intitulée à l'origine : Le départ du conscrit, elle fut publiée pour la première fois en 1846, par Du Mersan, dans son recueil : Chansons nationales et populaires de la France.
Citons, pour mémoire, une chanson béarnaise - pouvant se chanter sur la même mélodie - dont les paroles recoupent souvent celles-ci :
 
Quand les conscrits partiront,
Toutes les filles pleureront,
Pleurerons de leurs amants,
De leurs amants, de leurs amants ;
Pleurerons de leurs amants
Qui s'en vont au régiment.
 
Filles, il ne faut pas pleurer,
Ce n'est pas ma faute à moué ;
Car c'est le sergent-major,
Sergent-major, sergent-major,
Car c'est le sergent major
Qui m'a pris pour le plus fort.
 
Adieu donc, chèrs beautés
Dont le coeur fut enchanté ;
Ne pleurez pour mon départ,
Pour mon départ, pour mon départ ;
Ne pleurez pour mon départ :
Reviendrai bien tôt z'ou tard.
 
Monsieur l'maire et le curé !
Voilà deux jolis cadets
Qui m'ont fait tirer au sort,
Tirer au sort, tirer au sort ;
Qui m'ont fait tirer au sort
Pour me conduire à la mort.
 
LE CONSEIL DE GUERRE
(LE CONDAMNE A MORT)
 
Le conseil de guerre,
Hélas ! m'a condamné
A passer par les armes
Pour y être fusillé ;
Quand je fus sur la place,
Chacun m'y regardait :
Mes anciens camarades
Tenaient leurs fusils prêts
 
"C'est vous autres, mes chers frères,
Qui allaient me faire mourir.
Ma mort je vous pardonne,
Ne ne faites pas trop languir.
Mon corps criblé de balles
Va tomber devant vous ;
Portez, chers camarades,
Cette lettre à mes amours.
 
En grande diligence,
Je t'écris ce billet :
Dans la ville de Nantes
Tu ne me reverras jamais.
Garde plus l'assurance
De montrer mon diamand :
Sur moi plus d'espérance,
Fais choix d'un autre amant."
.De montrer mon diamant
Fais choix d'un autre amant."
 
Chanson d'origine vendéenne
Chanson recueillie en Vendée.
A quelques exceptions près - comme Soldat par chagrin, par exemple, évoquant un conscrit ayant tué un de ses officiers - la plupart des histoires mettant ainsi en situation un soldat devant être fusillé par ses anciens compagnons d'armes, font explicitement référence à des déserteurs ; ce qui n'est pas le cas ici, mais la chose était sans doute induite dans l'esprit de l'auteur.
Le ton réaliste et la terrible puissance évocatrice des paroles, laisserait presque supposer qu'elles furent écrites, comme un testament, par un condamné sur le point d'être exécuté ; car on n'y retrouve à aucun moment le moralisme
 
Mais cela n'est bien sûr qu'une hypothèse séduisante, n'ayant que fort peu de chance de coïncider avec la réalité. complaisant, inhérent à beaucoup d'autres chansons sur le même thème :
 
Là, ils m'ont fait passer
Devant l'conseil de guerre,
Et Monsieur l'Aumônier
Au crucifix en fer
M'a dit : "Jeune homme impie,
Il faut vous confesser ;
C'est pour votre patrie
Qu'vous avez offensée !"
 
Jeunes gens qui m'écoutaient,
Ne soyez pas si bêtes ;
Sachez donc vous garder
Des mauvais coups de tête.
Ah ! J'ai bien du malheur,
Car je suis condamné ;
Demain matin, d'bonne heure,
Je s'rai exécuté
 
LE SOLDAT MECONTENT
 
Dès le matin, au point dujour,
On entend ces maudits tambours !
Dès le matin au point du jour,
On entend ces maudits tambours
Qui nous appellent à faire l'exercice ;
Et toi, pauvre soldat, c'est ton plus grand supplice.
 
Les caporaux et les sergents
Nous font aligner sur deux rangs.  (bis)
L'un dit : "Recule !" et l'autre dit : "Avance !"
Et toi, pauvre soldat, faut prendre patience.
 
Si l'argent du prêt est mangé
Il ne faut pas s'en étonner.  (bis)
Les caporaux s'en vont boire de la bière
Et toi, pauvre soldat, va boire à la rivière.
 
La patience, nous la perdrons
Si jamais en guerre nous allons.  (bis)
Ah ! si jamais nous allons en campagne,
Les grands coups de fusils paieront les coups de canne !
 
La campagne, elle est arrivée :
Mon capitaine j'ai tué.  (bis)
Mon lieutenant et mon sergent, sans doute :
Soldats et caporaux, l'armée est en déroute !
 
Qui qu'a composé la chanson ?
C'est un tambour du bataillon ;  (bis)
Un soir d'été, en battant la retraite,
En pensant à sa mie que toujours il regrette.
 
La tradition française est riche de nombreuses histoires de soldats mécontents qui finissent souvent par déserter ; mais la chanson que voici aborde un genre assez rarement traité : la rebellion armée. Sans parler des révoltes massives, qui restent des phénomènes trop ponctuels, pour être généralisés (sauf dans la marine, où les mutineries étaient forcément collectives), il est certain que les batailles ont servi plus d'une fois à régler des comptes personnels et que de vieilles rancœeurs y trouvèrent, parfois, un dénouement sanglant.
Combien de soldats ou d'officiers, "tombés au champ d'honneur", furent-ils retrouvés avec une balle dans le dos, sans pour autant avoir essayer de fuir l'ennemi? Mais ceci, bien sûr, est du domaine de l'inavouable. Comment un brave soldat français pourrait-il s'écrier, presque triomphalement : "L'armée est en déroute !" ? Voilà pourquoi, bien souvent, l'avant dernier couplet de cette chanson est passé sous silence, laissant ainsi entendre que les "grands coups de fusils" sont destinés à l'ennemi, et non à ceux qui dressèrent la troupe à "coups de canne".
Cette histoire du Soldat mécontentCe cri de révolte n'a donc pratiquement jamais été publié dans son intégralité ; mais, par contre, dans son ouvrage Trésor de la poésie populaire (Edition Seghers - Paris, 1954), Claude Roy donne le texte - sans musique - d'une chanson fort voisine, intitulée La triste vie du soldat :
 
            Pour aller servir le roi
            Faut avoir le corps bien droit ;
Il faut savoir le mouvement des armes,
Crainte que les majors nous donnent de la canne.
 
            Patience nous avons ;
            Quand en guerre nous serons,
Nous irons bien quelque fois en bataille :
Ce sera mon fusil qui paiera les coups de canne.
 
            La première fois que j'ai tiré,
            Mon capitaine j'ai tué.
Mon capitaine est mort, et le lieutenant sans doute,
Sergents et caporaux, l'armée est en déroute !
 
            Quand s'en vient le jour du prêt,
            Tous les sergents vont au cabaret ;
Au cabaret, l'argent ne dure guère,
Et nous, pauvres soldats, faut vivre à l'ordinaire.
 
            Et pour faire un bon repas,
            Faut pas faire comme les soldats :
Manger des choux, des z'haricots, des fèves,
La pipe z'allumée, boire z'à la fontaine.
 
            Qui l'ont fait, cette chanson ?
            N'en sont trois jolis garçons.
L'un pensait à l'amour et l'autre z'à la guerre,
 
NON, NON, PLUS DE COMBATS !
 
Mais voilà qu'on nous parle de guerre,
Sous le joug venu du genre humain,
Va falloir gagner nos frontières
Et risquer la misère et la faim.
Iras-tu, selon le sort des astres,
Risquer ta peau ou tuer ton prochain ?
 
Refrain
Non, non, plus de combats !
La guerre est une boucherie.
Ici, comme là-bas,
Les hommes n'ont qu'une patrie.
Non, non, plus de combats !
La guerre fait trop de misères ;
Aimons-nous, peuples d'ici-bas,
Ne nous tuons plus entre frères !
 
Ouvrier travaillant à l'usine,
Toi qui vis tranquille dans ton foyer,
Pour combattre les races voisines
Va falloir quitter ton atelier.
Iras-tu, selon le sort des astres,
Risquer ta peau ou tuer ton prochain ?
 
Les canons, fusils, baïonnettes,
Ce ne sont pas des outils d'ouvrier,
Ils en ont, mais ceux-là sont honnêtes
Et de plus ne sont pas meurtriers.
L'acier d'un couteau de charrue
Vaut mieux que celui d'un Lebel :
L'un produit tandis que l'autre tue,
L'un est utile et l'autre est criminel.Va falloir
Refrain
 
Paroles : anonyme.
Musique : sur l'air de Gloire au XVII ème, de Chantegrelet et Doubis.
 
Recueillie par André Guigo, auprès de Monsieur Clément Robini, dit "Clément de Toumé", du village de Belvedere, près de Nice, cette chanson emprunte la mélodie de Gloire au XVII ème, le fameux cri d'hommage de Montéhus aux soldats ayant refusé de tirer sur les vignerons révoltés du Languedoc, le 22 juin 1907.(Voir chapitre "Chansons de l'histoire de France").
Clément Robini fut grièvement blessé à la face, au cours de la guerre 14-18. Il ramena du front une vingtaine de chansons écrites par les poilus dans les tranchées et, de retour dans son village natal, il les chanta tout au long de sa vie. Non, non, plus de combats ! est l'une d'entre elles.
 
QUAND MADELON
 
(Paroles de LOUIS BOUSQUET,
Musique de CAMILLE ROBERT
 
Pour le repos, le plaisir du militaire,
Il est là-bas, à deux pas de la forêt,
Une maison aux murs tout couverts de lierre :
"Au vrai poilu", c'est le nom du cabaret.
La servante est jeune et gentille,
Légère comme un papillon,
Comme son vin son oeil pétille :
Nous l'appelons "La Madelon".
Nous en rêvons la nuit, nous y pensons le jour :
Ce n'est que Madelon mais pour nous, c'est l'amour.
 
Refrain
Quand Madelon vient nous servir à boire,
Sous la tonnelle on frôle son jupon,
Et chacun lui raconte une histoire :
Une histoire à sa façon.
La Madelon pour nous n'est pas sévère,
Quand on lui prend la taille ou le menton :
Elle rit, c'est tout l'mal qu'elle sait faire,
Madelon, Madelon, Madelon !
 
Nous avons tous au pays une payse
Qui nous attend et que l'on épousera,
Mais elle est loin, bien trop loin pour qu'on lui dise
Ce qu'on fera quand la classe rentrera.
En comptant les jours on soupire
Et, quand le temps nous semble long,
Tout ce qu'on ne peut pas lui dire
On va le dire à Madelon.
On l'embrasse dans les coins, elle dit : "Veux-tu finir !"
On s'figure que c'est l'autre, ça nous fait bien plaisir.
 
Refrain
 
Un caporal, en képi de fantaisie,
S'en fut trouver Madelon un beau matin
Et, fou d'amour, lui dit qu'elle était jolie
Et qu'il venait pour lui demander sa main.
La Madelon, pas bête, en somme,
Lui répondit en souriant :
"Et pourquoi prendrais-je un seul homme,
Quand j'aime tout un régiment ?
Tes amis vont venir. Tu n'auras pas ma main ;
Jen ai bien trop besoin pour leur verser du vin !"
 
A la veille de la Première guerre mondiale, la mode était aux comiques troupiers, plus familièrement appelés "tourlourous". Une vogue lancée à partir de 1891, par Ouvrard père qui, le premier, obtint l'autorisation officielle de se produire sur scène en uniforme. Rapidement le genre fera des émules, dont les plus célèbres seront Polin et Bach.; ce dernier étant le créateur de deux personnages qui feraient désormais partie de l'imagerie populaire : Bidasse, le conscrit dont le nom passera rapidement dans le langage quotidien, et Madelon, la cantinière généreuse et peu farouche.
Celle-ci eut pourtant des débuts difficiles, puisqu'elle ne rencontra aucun succès lors de sa création, en 1913. Ni même l'année suivante, lorsqu'elle fut reprise par Polin, dans une indifférence quasi générale. Mais, lorsqu'après quelques mois de guerre, les artistes de caf' conc' furent invités à faire la tournée des popotes pour soutenir

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